2 février 2008

Morale : la réponse du premier laïc de France

Qu’il s’approprie les discours rédigés par d’autres ou qu’il parle en son nom propre, le président de la république n’a pas son pareil pour se mettre à dos l’opinion publique. Tant mieux ; s’il persiste dans cette voie, ses supporters qui n’avaient pas compris depuis le début que ses promesses électorales étaient de la poudre aux yeux continueront de prendre la poudre d’escampette, en rangs serrés.

L'épouse s'adressant au candidat aux élections L'épouse s'adressant au candidat aux élections : - Ta profession de foi ? Mais tu n’as jamais parlé de la sorte !	- Qu'est-ce que cela fait !... Pour quelques jours !

- Ta profession de foi ? Mais tu n’as jamais parlé de la sorte ! - Qu'est-ce que cela fait !... Pour quelques jours !

Les athées et une partie des croyants n’ont pas besoin de recevoir de leçons en matière de religion de la part du chef d’un état laïc. Ils n’ont pas du tout apprécié sa récente déclaration relative à l’incapacité foncière des instituteurs à se substituer aux hommes d’église pour enseigner la morale. Ce point de vue nous ramène aux efforts déployés par Jules Ferry pour imposer le sien dans un état qui n’était pas encore laïc. L’arrêté du 27 juillet 1882 réglait l’organisation pédagogique et le plan d’études des écoles primaires publiques. Il est instructif de relire les programmes annexes de cet arrêté car ils ont aussi servi d’argumentaire à Jules Ferry dans un discours prononcé au Sénat, lors de la séance du 30 mai 1883. L’orateur, alors Président du Conseil et Ministre de l’instruction et des Beaux-Arts, répond à l’interpellation du Duc de Broglie à propos des livres destinés aux écoles primaires publiques. Voici quelques extraits de ce discours. Ils montrent que M. Sarkozy a tout faux en déclarant que l’ « instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Jugeons-en :

M. Le Président du conseil. « Le rôle de l’instituteur dans l’enseignement moral. - L’instituteur est chargé de cette partie de l’éducation, en même temps que des autres, comme représentant de la société : la société laïque et démocratique a en effet l’intérêt le plus direct à ce que tous ses membres soient initiés de bonne heure et par des leçons ineffaçables au sentiment de leur dignité et à un sentiment non moins profond de leur devoir et de leur responsabilité personnelle.

Pour atteindre ce but, l’instituteur n’a pas à enseigner de toutes pièces une morale théorique suivie d’une morale pratique, comme s’il s’adressait à des enfants dépourvus de toute notion préalable du bien et du mal : l’immense majorité lui arrive au contraire ayant déjà reçu ou recevant un enseignement religieux qui les familiarise avec l’idée d’un Dieu auteur de l’univers et père des hommes, avec les traditions, les croyances, les pratiques d’un culte chrétien ou israélite ; au moyen de ce culte et sous les formes qui lui sont particulières, ils ont déjà reçu les notions fondamentales de la morale éternelle et universelle ; mais ces notions sont encore chez eux à l’état de germe naissant et fragile, elles n’ont pas pénétré profondément en eux-mêmes ; elles sont fugitives et confuses, plutôt entrevues que possédées, confiées à la mémoire bien plus qu’à la conscience à peine exercée encore. Elles attendent d’être mûries et développées par une culture convenable. C’est cette culture que l’instituteur public va leur donner.

Sa mission est donc bien délimitée ; elle consiste à fortifier, à enraciner dans l’âme de ses élèves, pour toute leur vie, en les faisant passer dans la pratique quotidienne, ces notions essentielles de moralité humaine communes à toutes les doctrines et nécessaires à tous les hommes civilisés. Il peut remplir cette mission sans avoir à faire personnellement, ni adhésion, ni opposition à aucune des diverses croyances confessionnelles (murmures à droite. Adhésion à gauche) auxquelles ses élèves associent et mêlent les principes généraux de la morale. (C’est cela ! sur divers bancs.) Il prend ces enfants tels qu’ils lui viennent, avec leurs idées et leur langage, avec les croyances qu’ils tiennent de la famille, et il n’a d’autre souci que de leur apprendre à en tirer ce qu’elles contiennent de plus précieux au point de vue social, c’est-à-dire les préceptes d’une haute moralité. (C’est cela ! sur divers bancs.)

L’enseignement moral laïque se distingue donc de l’enseignement religieux sans le contredire. (Ah!Ah ! à droite.) L’instituteur ne se substitue ni au prêtre, ni au père de famille ; il joint ses efforts aux leurs pour faire de chaque enfant un honnête homme. Il doit insister sur les devoirs qui rapprochent les hommes et non sur les dogmes qui les divisent. (Approbation à gauche.) Toute discussion théologique et philosophique lui est manifestement interdite par le caractère même de ses fonctions, par l’âge de ses élèves, par la confiance des familles et de l’État : il concentre tous ses efforts sur un problème d’une autre nature, mais non moins ardu, par cela même qu’il est exclusivement pratique : c’est de faire faire à tous ces enfants l’apprentissage effectif de la vie morale.

Plus tard, devenus citoyens, ils seront peut-être séparés par des opinions dogmatiques, mais du moins ils seront d’accord dans la pratique pour placer le but de la vie aussi haut que possible, pour avoir la même horreur de tout ce qui est bas et vil, la même admiration de ce qui est noble et généreux, la même délicatesse dans l’appréciation du devoir, pour aspirer au perfectionnement moral, quelques efforts qu’il coûte, pour se sentir unis dans ce culte général du bien, du beau et du vrai qui est aussi une forme, et non la moins pure, du sentiment religieux. (Très bien et applaudissements à gauche. Approbation sur quelques bancs de droite.)”

jules Ferry

jules Ferry à 38 ans


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