4 décembre 2006

“Ceux de ma race ont la sombre manie d’adorer ce qui d’eux-mêmes est mort”

Chacun réagit à la mort des autres en fonction de sa culture et de son environnement social. Je sais qu’en un village des Cévennes que j’aime bien, le décès subit d’un coiffeur survenu alors qu’il profitait de sa retraite depuis seulement une semaine va éclipser la disparition de deux acteurs de cinéma célèbres et défrayer la chronique pendant quelques temps.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis encore un peu triste, comme beaucoup d’entre nous. A cause de la disparition de ces deux acteurs. On a tendance à l’oublier mais François Mauriac cité en exergue nous le rappelle; en nous apitoyant sur la mort des autres, c’est bien sur nous-même que nous nous apitoyons. Et si le départ de Philippe Noiret nous touche beaucoup, celui de Claude Jade, moins médiatique, nous émeut peut-être plus profondément. Avec elle disparait le personnage qu’elle incarnait dans les films de Truffaut, personnage amoureux que l’on portait plus ou moins secrètement en soi dans notre jeunesse. Cette époque chargée de souvenirs, quand bien même fût-elle déjà loin, reste très présente dans l’esprit de chacun.

Je fais partie du million de Français qui tiennent un blog. Et ce n’est pas fini. D’autres candidats se pressent pour tenir le crachoir à leur compte. Une vieille amie qui défend la cause des animaux, un peu comme le fait Brigitte Bardot mais avec moins de moyens, me demandait récemment comment faire un blog. Je ne voudrais pas la décourager mais est-ce bien nécessaire de créer un blog de toutes pièces alors qu’il existe tant de possibilités d’intervenir sur Internet, en particulier en participant à des forums de discussion?

J’ai l’impression que cela ne lui suffirait pas. En ce qui me concerne, j’avais déjà des pages web. Mon blog, qui à l’origine n’en est pas un vrai comme je l’avais annoncé d’entrée de jeu, en a été le prolongement naturel. Certains pensent qu’avoir son propre blog s’apparente à la situation du locataire qui devient propriétaire de son appartement. Sans doute est-on maître à bord mais l’investissement en temps est lourd et les charges aussi : filtrage des spams, élimination des messages incorrects, injurieux ou diffamatoires, réponse aux interventions qui en valent la peine. Bien sûr, rien de tel qu’un blog si l’on veut satisfaire son égo et assouvir partiellement ce besoin de reconnaissance qu’éprouve tout un chacun à des degrés divers. A condition toutefois que le lectorat du blog dépasse le cercle des intimes. Mais cela, on peut feindre de ne pas le savoir…

Le marin à la barre

Les commentaires sont clos.