22 décembre 2010

Zones de « non-toit »

J’écris chez moi, bien au chaud, en écoutant la radio et j’aborde un sujet grave avec un jeu de mots qui pourrait laisser croire que je prends à la légère la situation des SDF, des sans-abri grelottant de froid au fond des bois ou de toutes ces personnes qui, par choix ou par obligation, ont décidé de vivre dans une maison pas comme les autres. Je pense au contraire que pour attirer l’attention sur leur situation alarmante il faut employer la dérision d’un Pierre Desproges ou l’humour décalé d’un Guy Bedos et, bien sûr, partager l’indignation de Stéphane Hessel. La diffusion de son petit livre montre bien que les Français sont plus sensibles à l’injustice que ne semble l’être le gouvernement. Les sans abri seront dans une plus grand  détresse encore avec l’adoption de l’inique article 32 Ter A de la loi Loppsi 21 . Le pire est qu’ il frappe  aussi les gens qui ont bien une habitation mais non conforme à la nouvelle mouture de la loi, les maisons alternatives en particulier. Issus pour la plupart de milieux aisés, les législateurs peuvent-ils seulement imaginer les difficultés des mal logés ?  Alors comment pourraient-ils comprendre qu’on veuille habiter dans des logements non normalisés. Je crois qu’ils n’ont pas conscience de ce que signifie réellement d’être privé de ressources suffisantes pour prétendre à mieux. Quant à la précarité de ceux qui s’abritent dans des cabanes de fortune…

J’entendais l’autre jour le député Raoult, l’un des invités habituels de Frédéric Taddei, proposer à une autre intervenante, qu’il qualifiait d’ « intellectuelle », de venir visiter après l’émission les zones de « non droit » de son département. Il pourrait aussi bien proposer aux membres du gouvernement de venir voir les zones de « non-toit » qui s’y trouvent peut-être aussi ; avant que ne soient exécutées les mesures d’éradication des abris de fortune qui font tache dans le paysage urbain et social. Supprimer d’un trait de plume, d’abord les camps de transit des immigrés, ensuite les campements sauvages des gens du voyage et maintenant leurs caravanes mais aussi les cabanes de tous ceux qui ne veulent pas se résigner à coucher sous les ponts me rappelle le pilote de chasse ou le sous marinier qui, de loin, touchent une cible ennemie sans voir la souffrance des humains  qui se débattent à l’intérieur de l’objectif détruit. La différence est que, lorsque les bulldozers ont rasé les abris de bois ou de tôle, on a simplement déplacé le problème : les expulsés sont encore vivants et ils doivent continuer un plus loin leur misérable existence d’exclus.

Un chineur dans une rue de Paris

Un chineur dans une rue de Paris.
Photo © Claude Razanajao

Monde absurde dans lequel coexistent des milliers d’appartements récemment construits et inoccupés faute d’acquéreurs ; ces locaux sont en Espagne mais sur les 100.000 châteaux en Espagne bon marché promis par le ministre Borloo et qui devaient être construits en France, seules quelques centaines de maisons ont été réalisées. Les mots sont plus faciles à dire que les actes à mettre en œuvre, comme le rappelle si bien un proverbe malgache dont la portée est universelle : « asa fa tsy kabary » (le travail avant les paroles). En écoutant les discours argumentés des sociologues, des économistes et autres statisticiens qui sèment la bonne parole sur les plateaux de télévision en énonçant les solutions préventives ou curatives, on se demande pourquoi les cabinets ministériels ne sont pas truffés de ces spécialistes qui analysent si bien la situation et détiennent les remèdes. Les gouvernements successifs pourraient alors les administrer.

Après ma  brève de comptoir du jour, j’ai de nouveau une pensée pour Mildred Clary disparue le 18 novembre dernier. J’écoute  tous les après-midis, non sans émotion, des émissions qu’elle réalisa ou celles auxquelles elle participa. France musique lui rend en effet hommage cette semaine avec une série de retransmissions. La réalisatrice, auteur d’une biographie de Mozart remarquée – elle était aussi spécialiste du luth -, avait pourtant été « remerciée », comme d’autres, sur cette chaîne de radio culturelle ingrate avec ses personnels. La voix sympathique et la gentillesse de Mildred avaient charmé tant d’auditeurs pendant des années… Cette décision injuste l’affecta beaucoup ; nouvelle preuve que les décideurs ne sont pas ceux qui détiennent la vérité, dans quelque domaine que ce soit.

igloo et loppsi 2

- Il a obtenu un permis de construire pour ça? - Moi je n'ai rien à dire ; la boite à lettres est réglementaire

1. Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure.

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