25 avril 2006

Notes de conduite

Une note écrite en 2002 en réaction à un article du “Monde” et restée inédite est à l’ordre du jour car elle est toujours d’actualité. Pour s’être fait qualifier de « Jaune » par un automobiliste alors qu’elle traversait la rue au mauvais moment et au mauvais endroit, Madame Noriko Hanyu déclarait n’avoir « jamais senti une telle violence depuis [qu’elle était] en France” (1). Elle n’y résidait sans doute pas depuis assez longtemps. On espère qu’elle s’est habituée à ces manifestations de racisme ordinaire car le “retourne dans ton pays” ne date pas d’aujourd’hui et depuis quatre ans la situation ne s’est pas améliorée. Si la liberté de parole raciste remonte loin dans le temps et était relativement discrète hormis à l’extrême droite, les propos xénophobes ont tendance à se banaliser. Ils ne sont plus le seul fait d’une frange de la population, la moins évoluée, qui exprimait indifféremment sa haine des étrangers ou de compatriotes qui, apparemment seulement, n’ont pas eu d’ancêtres gaulois.

Concernant les gens dits « de couleur », l’identification est facile mais le choix des qualificatifs moins aisé quand le type physique de la personne agressée verbalement, sinon physiquement - pour l’instant du moins - est indéterminé ; ce qui est le cas du mien. De surcroît, les qualificatifs évoluent avec le temps et le contexte. Bronzant facilement l’été, il m’est arrivé de me faire traiter de « négro » ou appeler « Bamboula » dans mon enfance. Dans les années cinquante, quelqu’un m’avait donné le gentil surnom de “Blancblanc”, sorti de je ne sais quel roman d’aventures et un camarade de classe, aimant beaucoup Bibi Fricotin m’appelait gentiment Razibus Zouzou; mais lors d’un différend survenu plus tard dans la cour du lycée Charlemagne à Paris, je me suis entendu gratifier de l’aimable « Chinois vert » tout droit sorti des mauvaises bandes dessinées américaines de l’époque. Plus tard, dans les années soixante à Paris, alors que je traversais une rue hors des clous, un automobiliste irascible m’a lancé : « tu te crois en Chine ? » Plus récemment, au volant de ma voiture, j’ai eu droit au « macaque » familier des anciens d’Indochine… Le qualificatif de « jaune » est un terme humiliant a déclaré Madame Hanyu. Les adaptateurs des aventures de Blake et Mortimer en ont sans doute pris conscience. Ils ont mis ce mot entre guillemets (2) alors qu’Edgar P. Jacobs n’en mettait pas (3). On peut douter que les jeunes lecteurs d’aujourd’hui saisissent la nuance.


1. Le Monde du 14 juin 2002.
2. L’étrange rendez-vous de Jean Van Hamme et Ted Benoit.
3. Le secret de l’Espadon.

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