12 février 2008

Déforestation : Madagascar bientôt la vitrine témoin ?

La Commission européenne a rendu public son plan d’action contre le réchauffement climatique. Les citoyens de l’Union européenne seront mis à contribution pour le financer. Quoi de plus simple en effet que de faire de faire payer ces derniers : trois euros par semaine et par personne (bébés y compris ?) jusqu’en 2020, soit 60 milliards d’euros. Ce plan est « le paquet de mesures le plus complet au monde » a déclaré José Manuel Barroso, président de la commission. Il est censé permettre à l’UE de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990 et de porter à 20 % la part des énergies renouvelables. On peut espérer que ce plan comporte plusieurs volets. Notamment une articulation avec les plans similaires qui seraient élaborés dans d’autres régions de la planète. Diminuer les émissions de gaz à effet de serre au niveau européen et ne pas faire en sorte que des normes identiques soient appliquées dans les autres pays industriels pollueurs n’aurait pas de sens. De même qu’il est aberrant de laisser défricher sans contrôle et sans mesure les forêts équatoriales et tropicales qui participent pour une part importante à la production d’oxygène à l’échelle mondiale. Les états, les collectivités, les particuliers ne devraient plus être les propriétaires des éléments naturels d’un pays mais seulement les gestionnaires de ces éléments, bien commun de l’humanité. Administrant ces biens, ils devraient rendre des comptes à une autorité mondiale instituée à cet effet (de serre !) comme le TPI ou l’OMC dans leur domaine respectif. Ce serait certainement un moyen efficace pour obtenir que soient enfin appliqués dès règlements administratifs que des gouvernements édictent en vain. Parce qu’ils qui n’ont pas nécessairement la volonté ou les moyens de les faire appliquer. Sans cette institution supranationale, quelle superficie de forêts restera-t-il par exemple en 2020, et peut-être avant cette date, dans un pays symbole d’une déforestation à outrance commencée depuis quelques siècles : Madagascar ?

Madagascar hautes terres centralesSur la route Nationale 4, entre Mahajanga et Antananarivo

De peuplement relativement récent, cette grande île de 587.041 km2 (la 4e du monde) était à l’origine entièrement recouverte de forêts. La pratique de la culture sur brûlis a eu raison de ces forêts qui ont été détruites à 90%. Les méthodes agraires traditionnelles dévastatrices et pourtant règlementées depuis les débuts mêmes de la colonisation française continuent de ravager ce pays irrémédiablement promis à devenir un désert latéritique. La volonté de reboiser enfin sérieusement ne se manifeste-t-elle pas trop tard ? Madagascar parviendra-t-il à arrêter le processus, en mettant en place des programmes de formation à d’autres techniques agraires destinés aux paysans et en faisant enfin prendre conscience à ces derniers de l’absolue nécessité d’abandonner les mode de préparation du sol traditionnels ?

A l'entrée d'Antsiafabositra (Madagascar) en 2002A l’orée d’Antsiafabositra

Dans un avenir très proche, La Grande Ile ne sera-t-elle plus qu’une vitrine ? Le modèle à ne pas suivre pour tous ces pays dans lesquels une déforestation sans bornes sévit? Pays confrontés à une poussée démographique qui engendre une forte demande de terres à cultiver (Vénézuela par exemple) ou encore tous ces autres pays d’Afrique ou d’Indonésie livrés aux grandes compagnies forestières qui n’ont cure des problèmes d’environnement. On aimerait pouvoir répondre à cette question par la négative.

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2 commentaires à Déforestation : Madagascar bientôt la vitrine témoin ?

  • admin

    Il ne s’agit pas de déposséder les états ou les particuliers de leurs ressources naturelles mais de faire en sorte qu’une autorité (morale) supérieure oblige ces derniers à mieux gérer ces ressources communes ; comme on se résout enfin à le faire pour l’air que nous respirons. Si les Américains avaient su s’imprégner de la philosophie des Indiens d’Amérique du Nord au lieu de les détruire, notre mode de vie serait certainement moins en dysharmonie avec l’environnement. L’utopie est de croire que seul le modèle industriel du développement sauvera le monde.
    « Savez-vous que les arbres parlent ? Ils le font cependant. Ils parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L’ennui, c’est que les Blancs n’écoutent pas. Ils n’ont jamais appris à écouter les Indiens, aussi je doute qu’ils écoutent les autres voix de la nature. Pourtant les arbres m’ont beaucoup appris : tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit. » Tatanga Mani (Bison marchant), Indien Stoney 1871-1967i

  • alix

    Bravo pour ce cri d’alarme! Je trouve cependant l’idée de déposséder les états ou les particuliers de [leurs] ressources naturelles assez utopique. C’est oublier un peu vite, par exemple, que le rêve pionnier des américains s’est fondé sur ce type d’appropriation. Comme JFK n’a pas manqué de le rappeller avec la “nouvelle frontière”. Ils sauront mettre un frein pour longtemps à toute tentative malthusienne décidée à l’échelon global.
    alix