25 février 2009

« Résilience, on tourne! »


J’avais mis de côté une documentation sur les enfances malheureuses et difficiles (à passer), avec l’idée d’en tirer une note un jour ou l’autre. L’émission de France musique « A portée de mots » produite par François Castan (mardi 24 février) a été l’opportunité attendue. Non pas pour parler de cette excellente émission dont le but est d’inviter, de midi à une heure, une personne qui présente son parcours professionnel et commente la musique qu’elle aime mais pour évoquer le devenir des enfants qui n’ont pas eu la chance (?) de naître avec une cuiller en argent dans la bouche.

Mémona Hintermann était l’invitée d’hier et la prestation sincère, le franc-parler et l’enthousiasme de cette autre miraculée de la culture nous ont fait chaud au cœur. Elle a donné la preuve que la pauvreté n’est pas une fatalité quand on peut trouver en soi les ressources nécessaires pour échapper à un milieu défavorisé et le sien l’était particulièrement. Mais ces ressources puisées en soi, il faut bien qu’elles rencontrent un terreau favorable pour s’épanouir. L’environnement familial de Mémona Affejee enfant ne la prédestinait pas à devenir le grand reporter qu’elle est aujourd’hui et elle le reconnaît elle-même. Élevée par une mère analphabète et qui plus est abandonnée par son mari, dans une fratrie impressionnante, elle sut s’adapter à ce contexte et surmonter ce sérieux handicap. Malgré des moments très difficiles – elle a connu la faim –, son enfance ne fut pas une suite de drames quotidiens comme en vivent tant de familles.

L’absence d’un père est-elle rédhibitoire ? Quelques jours auparavant, dans l’émission du soir animée par Lionel Esparza, Michel Legrand était à l’honneur (6 février) et, parlant de son enfance, il a salué comme un bienfait le fait que son père ait quitté le foyer familial alors que lui, Michel, n’avait que trois ans ; et même de recommander aux enfants de ne pas avoir de père! On adhère volontiers à sa thèse quand on observe ces géniteurs, toujours très nombreux, qui fonctionnent absolument comme par le passé en se reposant sur le dévouement de la mère, sans plus se soucier de leurs enfants qu’un lion (mâle) n’a d’égards pour sa progéniture. Sans parler des enfants battus, ceux adoptés tard, alors qu’ils ont un vécu terrible derrière eux, vécu que les parents adoptifs minimisent toujours croyant que l’amour qu’ils apporteront gommera ces souffrances secrètes.

Mémona s’en est sortie ; elle lisait la Comtesse de Ségur à la lueur d’une bougie. Elle s’émerveillait en écoutant les chansons populaires de son île natale (La Réunion), airs qui lui tirent toujours des larmes, comme, sans doute, l’Ave rerum corpus de Mozart qu’elle a choisi aussi de faire écouter. Le peintre Gérard Garouste n’a pas connu ces bonheurs là mais il a réussi à surmonter l’enfer d’une enfance qui lui a été volée par un père alcoolique et tyranique.

Un père, ça peut aussi être bien d’en avoir un, tout simplement quand il parle et communique. Lorsqu’on lit les biographies de personnalités aussi différentes que peuvent l’être Karl Zéro et Stanislas Dehaene (mathématicien devenu spécialiste de neuro-imagerie cognitive, professeur au collège de France), un point commun les rapproche : leur père respectif, tous deux étaient très diplômés, cultivés et ouverts, a su faire passer un message ; ce message fut porteur de réussite. Le père n’a pas nécessairement besoin d’être un intellectuel sur-diplômé pour être un modèle. Celui de Siné, anarchiste et grand amateur de gros rouge a lui aussi, à sa manière - qui n’était pas nécessairement la meilleure - fait passer un message. Quoi qu’il en soit; Siné admirait son « paternel ». La jeunesse du dessinateur dans un Paris populaire et besogneux me rappelle un peu la mienne dans ma banlieue parisienne mais je constate que j’ai dû personnellement chercher ailleurs mes modèles. On a toujours besoin d’un maître à penser…

Entre ces extrêmes, il y a la masse des gens dont l’héritage culturel familial n’a pas dépassé, ou si peu, le stade de celui de leurs parents : pas d’évolution spirituelle et culturelle, sinon la recherche unique d’un plus grand confort matériel, à l’écoute des seules chaînes de radio périphériques dont Mémona Hintermann n’a pas manqué de souligner combien nombre d’entre elles étaient une source d’abrutissement. Et elle a raison.

Sans doute appartient-il de cette catégorie le voyageur du TGV, qui Dimanche soir rentrant chez (ou partant en voyage ?) s’était confortablement installé dans une voiture de première classe « Idée zen ». La voiture était bondée mais chacun respectait le silence et, bien sûr, aucun téléphone mobile ne sonnait. Au passage du « chef de cabine » le personnage, du genre bobo coiffé d’un casque aux volumineuses bonnettes lui permettant d’écouter la radio ou des enregistrements sur son mp3, s’est plaint de la présence d’un bébé à quelques places de la sienne ! Ce bébé n’avait pas pleuré (il n’a pas pleuré de tout le voyage) mais la plainte du mauvais coucheur était préventive, comme il s’en est expliqué! Une place dans une autre voiture lui a été proposée…Plusieurs femmes témoins de cet incident ont évidemment pensé qu’elles étaient assises à côté de l’archétype du parfait imbécile. On ne sait pas quelle fut son enfance mais on peut facilement imaginer celle que subiront ses propres enfants, si d’aventure quelques-uns ces malheureux voient le jour.

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