Pureté mortifère, religion et sécularisation

Je suis un homme du Sud du Nord.
L’émerveillement que me procure chaque voyage dans le Languedoc et la Provence me berce de l’illusion que je finirai mes jours sur ces terres imaginairement hospitalières, résiliant le contrat symbolique qui me relie à la région parisienne où je suis né et où j’aurai passé le plus clair de mon existence…
Nous sommes tous ballottés entre rêve et réalité.
La crise de la société française ne date pas d’aujourd’hui. De nouvelles résurgences de violence viennent irriguer celle-ci, sitôt que le miroir magique lui renvoie le reflet dérangeant de ce qu’elle refuse d’assumer.

La quête de pureté que brandissent les mouvements identitaires mène à la mort, au massacre .
Qu’on se l’avoue : il n’y a rien de plus impur qu’une civilisation qui se respecte.
Voudrait-on épurer le vocabulaire français des quatre-vingt-cinq pour cent d’apport gréco-latin, pour n’utiliser que les mots gaulois et germaniques ? On se retrouverait aussi démuni qu’un aphasique.
Voudrait-on extirper la religion sémite que représente le christianisme, pour glorifier le paganisme antéchrétien de la Gaule ? Ce serait le déferlement des pulsions mortifères, le renoncement aux droits de l’Homme et aux principes de la charité, de l’hospitalité, de la protection des plus faibles.
Or, nous glissons subrepticement dans cette ornière, au fur et à mesure que s’immiscent l’idéologie de la compétitivité à outrance et le culte de la puissance totalitaire.

Il faut savoir quel idéal nous servons.
Lorsque Robespierre et ses séides entreprirent de substituer au christianisme officiel le culte de la Raison, c’était aux aberrations de l’Eglise catholique qu’ils s’attaquaient, pas au socle des évangiles. Leur démarche procédait d’une dénonciation des hypocrisies religieuses et exaltait un idéal humaniste qui, infortunément, dérapa dans les crimes de la Terreur, par excès de pureté.
Si la déchristianisation caractérise le processus de la modernité des sociétés occidentales, encore faudrait-il savoir de quoi on parle.
S’agit-il de la perte de l’influence morale du christianisme ou de la dégringolade des pratiques cultuelles qui constituaient un sédiment sociologique ?

A mon avis, la seconde hypothèse, beaucoup plus spectaculaire, joue au détriment de la première, dans un amalgame qui fait perdre toute sa pertinence au concept de déchristianisation. Le philosophe Olivier Abel repère justement que les valeurs de l’évangile sont culturellement passées dans la laïcité, de sorte qu’on assiste moins à une déperdition du christianisme qu’à sa sécularisation au sein des sociétés occidentales.
La question que pose l’implantation de l’islam dans nos sociétés sécularisées peut se décliner suivant plusieurs axes : - En quoi la convergence des monothéismes chrétien et musulman ne pourrait-elle s’opérer harmonieusement ?
Ne serait-ce pas l’illusion d’une visibilité de façade de la religion musulmane qui heurte le plus la sensibilité des citoyens occidentaux ?
Les manifestations sanguinaires du fanatisme islamique retombent de tout leur poids sur la progression de l’acceptation du culte coranique au sein des sociétés occidentales.
En somme, on demande aux musulmans de France l’effort de réaliser tout de go une sécularisation qui est l’aboutissement d’un processus bimillénaire. De quoi perdre son arabe !

On n’obtiendra rien dans la précipitation. L’intolérance, le rejet de l’autre, les discriminations mènent au désastre.
Certes la voie de la sécularisation reste la meilleure pour une société démocratique. Encore faut-il qu’on l’accepte déjà pour la religion chrétienne qui fut majoritaire jusqu’à l’avènement de la modernité.
Je pense les musulmans français dans leur majorité prêts pour la laïcité, si la société d’accueil leur accorde le même crédit moral qu’aux autres cultes qui façonnèrent l’histoire de la nation et si, bien-sûr, les sirènes du fanatisme cessent de ravager les esprits influençables…

Frédéric Razanajao
Paris, le 7 octobre 2017.

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