9 février 2011

Ranavalona III, reine de la scène

À la différence du chercheur patenté, l’historien amateur et blogueur ne va pas toujours jusqu’au bout de son sujet ;  quand il ne « découvre » pas naïvement ce que les spécialistes savent depuis longtemps. Pour sa défense, il arguera que la note de blog n’est pas propice aux longs développements ; je m’en suis déjà expliqué. Le lecteur reste donc souvent sur sa faim et outre les omissions, parfois volontaires, du webmestre, Il peut lui reprocher d’enfoncer des portes ouvertes. Ce dernier se rattrape en développant un thème qu’il a déjà abordé mais en le traitant sous un nouvel angle. Faire une synthèse des sujets développés par d’autres intervenants du Web est une manière utile de rassembler des informations complémentaires, de les mettre en perspective et de préciser au besoin quelques points d’histoire. C’est pourquoi je reviens derechef sur Madagascar comme sujet d’inspiration, mais dans le domaine du spectacle, cette fois. Il s’agit d’une comédie musicale et  d’une opérette dont le personnage de la reine Ranavalona, 3e du nom, est le rôle titre. Ces deux spectacles  ont en effet montés sur le territoire français à plus d’un siècle d’intervalle. J’évoquerai aussi un film français dans lequel apparaît une petite princesse malgache.

La scène, française s’est donc emparée du personnage malheureux de Ranavalona III au moins à deux reprises. En 2001, à la Réunion, est créée Ranavalona dernière reine malgache,1 une comédie musicale d’après la biographie de la reine déchue, depuis son mariage avec l’inusable premier Ministre Rainilaiarivony jusqu’au moment, curieusement  situé en 1897, où « la conquête militaire de Madagascar est engagée », soit deux ans après la prise d’Antananarivo ! C’est dire si l’action est riche en événements même s’ils ne sont pas correctement datés. De plus, les faits mis en scène n’appartiennent pas nécessairement au règne de Ranavalona III. Bah!, il s’agit d’une comédie ; quelques entorses à la vérité historique sont donc permises !  Ainsi les emprunts au règne de Ranavalona 1ere, par exemple : Monsieur Bouts, l’ingénieur français, ressemble fort au personnage bien connu de Jean  Laborde mort en 1878, soit 6 ans avant l’avènement de la dernière Ranavalona. Et si celle-ci fut bien la troisième et dernière reine à épouser le premier ministre, elle fut la quatrième souveraine malgache et non la troisième comme on peut le lire sur une invitation à une représentation de la comédie donnée aussi à Antananarivo. C’est simplement oublier le bref règne (1863-1868) de l’ex-princesse Rabodo (Rasoherina), veuve de Radama II auquel elle succède et qui précède celui de Ranavalona II…Les petits écoliers malgaches ont relativement plus de chance que leurs condisciples de pays où d’innombrables souverains se sont succédé et dont ils peinent à retenir les noms ; mais tout cela « c’est de l’histoire ancienne » comme aurait dit le président Ravalomanana si oublieux des événements graves qui ont marqué l’histoire de son pays.…

Ce sont justement des petits écoliers français de 4 à six ans qui ont tenu les rôles dans Les rapatriés de Madagascar ou la Reine Ranavalo à Arcachon, opérette costumée en un acte et quatre tableaux donnée en 1896 à l’occasion d’une fête enfantine dans cette ville où séjournera brièvement la Reine Ranavalona III en 1901 lors de son exil imposé  par Gallieni. La date et le titre de la pièce donnent le ton de l’argument. Les rôles des 58 acteurs en herbe se partagent,  à parts à peu près égales, entre soldats et marins - blessés ou non -  de retour au pays natal, membres de la Croix-Rouge, divers personnels et une musique militaire, du côté français ; du côté « malgache », la reine entourée  de son sorcier (sic), de ses porteurs et accompagnée de sa suite et d’un chef d’orchestre ! Mise en scène par la dynamique directrice de l’école maternelle très au fait des événements de Madagascar, cette opérette rencontra un immense succès dont la presse régionale a largement rendu compte. Ce spectacle insolite, dont la reine avait entendu parler,  fut certainement à l’origine de son désir de venir visiter Arcachon.

Après les comédies musicales et les opérettes, on aimerait  que le cinéma malgache produise à son tour une grande fresque historique, avec - dans le rôle principal - l’incarnation d’un des souverains qui ont régné à Madagascar et qui ont fortement marqué l’histoire du pays en s’efforçant de poursuivre son unification : Radama 1er ou Ranavalona 1ere par exemple. Le cinéma français avait exploré cette piste en 1958 en choisissant un sujet autour de la Grande ile, du temps où Madagascar n’était encore qu’une juxtaposition de royaumes. Le personnage central du film n’est pas un chef ou un roi malgache mais un militaire français, chargé au nom de la Compagnie des Indes de pourchasser les pirates, nombreux dans les parages  de l’île Sainte-Marie où se déroule l’action : Labigorne, caporal de France 2, tel est le titre de ce film peu apprécié des critiques et tombé dans l’oubli. Au cours d’aventures mouvementées, Labigorne rencontre la princesse Bety, fille de Ratsimilaho, chef betsimisaraka. Elle s’éprend du caporal et donne finalement l’île de Sainte Marie à la Compagnie des Indes, donc à la France (30 juillet 1750)…C’était là un beau scénario s’appuyant approximativement sur la réalité historique. Il ne fait pas de doute que d’autres scénarios plus solides pourraient être construits en puisant dans les archives écrites - voire orales - de Madagascar, pour produire un film dépassant la portée d’une série télévisée à diffusion locale. Il n’est pas nécessaire de réinterpréter l’Histoire. Malgré des revers,  la Grande ile connut des succès et de belles avancées ;  les faits et les personnages marquants n’attendent qu’à être mis en valeur par un média qui touche les masses et le cinéma me semble être sur ce point le meilleur vecteur de l’information.

Rasoherina

Rasoherina, 2e souveraine femme ayant régné à Madagascar sous la monarchie merina (1863-1868)

1. Texte et mise en scène de Catherine Samalens ; direction musicale de Jean-Luc Cheverry ; musiques de Jean-Luc Cheverry et musiques traditionnelles…
2. Film de Robert Darène, d’après le roman de Pierre Nord. Avec François Périer et Rosana Podesta.

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