16 février 2011

Sans Rhim mais avec raison

On reproche aux intellectuels d’être coupés de la vie réelle. En matière d’écoute radiophonique, qu’est-ce qu’être dans la vie réelle ? Être auditeur captif des postes périphériques nourris de leurs coupures publicitaires cycliques et débilitantes? Certains animateurs les appellent « pauses » pour faire passer la pilule. Si le Médiator a été interdit, les « médiators sonores » distribués à hautes doses et à longueur de journée devraient aussi être supprimés des ondes, comme ils l’ont été, encore que trop partiellement, sur les chaines de télévision publiques. Cette suppression atténuerait peut-être l’abrutissement insidieux des masses que ces annonces agressives et souvent d’une bêtise crasse génèrent forcément.

On aura compris que je retrouve aujourd’hui un peu de l’esprit de ce blog dont l’ambition initiale était de dénoncer les petits et grands travers de la société. Mais jouer les Don Quichotte est lassant et ne change rien quand l’action du protestataire reste individuelle. Comme je ne me vois pas militer dans un mouvement anti-pub sur les ondes, je reprends quand même mon cheval de bataille. Parce que cela me stimule de monter de temps en temps à l’assaut des moulins à vent qui en l’occurrence sont surtout à paroles. J’ai toujours conscience qu’il est des sujets bien plus sérieux : notamment le réveil des populations enchainées qui se décident tour à tour à chasser leur dictateur local. Comme tous ses semblables, non seulement il détenait toutes les manettes du pouvoir mais encore, pourquoi se gêner, celles de la pompe à finances. On est étonné de constater que beaucoup semblent ignorer le fonctionnement pourtant classique de ces forbans. Les futurs candidats au départ imposé par le peuple devraient réfléchir au bien fondé de leur présence à la tête d’états dans lesquels la pratique du pot de vin ou du bakchich, de la corruption associée au clientélisme et-des parades en 4×4 ou en grosses berlines noires sont des maux chroniques. Je ne regarde pas seulement du côté du monde arabe mais aussi vers l’Océan indien et la Chine…

Je ne suis cependant pas très loin du sujet quand j’évoque la publicité. Elle aussi dicte sa loi et les radios périphériques ne pourraient sans doute pas vivre sans cette importante source de financement. Je plains sincèrement les journalistes contraints de travailler en se soumettant à la dictature commerciale. Je suis donc un intellectuel coupé de la vie réelle et croyant vivre sur une autre planète. Mais je retombe sur terre quand je constate que les radios nationales que j’écoute persistent à copier le format publicitaire des radios privées. Il ne s’agit pas du contenu mais de la forme des annonces croisées destinées à l’auto-promotion de leurs propres émissions et de celles des autres chaines de la famille. Je trouve qu’elles dépassent la mesure et je ne pense pas seulement à France musique.

Puisque le titre alambiqué choisi aujourd’hui fait allusion à Wolfgang Rhim et à sa musique, j’y viens, en la comparant d’ailleurs à celle d’Arvo Pärt. Si j’excepte les œuvres pour percussions, je suis assez imperméable à la musique contemporaine et d’avant-garde, je l’ai  déjà dit. J’ai néanmoins pu vérifier aujourd’hui même que je ne restais pas campé sur mes positions. Si je n’ai pas pu supporter dimanche dernier plus d’un quart d’heure, montre en main, de diffusion d’Et Lux, quatuor vocal et quatuor à cordes du premier compositeur, tant ses sonorités m’ont horripilé, aujourd’hui j’ai été surpris de constater que je pouvais écouter de bout en bout le Cecilia vergine romana du second. Stéphane Goldet et Judith Chaine qui ont programmé ces œuvres dans leurs émissions respectives doivent être en mesure d’expliquer si une réaction comme la mienne, et certainement de bien d’autres mélomanes,  est « normale » ou si nous sommes des minoritaires attardés. Quoi qu’il en soit, je persiste à croire qu’il y a une grande part de mauvaise foi à affirmer qu’on apprécie sincèrement une musique qui, personnellement, me semble sinon sans rime ni raison mais incompatible avec la sensibilité humaine basique. La musique (soi-disant de jazz) sur laquelle je viens de zapper à l’instant en écrivant cette note (Le groupe Meadow, dans l’émission d’Alex Duthil) est un autre exemple flagrant d’agression contre cette sensibilité.

Radiothérapie ou le zapping irréversible

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