22 février 2008

In memoriam Denise Paulme (1909-1998)

Les personnels de l’École des Hautes études en sciences sociales se demandent si le déménagement du célèbre établissement « sonne le glas des sciences humaines ». Est-ce pour remplir les « caisses qui sont vides » que le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche veut absolument mettre en vente après désamiantage les bâtiments chargés d’histoire qui abritent encore la Maison des sciences de l’homme (Fondation) et l’EHESS, Boulevard Raspail à Paris ? Des anciens du Musée de l’homme, dont certains ont également travaillé dans les deux institutions, ne veulent pas rester des témoins passifs du démantèlement de disciplines indispensables à la compréhension de la société dans laquelle nous vivons. Pas plus qu’ils ne peuvent se contenter d’observer sans la dénoncer une société qui accepterait les injustices.

La justice n’a eu en effet aucun égard envers la mémoire de Denise Paulme et n’a pas tenu compte de ses dernières volontés. Elle avait en effet laissé un testament dont on pourra lire les clauses ci-après ; il n’a pas fait le poids face aux héritiers qui en contestaient l’autorité. La justice leur a donné raison. Est-ce normal ? A l’occasion du dixième anniversaire de sa mort survenue un 14 février, il faut rappeler qui était l’ethnologue effacée mais brillante qui enseigna à de nombreux étudiants dans un lieu qui s’appelait alors l’École Pratique des Hautes études. Elle y était entrée grâce à Claude Lévi-Strauss et avait fait « partie de la première génération d’ethnologues professionnels en France ». Elle avait également dirigé pendant de nombreuses années le département d’Afrique Noire au Musée de l’homme.

Rappelons maintenant les faits. Denise Paulme n’avait pas de descendants directs. En mémoire de son époux André SCHAEFFNER mort en 1980, elle avait décidé de léguer aux musées nationaux cinq œuvres peints de deux artistes célèbres qu’elle possédait ; elle léguait aussi ses livres d’anthropologie à la Bibliothèque du Centre d’études africaines de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et ses livres de littérature et d’art à la Bibliothèque municipale du 13e arrondissement. Elle déclarait aussi léguer à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales l’ensemble des actions, titres et comptes bancaires qu’elle possédait, à charge pour l’EPHSS « d’établir dans la mesure du possible, une bourse d’études en faveur d’un étudiant, de préférence africaniste, pour un montant et une durée qu’elle avisera ». Elle demandait enfin à une amie d’être son exécuteur testamentaire…Un procès a opposé pendant plusieurs années l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (la légataire donc) et l’exécuteur testamentaire au notaire, à un généalogiste et aux 3 cousins au sixième degré retrouvés par ce généalogiste. Il faut garder à l’esprit la commission substantielle qui accompagne en général la découverte d’héritiers d’une personne réputée fortunée… Denise Paulme ne connaissait pas ces cousins éloignés. Elle ignorait vraisemblablement leur existence. Par contre, dans l’arbre généalogique dressé au cours des recherches, il manquait la personne qui avait le plus compté dans la vie de Denise Paulme : sa tante ; elle la considérait comme sa mère… Sans doute avait-on négligé de la faire figurer du fait qu’elle n’aurait pas réclamé sa part de l’héritage.

Celui-ci est donc revenu aux cousins retrouvés grâce à l’obstination d’un généalogiste qui avait déjà défrayé la chronique lors de la succession de Dora Maar. Ah ce pouvoir occulte de l’argent qui a la capacité de faire bouger les montagnes ! Denise Paulme avait décidé de léguer ses biens à des institutions publiques. Il faut croire que leur valeur était suffisamment conséquente pour que des personnes privées ne s’en désintéressent pas. Ainsi, malgré leurs espérances, l’EHESS et l’ordonnateur testamentaire ont perdu le procès. La bourse destinée à un étudiant africaniste voulue par Denise Paulme ne sera donc jamais instituée et c’est bien dommage.

Denise Paulme

Denise Paulme

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