29 décembre 2010

Le cheval du fleuve entre en Seine

Un article du Monde (25/11) consacré au zoo de Vincennes et à la démolition envisagée des massifs rocheux en béton qui ont fait le succès du parc animalier m’a incité à une promenade hivernale près de ce lieu auquel je dois de nombreux souvenirs depuis mon enfance. Plus tard, j’ai habité Saint-Mandé, à l’orée du bois et à proximité du carrefour de la Demi-Lune, donc du zoo. Je fus de ceux qui ont eu le « privilège » de profiter le soir des rugissements et des effluves puissantes des fauves…J’en ai eu un autre et non des moindres : celui de pouvoir  entrer gratuitement en ce lieu, du fait de mon appartenance au personnel du Muséum d’histoire naturelle, le zoo et le musée de l’Homme - où j’ai été bibliothécaire pendant quelques années - étant deux de ses composantes.

Zoo de Vincennes (1946)

Devant les « rochers » du zoo de Vincennes en 1946


Mes pas m’ont conduit à Saint-Maurice, commune à la bordure sud du bois de Vincennes, à un endroit bien précis de  l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny d’où je sais que l’on aperçoit la cime du plus haut de ces rochers factices émergeant au-dessus des frondaisons, à deux pas du lac Daumesnil. Autrefois, j’étais habitué à le voir paré de couleurs changeant au gré de l’ensoleillement mais  je me souviendrai toujours de l’ébahissement d’un cousin malgache en visite chez nous la première fois qu’il le vit, depuis ce même endroit. Nous nous dirigions alors vers le bois pour lui faire découvrir ses attraits, le lac notamment. Je ne sais pas ce qui parut le plus insolite à mon cousin ; la présence d’un tel rocher dans un lieu au demeurant plat ou le fait d’apprendre qu’il s’agissait en fait d’une construction en béton armé…J’ai donc pris cette semaine une photo d’un paysage qui n’a pratiquement pas changé depuis que l’avenue de Saint-Mandé a été rebaptisée, c’est à dire dans les années cinquante.

Mon vif intérêt pour les animaux vient peut-être de cette fréquentation ancienne d’un zoo qui me permit de découvrir, de visu et non par les livres, les divers représentants des faunes des cinq continents. J’avais un faible pour l’hippopotame, notamment lorsqu’il se baignait dans l’eau croupie de son bassin. Je réalisai beaucoup plus tard que ce dernier n’était qu’une pataugeoire tout à fait insuffisante eu égard aux dimensions de l’animal.

Hippopotame du zoo de Vincennes (1974)

Hippopotame du zoo de Vincennes (1974)

C’est malheureusement le triste sort de la plupart des espèces de grande taille enfermées au zoo de Vincennes. Aussi paysagers qu’ils soient, les enclos permettent seulement que ne s’ankylosent pas des animaux habitués aux longs déplacements sans entraves dans leur milieu naturel ; J’ai photographié plusieurs fois l’hippopotame prisonnier et je me demande encore si celui qui figure sur la photo de 1989 est le même que celui pris en 1974, lui-même descendant peut-être de celui qui reçut dans sa gueule béante un mégot allumé qu’un sombre idiot avait jeté, comme dans un cendrier géant. L’animal n’avait pas réagi…

Hippopotame du zoo de Vincennes (1989)

Hippopotame du zoo de Vincennes en 1989

Les hippopotames font traditionnellement partie des vedettes des zoos. A Londres, un spécimen défraye la chronique en 1853, année même de l’arrivée du premier hippopotame jamais acquis par le Jardin des plantes. A Anvers, « M. Broek » et « Mme Julie», deux hippopotames célèbres sont les géniteurs de pas moins de quatorze rejetons de 1886 à 1903. A Paris, une naissance est remarquée en 1907 mais le petit hippopotame ne survit pas. L’animal semble avoir été séparé de sa mère. On ignore alors que ces animaux très sociaux ont besoin pendant plusieurs années des attentions de leur mère, fût-elle de substitution.

Hippopotame né à Paris au Jardin des plantes en 1907

Hippopotame né à Paris au Jardin des plantes en 1907

En 1870, avant qu’il ne finisse sous la dent des Parisiens affamés, l’hippopotame du Jardin des plantes, sans doute celui évoqué plus haut, retient l’attention de la presse. Le journal le Droit rapporte l’épopée du pensionnaire que ses gardiens « sont obligés de mener chaque jour se baigner en pleine Seine », du fait de la pénurie d’eau provoquée par la  grande sécheresse qui sévit cette année-là. Intitulé «   l’hippopotame en bordée », l’article mérite d’être reproduit en respectant la terminologie et le style de l’époque : «  Un chariot mené par deux chevaux amène l’amphibie sur la berge, et une forte chaîne qui le retient par le cou et par le train de derrière, lui permet de se livrer à ses débats (sic)  sans pouvoir tromper la surveillance de ses gardiens ; L’autre jour cependant, l’animal ayant pris un élan vigoureux, parvint à rompre un des anneaux de sa chaîne, celui-ci  gagnant le large, alla d’abord rendre visite à un bateau-omnibus  sur le point de partir et dont le personnel se mit à pousser des cris perçants. Sans en tenir compte, il se rendit de là à un petit bateau à lavoir qu’il souleva et ébranla de sa croupe puissante, à la grande frayeur des laveuses. Enfin il termina sa promenade par une excursion à l’établissement de bains du pont d’Austerlitz qui se vida en un clin d’œil. Cependant, cinquante barques avaient été mises à sa poursuite. Plusieurs de ses gardiens étaient même parvenus, à la nage, jusqu’à lui mais, sur cette peau luisante, ils n’avaient aucune prise ; et quand l’un d’eux parvenait à se hisser sur lui, il s’en débarrassait par un plongeon. Enfin, après plus d’une heure d’efforts, on put saisir le bout de la chaîne, qui fut rattaché à une corde solide et l’hippopotame fut bientôt réintégré dans son logis ordinaire ».

Hippopotame du zoo de Londres (1853)

Hippopotame du zoo de Londres (1853). Dessin de Weir

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