24 août 2010

Musique malgache et archives virtuelles : retour sur un passé récent

J’ai déjà dit avoir connu la Grande île sur le tard et évoqué plusieurs fois ce premier voyage fait il y a maintenant huit ans. J’en avais rendu compte à l’époque dans le bulletin d’information interne de la bibliothèque dans laquelle je travaillais. En relisant ce texte peu diffusé et qui  n’a eu strictement aucun écho auprès de collègues prisonniers de leur routine quotidienne, je m’aperçois qu’il reste d’actualité et précise les circonstances de ma découverte physique du pays : la promotion des « Archives virtuelles de la musique malgache ». J’ai donc repris cet article, après l’avoir ponctuellement mis à jour. Cette note rappelle ainsi en quoi consistait alors ce projet novateur 1 et qui a bien avancé depuis, malgré les obstacles d’ordre administratif et logistique rencontrés… à Madagascar, est-il besoin de le souligner…

En été 2002, j’ai eu l’opportunité de participer à Antananarivo à un colloque international intitulé « Pluralité culturelle et développement » organisé du 5 au 8 septembre par l’Académie malgache dans le cadre de la célébration de son centième anniversaire 2. Cette manifestation a été le facteur décisif qui m’a décidé à découvrir enfin la terre de mes ancêtres (paternels), le « Tanindrazana » cher au cœur des Malgaches. Je peux maintenant répondre que je suis allé au moins une fois dans ce pays dont j’ignore la langue mais dont l’histoire et la culture ne me sont pas inconnues. Ce colloque a permis à un ethnomusicologue autrichien spécialiste de musique malgache et à un amateur plus ou moins éclairé de présenter un projet d’archives virtuelles de cette musique unique et multiple. Nous étions en relation de travail par messagerie électronique interposée depuis deux ans ; le télétravail en quelque sorte. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à Antananarivo, quelques jours avant la manifestation, afin de mettre la dernière main à une communication préparée jusqu’alors par correspondance !

Le thème choisi par les organisateurs était au cœur d’une problématique concernant Madagascar au plus haut point : les politiques de développement menées par les pays émergents ne tiennent pas suffisamment compte de la dimension culturelle. Cette dimension s’avère pourtant indispensable, ainsi que l’ont démontré les exposés des divers intervenants. Pour traiter des questions de langue, de culture et de communication dans la perspective d’un développement durable, les travaux de ces journées étaient organisés en trois commissions ou ateliers : « environnement linguistique et développement », « environnement culturel et développement », « contexte de communication et développement ». Il fallait donc naviguer d’une salle à l’autre en espérant la présence de traducteurs quand les interventions étaient en malgache. Il en a eu 43 au total, dont 27 en français, 15 en malgache et 1 en anglais. Le projet « Archives virtuelles de la musique malgache » figurait dans le troisième atelier. Il prolonge un travail de recensement bibliographique des ressources de la musique malgache entrepris en 1998 par August Schmidhofer de l’université de Vienne. Nous le développons en collaboration depuis deux ans 3.

Accessible sur le Web, cette bibliographie/discographie était initialement signalétique et recensait essentiellement les textes scientifiques ; une première évolution a été marquée par l’introduction de nouvelles rubriques (multimédias et films, musique malgache à travers la presse, musées conservant des instruments de musique malgache, etc.). Des liens donnent maintenant accès au texte intégral d’un certain nombre d’articles de périodiques ainsi qu’à des documents iconographiques. « References on malagasy music / références sur la musique malgache ». Une page de liens regroupés par thèmes donne également accès à des sites de musiciens malgaches ou à des sites musicaux mp3 et midi, à des discographies, etc.  En surfant à partir de cette page de liens, on peut ainsi découvrir une musique originale sous ses aspects divers, souvent inattendus pour des oreilles non habituées.

De cette évolution est venue l’idée de constituer des Archives virtuelles de la musique malgache à partir de documents numérisés : disques, bandes magnétiques, documents iconographiques. La matière est abondante, notamment en Autriche où l’Institut de musicologie de Vienne, les Archives sonores de l’Université de Vienne et le musée d’ethnologie possèdent d’importantes collections de sources de la musique malgache (1500 enregistrements de terrain constituant divers fonds, dont le fonds Schmidhofer qui a lui seul en réunit 1200). L’objectif est de numériser toutes les archives conservées en Autriche et de les rendre à terme accessibles au public (chercheurs, musiciens, amateurs) via un ordinateur. C’est la première phase, en cours de réalisation. La collection numérique est conservée  aux Archives sonores de l’Académie autrichienne des sciences à Vienne, un double étant déposé à la Bibliothèque nationale à Antananarivo. La deuxième phase consistera à numériser les documents se trouvant pour l’essentiel à Madagascar et ailleurs dans le monde (radios, musées et collectionneurs privés). Sur le plan technique, les documents imprimés sont numérisés en mode image au format pdf ou jpg. Pour les documents sonores, le logiciel Wavelab est utilisé et les données sont ensuite converties au forma mp3.

Le projet implique la collaboration de différents partenaires : les institutions autrichiennes déjà citées, l’Unesco, sollicité pour le financement, relayé par la Commission malgache pour l’Unesco qui assure 4 également la coordination des opérations à Madagascar ; la Bibliothèque nationale malgache où est conservé le double des Archives virtuelles. Sur le plan technique, une société autrichienne (Online Gesmbh) a apporté ses conseils et prend en charge la formation des personnels pour la numérisation des documents à Madagascar5. Beaucoup de travail reste encore à faire, mais ces archives virtuelles de la musique malgache constituent d’ores et déjà une première et n’ont actuellement pas leur équivalent. Elles permettent la conservation d’un riche patrimoine musical et surtout, car tel est leur objectif, facilitent l’accès à des documents sonores peu accessibles ou en voie de disparition (disques des firmes qui n’existent plus retrouvés sur les marchés et chez les collectionneurs, bandes magnétiques de stations de radio, etc.). Il est prévu qu’un site Web donne un échantillon de ces archives musicales malgaches ; plusieurs pages étaient présentées in situ à la bibliothèque nationale lors de l’inauguration officielle. Cette inauguration a eu lieu à la le lundi 9 septembre 2002. Une plaque commémorative a été placée à cette occasion sur un mur à l’entrée de la Bibliothèque nationale.

De ce voyage initiatique à Madagascar ont été rapportées des impressions multiples et des photos ; c’est le lot de tout voyageur qui découvre un pays plein de contrastes et qui a de beaux restes malgré la forte pression humaine exercée sur un environnement unique et fragile. Plus culturel que touristique, mon séjour était placé sous le signe de la musique malgache archivée mais aussi toujours vivante, dans les salles de spectacle ou dans certain café branché 6 de la capitale. Mais ceci est une autre histoire.


1. En 2002, les grandes entreprises de numération de textes se mettaient en place.
2. Créée par arrêté du 23 janvier 1902 par Gallieni qui, à l’époque, était gouverneur général. Son but était « l’étude approfondie, méthodique et raisonnée, de la linguistique, de l’ethnologie et de la sociologie malgaches ».
3. Depuis 10 ans, en 2010.
4. L’argent versé par l’Unesco semble s’être évaporé…
5. Cette société n’existe plus aujourd’hui.
6. Le Glacier.

2 commentaires à Musique malgache et archives virtuelles : retour sur un passé récent

  • Ces encouragements m’incitent à continuer. Merci. Je continuerai donc ; les aspects positifs du passé malgache ne devraient pas être occultés par le négatif, souvent mis en avant par la littérature coloniale (au sens large) et il y a fort à faire. J’essaie modestement de contribuer à rappeler les premiers. Radama.

  • Merci
    L’essentiel est de continuer le cheminement un peu difficile du travail de  » notre » mémoire Collective Malgache…Vas y ..C’est bien
    Bekoto