17 novembre 2010

Madécasses, malgaches ? Musiques inspirées par la Grande Ile

Mon envie d’écrire est faible en ce moment alors qu’il y aurait tant de sujets d’actualité à commenter. J’en retiendrai cependant un, avant de passer à un autre sans trop de rapport avec celui qui parvient  à me faire réagir aujourd’hui : la disparition du Ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale. Ce signe « fort » de la politique d’un président qui voulait marquer sa différence avec ses prédécesseurs mais qui a oublié ( ?) que son choix ne rappelait que trop la sombre époque où le commissariat  général aux questions juives du régime de Vichy fichait et envoyait à la mort les étrangers et les Français nés sous une mauvaise étoile. On les obligeait d’ailleurs à l’afficher celle-ci sur leur poitrine. Il n’était même pas nécessaire de leur demander leurs papiers. Faut-il se réjouir de cette disparition si elle ne correspond pas à un infléchissement d’une politique qui s’exercera désormais via le ministère de l’intérieur, à qui échoient les attributions de ce ministère supprimé car tant décrié. Pour faire bonne mesure, les services de M Hortefeux devraient s’atteler à la chasse aux  antisémites et aux racistes de tout poil qui distillent sans la moindre honte leur haine du Juif, du Noir et de  l’Arabe sur le Web.

Ce contexte morose et mondial me fait définitivement douter de l’existence possible d’une humanité vivant en harmonie. Les discours sur la bonté divine entendus récemment dans une église ne sont pour moi que vœux pieux, prétextes à rassurer ceux qui les écoutent comme ceux qui les prononcent. Après ces commentaires désabusés, je puise une fois de plus dans mes archives pour alimenter cette note hebdomadaire que je me fais malgré tout un devoir de publier, au risque de passer pour un de ces chercheurs qui font du chiffre bibliographique en accommodant un même texte à plusieurs sauces. Celui-ci traite de nouveau de musique, mais sous un autre angle : les mélodies inspirées par la Grande île de Madagascar.

L’apport respectif des nations à la culture mondiale a toujours été inégal ; notamment selon qu’un état était puissant et rayonnant ou soumis à un autre. Les grandes civilisations du passé ont transmis un héritage dont l’humanité entière est redevable. Certains pays isolés sont restés à l’écart des grands courants d’échanges culturels et commerciaux. D’autres, alors qu’ils s’éveillaient à la modernité ont vu leur développement modifié par les conquêtes coloniales.

Quels qu’ils soient, ces pays dits « émergents », ont aussi apporté leur pierre à l’édifice commun, sans qu’on en ait nécessairement conscience. L’apport de ces sociétés qui n’avaient pas atteint un degré de civilisation technologique suffisant pour résister à l’envahisseur est d’ordre matériel et culturel. La plupart des amateurs de sports nautiques savent que c’est au génie propre des Amérindiens, des Eskimos et des Malayo-polynésiens qu’ils doivent de naviguer à bord de leur canoë, kayak ou autre catamaran. Derrière ces réalisations techniques parfaites, nul calcul mathématique mais un savoir empirique ; les principes étaient bons ; ils furent adoptés en Occident et dans le monde entier. Sur le plan, artistique, dans un besoin de renouvellement, l’art moderne occidental a beaucoup emprunté aux sociétés « exotiques » : Un Picasso a pu déclarer « l’art nègre, je ne connais pas », la peinture du début du 20e siècle n’en a pas moins été influencée par les « arts primitifs ». Claude Debussy, entre autres,  pour qui la musique balinaise fut une révélation a su nourrir  son œuvre d’éléments indonésiens.

Qu’en est-il de l’apport de Madagascar, vaste pays ayant lui-même de fortes racines indonésiennes, entré discrètement dans l’Histoire au temps des grandes découvertes ? S’il fut épargné par les conquistadors et autres colonisateurs des époques suivantes, sans doute est-ce parce qu’il ne présentait pas assez de signes extérieurs de richesse ! Cet état est néanmoins de ceux dont l’essor vers le développement technique et social, en bonne voie au 19e siècle, a brusquement été détourné à son profit par une colonisation anachronique. La Grande Ile n’avait pas développé de civilisation brillante comme il en exista en Asie, en Méso-Amérique ou en Afrique de l’Ouest. Son peuplement est relativement récent, aux origines multiples et toujours pas vraiment élucidées à ce jour. De plus, les sociétés malgaches n’ont pas hérité du modèle de grands anciens qui leur auraient transmis l’art des bâtisseurs. A défaut de constructions grandioses, les Malgaches - gens du verbe - ont quand même eu le temps de bâtir une littérature orale très riche. Musiciens, ils ont élaboré des musiques aux accents et à la rythmique originale que la mondialisation permet de découvrir aujourd’hui 1.

J’ai rappelé ailleurs combien ces musiques sont métissées d’influences étrangères 2. Inversement, selon le principe des échanges mutuels qui s’instaurent naturellement lorsque deux cultures entrent en contact, les musiques malgaches ont eu une influence certaine à l’extérieur, dans l’océan indien en premier lieu. Quel est leur impact en Occident ? Le domaine littéraire est plus connu ; on sait que nombre d’écrivains français ont été inspirés par Madagascar 3. Après Maurice Ravel et ses « Chansons madécasses » 4 d’autres compositeurs contemporains ont introduit cette  thématique exotique dans leur œuvre, ne fût-ce que pour un titre donné à l’une d’elles. A ma connaissance, et depuis que ces lignes ont été écrites 5, le recensement exhaustif des chansons et musiques européennes ayant de la sorte un rapport proche ou lointain avec la Grande Ile n’a toujours pas été fait. Dans cette perspective, j’ai essayé de réunir quelques autres références sur ce sujet intrigant. Le Web s’est révélé être un auxiliaire bien utile pour repérer des documents qui ne sont pas nécessairement répertoriés dans les bibliographies scientifiques imprimées ou électroniques. Cette présentation détaillée sera l’objet de la prochaine note.

1. La musique malgache contemporaine est un remarquable produit d’exportation, aux États-Unis notamment. Le groupe Tarika y a rencontré à l’orée du 21e siècle un accueil enthousiaste du public et de la presse spécialisée.
2. Madagascar Magazine, n. 19, sept. 2000, p. 50-51 et n. 20, déc. 2000, p. 45-47.
3. Ratsiorimihamina, Nivoelisoa Andrianjafy. - Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990 : contribution à l’étude de l’exotisme. -[S. l.] : s. n., 1995. - 2 T. en 4 vol., (488 p.)(669 p.) Thèse d’État, Littérature française, Paris XIII, 1995.
4. Musique composée en 1925-1926 sur les poèmes publiés en 1787 par Évariste Parny (6 février 1753-5 décembre 1814). A défaut d’édition imprimée récente de ces chansons madécasses, on trouve le texte numérisé sur le site de la Bibliothèque nationale de France. Si l’on ne dispose pas de la belle version  donnée autrefois par la cantatrice Irma Kolassi, ou celle plus récente du baryton François Le Roux, d’autres interprétations sont présentes sur le Web.
5. Madagascar magazine, n. 22, juin 2001, p. 49-50.

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