29 septembre 2006

Faire le premier patch

“Après la vie”, excellent film de Lucas Delvaux diffusé à la télévision le lundi 25 septembre, est peut-être un “premier patch pour arrêter de fumer”. Dominique Blanc y est bouleversante de réalisme dans son rôle de camée à mort. Son interprétation d’une crise de sevrage aigüe est particulièrement forte. Lorsqu’on entend ensuite le personnage qu’elle incarne dire à son mari policier (il lui fournit la drogue), que rester cinq jours sans héroïne sera une épreuve impossible à supporter, on voit en grand ce que l’on subit en petit avec le paquet de cigarettes qu’on a oublié d’acheter. Une fois rentré chez soi et quand tous les bureaux de tabac sont fermés… Heureusement, la cigarette est encore en vente libre. Lorsqu’on est accro depuis plus de cinquante ans, on se dit qu’il n’y a plus rien à faire : le “mal” est déjà fait! On se console néanmoins en constatant que près de trois siècles auparavant des défenseurs du tabac comme le poète Constantin de Renneville (1650-1723) relativisaient sa nocivité :

Qu’est ce que notre vie? Une cendre animée
Elle s’évanouit après un faible effort;
notre corps se dissout, l’esprit prend son essor
Et laisse ce fumier dont notre âme est charmée…

Subtile exhalaison qui s’évapore en l’air,
Tu montres que nos jours passent comme un éclair ;
Le temps nous les ravit d’une vitesse extrême

tandis qu’à la même époque d’autres adeptes chantaient carrément les louanges du tabac :

Agréable tabac, charmant amusement,
Qui d’un langage muet entretient en fumant,
Qui délasse l’esprit, qui sait calmer la peine,
Qui par l’exhalaison d’une fumante haleine
Sait purger un fumeur en le divertissant,
Et dissiper l’ennuy qui le rend languissant
…………………………………………………….
Ton mérite et ton excellence
Seront un jour si bien connus en France
Et des autres nations qui sont dans l’univers,
Que tu ne seras plus regardé de travers.

L’histoire a donné tort au poète. Après l’euphorie, qui connut son paroxysme à la fin du 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle, le tabac est de nouveau regardé de travers…

Quoi qu’il en soit, deux jours réflexion et de répit m’ont été nécessaires pour décider de rompre avec l’ état de dépendance en arrêtant définitivement de fumer. Cette nouvelle tentative sera-t-elle la dernière? Le déclarer publiquement devrait m’aider à tenir parole et au-delà de cinq jours…. J’en reparlerai dans un mois…

Le fumeur

Le fumeur

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