1 septembre 2010

Question : croustade aux pommes flambée à l’armagnac ? je dis Gers !

Il est réconfortant d’apprendre qu’en 2010, les étrangers (touristes, américains notamment) n’ont pas boudé la France malgré la politique d’exclusion impitoyable menée par un président de la République envers d’autres étrangers (sans papiers et sans fric). Ces deux catégories de visiteurs n’offrent évidemment pas la même image de marque. Vu de la France profonde, loin des cités « sensibles » et des lieux où le tourisme de masse règne, cette agitation médiatique et électoraliste apparaît tout à fait surréaliste ; au point de se demander si l’on vit bien dans le même pays. En effet, je n’ai une fois de plus pas eu besoin de partir au-delà des mers comme je le faisais autrefois pour être complètement dépaysé. On comprend que le charme des diverses régions du pays des Droits de l’homme offre tant d’attraits à  ceux qui apprécient son mode de vie, pour un bref séjour touristique ou une installation plus longue et salvatrice. J’ai encore rencontré ce bonheur en août, en découvrant un département français que je ne connaissais pas : le Gers.

La halle aux herbes (Auch)

La halle aux herbes (Auch)

Comment faire partager mon enthousiasme sans pour autant écrire un article promotionnel en faveur d’un département remarquable par le tourisme discret qu’il pratique ? Les charmantes hôtesses d’accueil des offices de tourisme, les organisateurs des divers festivals qui ont lieu ici et là chaque année s’en chargent très bien et mon point de vue ne ferait que confirmer les annonces des dépliants et les programmes des manifestations. Je ne suis pourtant pas allé à Marciac malgré la réputation de son festival de jazz. Mon attrait pour cette musique n’est plus assez fort pour l’écouter au milieu de la foule, d’autant que je suis à la recherche du calme quand je choisis un lieu de vacances. Le calme, le silence – que certains citadins qualifieraient  d’oppressant en particulier la nuit -, je les ai trouvés pas très loin d’Auch 1, entre Eauze et Montréal du Gers.

Mosaïques sur le sol de la villa gallo-romaine de Séviac

Villa gallo-romaine de Séviac

Ces deux bourgades m’ont permis de découvrir in situ les vestiges des somptueuses villas que nos ancêtres gallo-romains avaient bâties en ces lieux. Les mosaïques bien conservées montrent que les goûts esthétiques des occupants étaient en harmonie avec les paysages abritant ces splendides habitations : une infinité de collines où alternent stricts alignements de vignes, champs de tournesol ou de maïs, prés et bois.

Abbaye de Flaran

Abbaye de Flaran

Les nombreux rappels du Moyen-âge, ici une une abbaye, là une bastide circulaire, là encore un village fortifié ayant conservé presque intacts les signes de sa vitalité ancienne, indiquent aussi que cette région  est familière de l’opulence terrienne depuis l’Antiquité.  Elle se perpétue dans l’art de bien manger et les croustades aux pommes, l’armagnac, le floc et autres « Pousse rapière » nous rappellent constamment qu’il fait bon séjourner dans ce petit coin de France qui appartient aussi à la Gascogne.

Larressingle

Larressingle

Tout près de la cathédrale, le chat, commensal habitué du restaurant auscitain dont la terrasse profite aujourd’hui de l’ombre de l’ancienne halle aux herbes qui ne sert plus de parking -  de façon temporaire,  malheureusement, semble-t-il -  partageait visiblement  mon opinion.

Chat gourmet à  Auch

Et alors, il n'y a plus de magret de canard?

Que peut-on rêver de mieux lorsqu’on vit pendant deux semaines dans une maison un peu isolée à l’écart d’un hameau que seul le bruit des quelques voitures passant sur la route longeant le jardin et la piscine fait parfois sortir de sa torpeur ? Pas un seul de ces horribles cyclomoteurs pétaradants qui – ailleurs - gâchent quotidiennement la vie des habitants des villes et des villages, n’est venu rompre le charme d’un environnement qu’apprécient aussi ce que je croyais naïvement être des oiseaux-mouches et qui sont en réalité des papillons!

Moro-sphinx vu dans le Gers

Ce gros papillon (Moro-sphinx) 2, confondu avec l’oiseau mouche auquel il ressemble (de loin) et que je savais spécifique du continent américain, je l’avais observé à l’île de Ré il y a déjà pas mal d’années et c’est normal car je découvre qu’il est abondant en France ainsi que me l’a expliqué un spécialiste qui connait bien son mode de vie. Dont acte! A la différence des abeilles sauvages et domestiques ou des bourdons (avec lesquels on pourrait les confondre) que l’on voit butiner leurs fleurs préférées du matin au soir, ce papillon furtif et aux battements d’ailes silencieux je n’ai pu le surprendre qu’au moment exact où le soleil se couche (deux fois) et une autre fois en ville même alors qu’il voletait auprès d’un bouquet de fleurs à la terrasse d’un café.

Le Gers, du moins la  région aux confins du Bas-Armagnac et de la Ténarèze, deux de ses « pays » que j’ai sillonnés le plus, pratique un tourisme tel qu’il devrait toujours être : mesuré et sans ostentation. Est-ce pour cette raison que les villages que j’ai visités, certains sont magnifiques, ne sont pas défigurés par les enseignes commerciales agressives et surdimensionnées (Ah, le Grau du Roi, au bord de la Grande bleue !) ou envahis par ces « ateliers » et autres galeries d’art où le toc le dispute au mauvais goût que l’on observe trop souvent quand on voyage et pas seulement dans le Midi ? Il est vrai que les randonneurs, à pied et en vélo, aussi nombreux sur les chemins de St-Jacques de Compostelle que les lézards se chauffant au soleil (mais moins que les crapauds piégés par les piscines )3, ne sont pas les clients idéaux pour s’encombrer de gadgets inutiles. Je suis persuadé qu’activité touristique n’est pas synonyme de dépenses superflues et extravagantes et que les responsables du développement en ce domaine doivent miser en priorité sur la dimension culturelle et l‘esthétique environnementale. Ce sont là les atouts du Gers et l’on peut augurer que ce plaisant  département rural saura les garder en mains.

Fourcès. Le pont du 15e siècle

Fourcès. Le pont du 15e siècle

1. Ville natale de Jean Laborde, personnage beaucoup moins célèbre que D’Artagnan, autre natif du Gers ; ils ont aussi en commun d’avoir été au service de monarques autoritaires.

2. Le nom officiel du Moro-sphinx est Macroglossum stellatarum (Linné). “Il est abondant partout en France et en Europe, notamment en région méditerranéenne. C’est un migrateur qui rejoint des régions plus chaudes en hiver”.

3. Je raconterai une sombre histoire d’anoures la semaine prochaine.

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