Démocratie et populisme

Le populisme est occupé à gripper la mécanique démocratique jusqu’à la rendre inopérante.
Certes, le mot « populisme » peut être envisagé dans un sens positif ou négatif selon le sens que l’on donne au mot  » peuple ».
Dans un sens positif, il s’agit de l’ensemble de la population d’un pays en âge d’exercer son droit électoral. Ainsi les parlements représentent le peuple dont ils tirent leur légitimité : « Vox populi, vox Dei ». Les tribunaux d’assises donnent leur verdict au nom du peuple. C’est ce sens qu’on retrouve dans les mots d’ordre des révoltes arabes ou israéliennes :  » Le peuple veut la justice sociale », « le peuple veut la chute du système »
Mais ce peuple, pris globalement est indifférencié, diversifié et représente toutes les faces de la société, sombres comme lumineuses. Les partis populistes flattent le peuple dans ce qu’il a de moins bon. Mais attention à trop simplifier, à trop caricaturer la situation. Car comme le disait Fabius, l’extrême droite pose de bonnes questions mais donnent de mauvaises réponses.

Car, aussi paradoxal que cela paraisse, les partis populistes, comme le FN en France, la NVA en Belgique, « les bons finlandais », etc. gagnent du terrain quand les partis au pouvoir n’écoutent pas assez les vraies doléances de la population précarisée par les jeux scandaleux des marchés financiers et les incohérences des politiques libérales et capitalistes.
Quand les gouvernements sont impuissants devant les spéculateurs, qui en même temps donnent une note négative à cause de l’endettement public et les forcent à une politique de rigueur et puis les sanctionnent pour ne pas assez relancer la croissance.
Quand on pénalise les chômeurs parce qu’ils ne trouvent pas un emploi alors qu’il n’y en n’a pas pour tout le monde. Quand, faute de crédit, le Samu social qui s’occupe des SDF doit fermer ses portes….

Le populisme naît à partir du moment où nos dirigeants politiques ne s’intéressent plus au « petit peuple », le « peuple d’en bas ». Il naît de la coupure entre une petite élite qui détient une majeure partie des rouages de la société et l’ensemble de la population, qui n’a plus grand chose à dire. C’est ce que REX (1), avant la guerre de 40 nommait « le pays réel ».
L’autre danger du populisme, c’est qu’il a besoin de boucs émissaires pour trouver des responsables aux situations indignes que vivent beaucoup de nos concitoyens : les immigrés, les demandeurs d’asile, les Roms et les tziganes, les musulmans qui prient dans les rues et qui demandent des mosquées etc.

Que faut-il faire, alors que tout le monde se lamente sur la montée de l’extrême droite ?

Certes le phénomène n’est pas nouveau. Depuis le 21 avril 2002, l’alerte avait déjà été donnée. Qu’a-t-on fait pour parer à la catastrophe ? C’est un peu comme les Japonais qui découvrent qu’une centrale nucléaire placée sur une faille sismique peut exploser.

Pour contrer l’extrême droite, il ne faut pas courir après elle, car elle a toujours une coudée d’avance sur vous. Il faut s’en prendre aux causes des maux qu’elle dénonce souvent à juste titre : la pauvreté croissante, le chômage, les inégalités, la corruption, les injustices. L’ascenseur social est en panne. La devise de la France est restée lettre morte : où est la solidarité quand l’impôt taxe plus les pauvres que les riches, où est l’égalité quand il faut travailler un siècle pour gagner ce que gagne un grand patron, où est la liberté quand les grands médias sont aux mains de grandes familles proches du pouvoir ? (2).

Jean-Marie Delcourt.

1. Rexisme : Mouvement antiparlementaire belge lancé en 1935 par Léon Degrelle (Larousse).
2. Texte abrégé d’un article publié ici antérieurement.

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