26 janvier 2011

« Nouvelles d’un siècle envolé »

Le livre se porte-t-il bien ou mal ? Les avis contradictoires ne permettent pas de connaître  sa situation exacte mais je suis sûr d’une chose : énormément de livres paraissent et certains ont plus de chances que d’autres d’être lus, quelle que soit  la qualité de leur contenu. Ah ! qu’il est facile pour une personnalité du petit écran, du monde sportif  ou  politique de placer un livre sur le marché. Le seul patronyme de l’auteur suffit pour lui assurer  le démarrage (pas forcément la continuation !) des ventes, qu’il ait fait ou non appel à un nègre  ou que son livre ne soit qu’un vulgaire plagiat. Les horripilants « vu à la télé » apposés sur certains de ces livres dans les rayons des supermarchés faussent également le jeu. Bien que cette référence ne soit pas nécessairement un gage de qualité, loin s’en faut, seuls se laissent prendre à cette publicité rudimentaire les lecteurs qui achètent les livres comme les boite de conserves. Un lecteur plus exigeant s’appuiera sur les critiques ou l’avis d’un libraire. Mais qu’en est-il des livres, de plus en plus nombreux, qu’on ne voit pas en librairie et dont on ne parle pas parce qu’ils sont publiés par une officine n’ayant pignon que sur le Web ?

Les présenter, les faire connaître peut les aider à dépasser le cercle familial ou celui des amis et des connaissances. On le voit avec le désormais célèbre opuscule « appelant à l’indignation » dont on ne pouvait pas imaginer le succès sans le bouche à oreille, relayé tambour battant par la presse, ce  qui en fait aujourd’hui un best seller. Publier un livre est un engagement  (et je ne fais pas allusion à l’aspect financier !). Au-delà de la satisfaction de son ego personnel, donner à lire des textes littéraires qu’on porte en soi depuis de longues années est un acte de communication et de partage. Partage de souvenirs de lieux ou d’atmosphères, de portraits psychologiques (ces personnages dont on a rencontré un jour le sosie  et qu’on retrouve si vivants au détour d’une narration qui sonne juste). C’est là la magie de l’écriture et le livre, dont ce long préambule est une manière de portrait robot, est de ceux-là. Il vient de paraitre en janvier, s’achète sur le Web1 et chez l’auteur2. Sous le titre emprunté pour cette note, les douze Nouvelles d’un siècle envolé ont paru primitivement dans de l’Almanach du Val Borgne, revue régionaliste que j’ai plusieurs fois évoquée.

Article de complaisance d’un ancien rédacteur, illustrateur et ancien directeur qui plus est! C’est la réaction à laquelle je m’attends un peu mais je n’en ai cure. Si les nouvelles aujourd’hui rassemblées ont paru dans cette revue, c’est précisément parce que son comité de rédaction en avait reconnu les qualités d’écriture. Pierre Gout, retraité des Postes et Télécommunications, s’est enfin décidé à en faire un livre. Après trois tentatives infructueuses auprès d’éditeurs régionaux, dont l’un ne lui a d’ailleurs pas rendu son manuscrit, il s’est tourné vers l’auto-édition. Les éditeurs traditionnels ont peut-être tiqué de constater que les textes n’étaient pas inédits et que le plus ancien avait lui-même été publié une première fois  voila plus d’un demi-siècle (Cabille n’est pas raisonnable. Prix André Cazenave 1959 de la Société littéraire des PTT). Le temps n’atténue pas la qualité d’un texte, surtout quand les atmosphères et le style font penser à Maupassant. Mais l’action ne se passe pas en Normandie. Banaste le trimard est d’ailleurs un indice. J’ai regretté un instant que le titre du recueil ne donne pas un repère, avec la mise en avant du titre de cette nouvelle. Sans révéler le ton général du livre, ce détail aurait peut-être donné une idée des lieux où se situent les événements. Réflexion faite, ce prénom n’avertit sans doute que les lecteurs des Cévennes et méridionaux. Au-delà de leur caractère régionaliste, ces nouvelles parlent au cœur et celui-ci n’a pas de frontières.

Nouvelles d'un siècle envolé

1. Éditions ILV.
2. Épuisé chez l’auteur (janvier 2020).

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