6 mars 2008

Du conard dans ses divers états

Peu de temps après son investiture, le président Sarkozy traitait d’incompétents les collaborateurs de certains ministres de son gouvernement. Quelques uns étaient même gratifiés du « con » décidément cher au chef de l’Etat. Depuis qu’un quidam - particulièrement irrespectueux il faut le reconnaître - en a eu les honneurs, ce mot bref et cinglant a été propulsé au hit parade des injures. Relayée par les journalistes étrangers qui ont relaté l’événement, l’expression complète « casse-toi pauvre con » a fait plusieurs fois le tour de la terre et, à cette occasion, a été l’objet de traductions dans de nombreuses langues. Le Monde du 3 mars 2008 relève néanmoins un précédent dont on a moins parlé : le maire de Varsovie avait déjà qualifié de la sorte - « Spieprzaj dziadu » en polonais - un de ses concitoyens qui l’avait apostrophé dans la rue en 2002.

Con, connard (avec un seul « n » ou deux selon le dictionnaire Larousse de l’argot français et de ses origines), l’insulte est percutante et courante, banalisée même. Comment s’étonner alors qu’un gamin de 6ème l’utilise pour invectiver son professeur de technologie quand d’autres enseignants reçoivent des coups pour des réprimandes adressées à leurs élèves ; heureusement, ce ne sont pas toujours des coups de couteau. Les enfants ont bon dos. Ils n’auraient pas de tels comportements si leurs parents ne donnaient pas l’exemple. On est effaré de voir qu’un père de famille porte plainte contre l’enseignant gifleur, avec pour conséquence pour ce dernier de devoir comparaître devant un tribunal correctionnel au chef de « violence aggravée sur mineur ». Il y a un demi-siècle, un gamin de 6ème injuriant un professeur – mais est-ce seulement pensable - aurait eu droit à une paire de claques administrée par son propre père en rentrant chez lui. Autres temps autres mœurs. Si les leçons de morale doivent être réintroduites dans l’enseignement, il faudrait qu’elles le fussent également à la télévision, à l’adresse des parents. Ce canal est malheureusement pour nombre de familles le seul qui leur permette d’apprendre à vivre en société.

Une société qui aurait un besoin urgent de se ressaisir ! Les nostalgiques de l’école républicaine, avec ses instituteurs et élèves en blouse grise se rappellent, en l’embellissant sans doute un peu, le temps où ils usaient leur fond de culotte sur les bancs d’une école qui leur apprenait tout. Un siècle durant, depuis la loi de Jules Ferry qui institua l’école obligatoire jusqu’aux années 80, être enseigné était un plaisir ! Si des gifles ont été distribuées ici ou là dans des établissements déjà plus difficiles que d’autres, l’issue des conflits se réglait le plus souvent devant le directeur de l’école ou le proviseur du lycée, pas au tribunal.

Si l’on remonte plus loin encore dans le temps, au milieu du 19ème siècle, entre la loi du 28 juin 1833 (Guizot) qui créa l’instruction primaire en France et celle de Jules Ferry (1882), les parents des milieux ouvriers et paysans étaient déjà rappelés à leurs obligations d’éducation envers leurs enfants. La France industrielle d’alors se trouvait dans une situation semblable à celle que l’on déplore aujourd’hui dans de nombreux pays en voie de développement qui tolèrent que leurs enfants travaillent dès leur plus jeune âge. On est effrayé en imaginant la condition de ces petits Français travaillant dans les mines ou dans les manufactures, souvent dès l’âge de 4 ans ; la loi de 1841 visant à restreindre le temps de travail ou augmenter l’âge à partir duquel un enfant pouvait travailler en dit long sur les mentalités de ces temps cruels mais heureusement révolus. Lisons un extrait d’un texte publié dans un almanach populaire à l’occasion de la promulgation de la loi sur le travail des enfants dans les manufactures : « Une loi a été adoptée dans la dernière session des chambres pour limiter le temps durant lequel les enfants pourront être employés dans les manufactures. Elle était nécessaire pour les protéger contre l’excès de travail qu’on exigeait d’eux, et qui, en épuisant leur corps, et en mettant obstacle à l’instruction qu’il est si important qu’ils reçoivent, les rendait souvent infirmes dès l’entrée dans la vie, et les privait de la possibilité d’acquérir les connaissances les plus indispensables à l’homme. » Noter qu’il n’est pas encore question d’interdire complètement le travail des enfants mais seulement de le règlementer! Les parents sont mis à contribution : « Eh bien, il ne doit plus être ainsi. Pères et mères, le pays vous rappelle aujourd’hui quelles sont vos obligations ; il veut que la famille redevienne pour l’enfant un heureux asile, et que la protection du père, la tendresse de la mère, les bons exemples de tous deux, secondés par les mesures que la loi prescrit, préparent à ces petits êtres un meilleur avenir ». Extraits de l’Almanach des bons conseils pour l’an de grâce 1842, ces préceptes élémentaires gardent aujourd’hui toute leur force. Les leçons de morale ne peuvent se limiter seulement à l’apprentissage de l’hymne national!

Terminons sur une note plus gaie en donnant la définition du mot « conard » trouvée dans un dictionnaire que j’affectionne, tant il contient de termes obsolètes. Conard : membre d’une société joyeuse de Rouen qui possédait le privilège, reconnu et confirmé chaque année par le parlement, de faire des mascarades pendant le carnaval. (Le dictionnaire des dictionnaires, ca1881). Depuis quelques temps, l’époque des mascarades n’est plus cantonnée au mois de février.

Refus motivé de chanter la Marseillaise.<br> Dessin de Caran d'Ache

Refus motivé de chanter la Marseillaise. Dessin de Caran d'Ache. Pour plus de détails, cliquer sur l'image

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