15 décembre 2010

Synagogues hier, mosquées et minarets aujourd’hui

J’ai été tenté de renoncer à mon idée de commenter la récente déclaration aux relents nauséeux de la prétendante à la direction du parti d’extrême droite car ces propos devraient être accueillis avec le mépris qu’ils méritent. Comme ils surviennent un an exactement après que la même ait affirmé : « je crois que le minaret est un débordement visuel sur la sphère publique »1, je ne peux m’empêcher d’y aller de mon analyse car qui ne dit mot consent. Comment laisser passer des propos dont je sais que les idées qu’ils sous-tendent sont partagées par des personnes que je connais bien ou que j’ai connues. La fraction la plus dure du Front national n’aime pas les Arabes, les sympathisants du parti non plus ; cela on le savait mais pourquoi tous ces gens à l’esprit étroit n’aiment-ils pas les Arabes et les rejetteraient à la mer s’ils le pouvaient ? Parce qu’ils sont racistes, quoique beaucoup s’en défendent, et parce qu’ils sont nés dans un milieu dans lequel cette tare « viruscérale » se transmet de génération, quand le terreau et le fumier dont il se nourrit ne sont pas assainis.

Comme dans les dictatures, de droite ou communistes, où le pouvoir tend à se transmettre  à un fils spirituel ou naturel, les racistes élèvent leurs enfants dans la haine de l’étranger, de l’Arabe ou du Juif (quand ce n’est pas des trois). Les rejetons qui ne se forgent pas une personnalité propre adoptent les valeurs des parents si elles ont été inculquées avec subtilité. On sait où a mené la haine des Juifs à partir de 1940. Ayant entendu autrefois dans ma propre famille quelqu’un se disant croyant déclarer froidement à propos de l’holocauste « mais peut-être étaient-ils trop nombreux » (sic), je me suis demandé par quel miracle j’avais pu échapper à la maladie et pourquoi je n’étais pas devenu moi-même raciste, de par mon milieu social bien pensant et mon éducation censée être chrétienne. Heureusement, la culture que l’on acquiert en dehors de la famille, les contacts avec d’autres, le libre arbitre m’ont appris à vivre d’humaine façon ; ce qui n’est pas le cas de la plupart des gens qui se réclament de l’extrême droite et cultivent, par peur, la haine de l’autre, parce que  ce dernier est supposé n’avoir pas les mêmes valeurs culturelles que les leurs.

Hier c’était la haine affichée des Juifs  Elle a été supplantée aujourd’hui par celle des Arabes. Dans Mein Kampf, Hitler déclarait qu’il n’aurait de cesse tant que le dernier Papou n’aurait pas disparu de la surface de la terre. J’ai compris que j’aurais pu être concerné. Le Front national voudrait aujourd’hui qu’il n’y ait pas d’Arabes sur le territoire national parce que, à partir des méfaits de certains d’entre eux - une minorité - tous les ressortissants du Maghreb deviennent des ennemis. C’est nier que la plupart s’intègrent bien dans la société française - comme l’ont fait autrefois les vagues successives d’immigrants venant d’Italie, de Pologne, d’Espagne ou d’autres pays méditerranéens. Comment pourraient-ils ne pas souffrir de cet amalgame ? Les Roms ont fait l’objet de la même schématisation simpliste et les expulsions doivent ravir les fanatiques de l’expulsion. Ce que l’on admet à la rigueur de citoyens français de souche devient intolérable lorsque les contrevenants viennent de l’autre rive de la Méditerranée, voire d’Afrique noire. Ainsi les minarets offusquent ; les gens en prière dans la  rue aussi ; on peut se demander ce que ferait le Front national en la matière si jamais il parvenait au pouvoir. Renverrait-t-il aussi dans leur pays d’origine par charters entiers les petits et grands délinquants et toute personne d’origine maghrébine qui ne respecte pas le droit élémentaire ou les règles de la République ?

J’ai entendu une phrase semblable à la déclaration sur l’ « Occupation » au cours d’un repas de famille ; un des convives qui avait certainement eu maille à partir avec un Arabe dans la ville du Midi qu’il habite et qui généralisait comme le font les gens d’extrême droite, s’est plu à comparer la situation de son quartier au temps, plus calme à ses dires,  où les Allemands y faisaient la loi : « les soldats, eux,  étaient polis n’est-ce pas ? » (re-sic). Au cours d’un repas plus ancien, j’ai entendu un autre convive regretter de ne pas « avoir de grenades à jeter dans le tas » (re-sic), toujours pour les mêmes raisons d’aveuglement et d’amalgame. On m’a rapporté récemment l’histoire d’un Arabe qui faisait des remontrances à un Français auquel il reprochait de promener son chien dans la rue. Son intervention venait peut-être du fait que ce chien avait été vu en train de faire ses besoins sur le trottoir, là où jouent les enfants de l’irascible mais peut-être était-ce aussi parce qu’il n’aime  pas les chiens pour des raisons religieuses. Quoi qu’il en soit, si l’on n’a rien à se reprocher, il faut s’expliquer et ne pas laisser passer, comme on le ferait avec quiconque. Le problème est sans ambigüité quand un commerçant arabe gare sa voiture personnelle devant son magasin et met un cône de signalisation à la place du véhicule pour garder la place et la retrouver à son retour. Si on laisse faire, il n’y a aucune raison pour que ce comportement abusif  change ; et si le « chacun pour soi » et le « moi d’abord » est de mise dans de nombreux pays où le bakchich est aussi une institution, ce comportement est identique chez certains autochtones imperméables aux règles de vie communes. Ce rappel indispensable aux usages peut être une confrontation mais aussi un dialogue ; encore faut-il avoir l’envie et le courage de l’engager.

Le remède est relativement simple : au lieu de rester sur des positions extrémistes de défiance et de peur, on peut commencer par adhérer à un comité de quartier pour y défendre son point de vue et essayer de créer les conditions favorables à l’indispensable dialogue. Beaucoup d’immigrés maghrébins ou africains d’origine rurale qui vivent en vase clos dans les H.L.M. français ont un manque de culture urbaine ; ils n’ont pas encore acquis les réflexes des gens habitués aux contraintes de la vie en immeuble. Certains de leurs enfants, livrés à eux-mêmes tombent dans la délinquance, d’autres se replient sur le communautarisme. Au-delà de la provocation de cette jeune fille qui prétendait nager voilée dans une piscine, il ne faut pas oublier que, selon les critères moraux et hypocrites des barbus de l’époque, le costume de bain de nos arrière-arrière-grand-mères ne pouvait laisser voir que le visage et les extrémités des membres des femmes. Je veux croire qu’il ne sera pas nécessaire d’attendre encore un siècle pour combler ce retard culturel si les structures d’accueil et de dialogue adéquates sont mises en place.

Costumes de bain en 1860

Comment les femmes européennes s'habillaient pour les bains de mer en 1860

1. Propos spirituellement commentés en son temps par Hervé Le Tellier : « Formidable sens de la formule : c’est tout à fait ce que je me dis quand je la vois ». Papier de Verre (Le Monde, version électronique).

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