2 février 2011

Saint-Maurice (Seine), parfums d’hier

Brasserie Paul à Saint-Maurice (94) en 1903Les informations disséminées sur le Web font de ce média un gigantesque puzzle dont  il serait vain de vouloir assembler les morceaux si les liens permettant de relier utilement entre elles les idées n’existaient pas (on se passerait des liens abusifs des sites malhonnêtes, soit dit en passant). Encore faut-il jouer collectif et ne pas faire de ses pages web ou de son blog un ilot perdu sur lequel le surfeur abordera au hasard d’une navigation aléatoire. Cette remarque concerne aussi les images. Elles font de la toile une incomparable source de documentation mais pas mal éparpillée. Si les remarquables collections de cartes postales que l’on rencontre dans ces voyages virtuels dans l’espace et le temps ont un incontestable parfum de nostalgie pour les vieux amoureux (les nouveaux aussi) des lieux présentés et commentés, elles ne restituent pas le vécu des témoins des scènes qui s’y sont déroulées.

Je me faisais ces réflexions en parcourant dernièrement une rue de Saint-Maurice (Val de Marne) : la rue du Val d’Osne. Cette voie entièrement bordée d’un côté par les parcs des divers établissements hospitaliers qui font la réputation de cette commune, je l’avais déjà évoquée à propos du canal parallèle à la Marne qui la longeait jusqu’aux années 5O. Malgré un bouleversement massif de tout un quartier ancien à flanc de coteau, la ville a conservé une grande partie de son charme de l’époque. Époque pas si lointaine mais un demi-siècle a suffi pour gommer des lambeaux entiers d’un paysage populaire qui m’était familier. Heureusement, les anciens habitants, qui ont maintenant un regard extérieur, peuvent raconter ce qu’ils ont vu et faire revivre ce que montrent aujourd’hui les cartes postales figées. Si des compositeurs contemporains tel un Nicolas Frize se font aussi un devoir de collecter les sons industriels avant qu’ils ne disparaissent, d’autres personnes sensibles  au temps qui passe s’efforcent de faire parler les souvenirs de tous ordres qu’évoquent ces photos muettes.

Il en est ainsi du « cadavre exquis » qu’est aujourd’hui  la maison construite dans le style art nouveau par l’architecte Georges Guyon au 53 de la rue du Val d’Osne. Comme l’auteur du site, qui rappelle la biographie du créateur et donne l’historique précis de son œuvre, on se demande pourquoi celle-ci figure à l’inventaire général du patrimoine culturel. En effet, presque rien de ce qui en faisait l’originalité n’a été conservé, comme le montre la photo suivante.

Maison Georges Guyon en 2011

Maison Georges Guyon. État actuel (2011)

Construite en 1903, la maison abrita successivement, semble-t-il, une brasserie et un restaurant mais elle a perdu les caractéristiques architecturales qui la faisaient remarquer depuis le bois de Vincennes proche. Je regrette d’avoir été trop jeune à l’époque pour photographier les ouvertures cintrées et les magnifiques portes en bois blond vitrées et toutes en courbes dignes de Guimard qui ornaient encore les façades de cette maison art nouveau, bien insolite à mes yeux d’enfant des années 50. Son rez-de-chaussée était alors des plus animés ; Il abritait la salle d’entrainement d’Émile Guilloton, catcheur dont les anciens Mauritiens se souviennent très bien.

Maison Georges Guyon à Saint-Maurice (Val de Marne)

Je ne connais la carrière du catcheur, qui fut d’abord lutteur, qu’à travers ce que j’en ai lu récemment sur le Web mais après les années de ring, Emile Guilloton avait ouvert cette salle pour initier les jeunes à son art et aux divers autres sports de combat. Les enfants de l’école du « plateau » voisine (rue Eugène Delacroix) faisaient souvent le détour avant de rentrer chez eux et regardaient avec ravissement les sauts périlleux qui ponctuaient les entrainements, la porte étant toujours ouverte ; les odeurs de sueur pouvaient ainsi s’échapper… Je me souviens d’un petit homme trapu, au verbe haut et à la voix enrouée. Je crois même qu’Il avait de petites lunettes de myope…Je n’ai jamais  fait partie des élèves malgré mon envie ; je portais aussi et déjà des verres à l’époque…

Le Web ne restitue pas encore les parfums,  mais il n’est pas impossible que je revienne faire une ou deux promenades virtuelles en ce coin de banlieue pour tenter d’en rappeler quelques autres. Ils étaient divers car les activités économiques de cette petite ville à deux pas de Paris et qui avait conservé quelques traces d’une ancienne ruralité se partageaient entre le commerce (un grossiste en vins notamment) et la petite industrie. Le crottin du cheval du chiffonnier itinérant ou celui de la roulotte de livraisons du Postillon servait encore aux amateurs pour fumer leur jardin…Activités qu’on voyait encore à la fin du 19e siècle dans les quartiers de Paris limitrophes des banlieues au sud et à l’est mais qui ont reculé toujours plus loin ou disparu avec l’urbanisation et les changements de mode de vie. Je ferai donc de nouvelles incursions dans ces parages, pour tenter de dresser une manière de parcours sentimental et olfactif de ces lieux chargés de beaucoup de souvenirs.

Je me suis aperçu en mars 2019 que ce billet avait été purement et simplement copié/ collé sur son blog par un descendant d’Émile Guilloton. Visiblement, il semble ne pas connaitre l’existence des droits d’auteur. Il a tout bonnement omis d’indiquer l’auteur du texte et de la photo qu’il a reproduits sans vergogne. Je rappelle la source de « Saint-Maurice (Seine), parfums d’hier »: Desseins de la semaine: blog de Claude Razanajao. A bon entendeur salut.

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