2 juin 2010

Quand on a trop de pétrole, il faut avoir aussi des idées

Une belle brochette d’intellectuels était réunie le jeudi 27 mai devant les caméras de  « Ce soir  ou jamais » pour débattre de la réforme des retraites, des plans de rigueur en Europe, du lancement de l’Ipad…Cette profusion de sujets a fait dire à Pierre Nora son regret que le débat tourne au « Café du commerce », juste  après une intervention de Paul Ariès, directeur du Sarkophage, qui venait d’exprimer quelques-unes de ses idées. L’académicien distingué et un peu pontifiant ce soir là devait les trouver fumeuses parce que non conformistes. De salon ou de zinc, ces débats montrent que la vie continue sur les chaines de télévision et ailleurs alors que l’immense catastrophe qui frappe le golfe du Mexique devrait faire l’objet de toutes les attentions. On a la nette impression qu’elle empêche de dormir les seuls dirigeants de BP et toutes les personnes touchées par la marée noire qui n’est pas près de s’arrêter. Si la mer est vaste, le gisement de pétrole l’est nécessairement aussi puisqu’on a jugé bon de l’exploiter…Il faut donc colmater la fuite au plus tôt.

Il semble aussi que la cote d’Obama baisse en proportion inverse de la montée des galets de pétrole vers les côtes américaines et, comme il fallait s’y attendre, le petit peuple est déçu par ce président qu’il croyait être le père tout puissant. Voilà bien les Américains : ils reprochent au gouvernement fédéral de s’immiscer dans les affaires des états et dans le même temps lui reprochent aussi de ne pas faire assez dans une situation de catastrophe. Ces réactions sont basiques car tellement humaines… Peut-être Obama a-t-il fait jusqu’ici trop confiance aux dirigeants de la firme qui se faisaient forts de résoudre le problème mais les échecs successifs des ingénieurs et des techniciens montrent qu’il serait temps d’imaginer autre chose. Je pense notamment à la formidable armada et aux moyens mis en œuvre lors du débarquement en Normandie. La situation est comparable, à la différence que cette opération avait été préparée alors que les pétroliers n’ont pas imaginé, par économie et une trop grande confiance en leur technologie, les techniques préventives ou correctrices pour empêcher l’invasion de cette nouvelle peste brune.

Je pense aussi au regretté Reiser, sensible aux problèmes d’environnement. Il  aurait imaginé en quelques dessins rapides et drôles les machines permettant de colmater la fuite. Il n’est plus là pour le faire faut-il renoncer pour autant à trouver des idées ? Celle que je propose relève peut-être de cet esprit « café du commerce » évoqué précédemment. Qu’importe ! Le café fait penser aux chaussettes qu’utilisaient les grands-mères pour préparer ce breuvage. Le tissu assez épais permettait à l’eau bouillante de s’infiltrer mais pas à la mouture de sortir. On chalute les galets de pétrole arrivés à la surface et on sait fabriquer des filets de plusieurs kilomètres de long pour la pêche. Au lieu d’essayer de boucher la fuite en opposant une force à une autre qui semble être bien supérieure, pourquoi ne pas canaliser celle de l’adversaire comme cela se fait dans les arts martiaux japonais, c’est à dire en emprisonnant le pétrole dans cette chaussette géante. Posé au fond de la mer, sa base circulaire lestée par des  poids qui n’auraient pas besoin d’être aussi lourds que ceux qui n’ont pas réussi à obturer la tête du puits, ce conduit  canaliserait le liquide visqueux qui remonterait naturellement à la surface où on le recueillerait par aspiration.

Tout cela semble facile et on m’objectera des arguments techniques auxquels je n’ai pas pensé qui rendraient l’opération impossible. Je les admettrai volontiers mais si les objections ne sont que d’ordre financier, l’enjeu est trop important pour ne pas tenter le coup. Le puits est à 1500 mètres de fond. Les techniques  pour construire les aérostats du 19e ou du 20e siècle pourraient être mise en œuvre, en les adaptant au besoin. En termes de matériaux,  il faudrait confectionner l’équivalent de 5 ballons dirigeables de la longueur du plus grand Zeppelin qui mesurait près de 270 mètres. On a les moyens financiers pour construire des chaluts capables de dépeupler la mer ; que BP fasse fabriquer d’urgence une chaussette pour récupérer le pétrole ! La société pétrolière repartira du Bon Pied et  cette partie de l’océan sera peut-être sauvée.

chaussette à pétrole

Bien pollué! Dessin © Claude Razanajao

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