11 août 2010

A moi le compte de mots : Madagascar !

Madagascar ! Mot magique qui, selon le niveau culturel des personnes qui le lisent ou l’entendent, invite au questionnement, au rêve, au voyage ou aux jeux de mots mnémotechniques : le « Madame Gaspar » cher aux journalistes et  aux potaches… Oui, ce pays autrefois état souverain fut pendant plus de soixante ans entre les parenthèses de la colonisation : « parent-thèse » = la thèse des parents tutélaires = la France. Celle-ci était censée lui apporter prospérité et développement mais le pays n’a toujours pas retrouvé sa dignité, son indépendance économique et sa fierté du temps où un gouvernement légitime reconnu par les autres nations exerçait son autorité. Gallieni a détruit d’un trait de plume ce qui restait d’un pouvoir déjà bien entamé à partir de  1885. A la différence d’autres états plus avancés sur le plan technologique et qui ont su éviter la mainmise européenne, Madagascar n’y a pas échappé. Alors qu’il s’était ouvert lentement mais progressivement à la modernité depuis le début du 19e siècle, le pays s’est vu imposer par les armes un modèle de développement, au profit des colons et de La France. On ne refait pas l’histoire et je ne vais pas encore ratiociner sur ce que serait maintenant  un des « joyaux » de l’Empire français si son évolution avait suivi un cours naturel. Je me place aujourd’hui sur un tout autre plan, en donnant quelques exemples d’adoption du mot Madagascar dans divers contextes (spectacles, noms de lieux, littérature), œuvres ou lieux n’ayant pas nécessairement un  rapport avec la Grande île.

Cette note est en quelque sorte un complément d’une précédente consacrée aux mots originaires de Madagascar. Il ne s’agit ici que d’un survol, éventuellement d’une piste de recherche pour un étudiant qui voudrait développer ce thème car il s’avère en fait plus vaste qu’on ne le pense lorsqu’on l’aborde. Le film d’animation Madagascar est l’exemple le plus récent de coup de projecteur médiatique contribuant à faire connaître le mot mais pas le pays, quand bien même quelques makis sont aperçus au détour des images. Je suis mauvais juge car je n’ai vu que des extraits d’un film dont les auteurs pensent certainement que la mièvrerie est indispensable pour s’adresser aux enfants. Du cinéma je passe aux courses hippiques ;  on a vu qu’un cheval portait le nom de Ranavalona. Les turfistes fréquentant l’hippodrome d’Auteuil savent que sa pelouse est désignée sous le nom de la Grande l’île parce que son contour en a la forme… J’ai découvert récemment que Madagascar est aussi le nom d’un quartier de Yaoundé au Cameroun mais, là, je ne sais pas pourquoi.

Je sais par contre que Madagascar provoque beaucoup de bruit (dans le contexte de l’informatique documentaire) lorsqu’on cherche un livre sur ce mot dans le catalogue en ligne de certains libraires. En effet, en réponse à ladite requête apparaissent les titres d’œuvres imprimées sur « papier Madagascar » et leur contenu n’a en l’occurrence que rarement de rapport avec le contenant. Même constat pour des livres dont le titre contient le mot  Madagascar. Il en est ainsi du récit de Léon Bertrand intitulé Lendemain d’évasion : journal de marche de la compagnie Madagascar 1. L’auteur, résistant, a choisi ce nom de « Capitaine malgache »  et celui du groupe de maquisards 2 qu’il commandait en souvenir de séjours qu’il fit à Madagascar, le dernier s’étant achevé deux jours avant l’entrée en guerre…Dans Les Fils Madagascar d’Ernest Pérochon  3, la famille porte ce surnom parce - alors qu’il est encore un enfant -, le personnage principal de ce roman interrogé par son instituteur qui lui demande de  raconter le voyage  qu’il vient de faire,  déclare : « j’aurais voulu aller à Madagascar ». le surnom est resté…

Quelques lecteurs intéressés par le sujet auront peut-être envie de continuer cette liste à peine ébauchée des titres d’œuvres de fiction contenant le mot Madagascar ou des mots inspirés par la Grande île. Romans, médicaments et produits de beauté ont adopté les mots Ravenala, Madecassol, Nocibe et autres Tsarabe… Il en existe d’autres. Je reviendrai sans doute sur cet aspect  publicitaire dans une note ultérieure.

Ranavalona 3

Ranavalona-manjaka III (1895)


1, Besançon, impr. de Jacques et Demontrond, 1947.
2. groupe actif en 1944 en Bourgogne (dans la vallée de l’Ouche).
3. Paris : Plon, 1932.

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