Ballade du vieux poilu

        Chaque jour un peu plus avant
        Ma pauvre échine s’est courbée.
        Ma longue vie va déclinant,
        La nuit sera bientôt tombée.
        Mais quand même on me donnerait
        Cent ans de plus, je le proclame,
        Au grand jamais je n’oublierais
        Les tranchées du Chemin des Dames.

        En ce temps-là, de notre sang,
        La terre était comme imbibée.
        La mort éclaircissait nos rangs
        Dans le vacarme et la fumée.
        A vingt ans, quand je découvrais
        Cet enfer de foudre et de flamme,
        Damné déjà je me croyais
        Aux tranchées du Chemin des Dames.

        Mais je vois des airs impatients
        Et j’abrège ma mélopée.
        Il ne faut pas, je le comprends,
        Trop ressasser les épopées.
        L’Histoire avance sans délais,
        A chaque année suffit son drame,
        C’est trop ancien pour faire vrai,
        Les tranchées du Chemin des Dames.

        Envoi

        Ceux qui, par bon cœur, me liraient,
        Qu’ils écrasent au coin de l’âme
        Un pleur pour les gars qui mouraient
        Aux tranchées du Chemin des Dames.
        

Pierre Gout – En vers et contre tous. poésie n. 29

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