15 janvier 2007

« J’en hais ma claque!»

Pardon pour ce nouveau jeu de mots « à deux balles », comme dirait une vieille amie retraitée qui suit assidûment des cours au collège de France, mais il a été pondu juste pour rappeler que Roberto Alagna avait refusé de payer la claque de la Scala de Milan. Pas le jour de sa fameuse (et préméditée ?) sortie de scène de décembre dernier mais en 1988. (1).

La claque existait donc encore à cette époque et il apparaît aussi que cette espèce de mafia exerçait ses talents rétribués dans d’autres salles de théâtre ou d’opéra européens. Une tradition vieille comme le spectacle puisqu’elle remonte à l”Antiquité (2) ; cette pratique, un Villiers de l’Isle Adam l’a analysée avec brio voilà déjà plus d’un siècle. Son étude approfondie du bravo aboyé en fin de spectacle est très forte : « Le Oua-Ouaou, c’est le bravo poussé au paroxysme; c’est un abréviatif arraché par l’enthousiasme, alors que, transporté, ravi, le larynx oppressé, on ne peut plus prononcer du mot italien “bravo” que le cri guttural Oua-Ouaou. Cela commence, tout doucement, par le mot bravo lui-même, articulé, vaguement, par deux ou trois voix: puis cela s’enfle, devient brao, puis grossit de tout le public trépignant et enlevé jusqu’au cri définitif de “Brâ-oua-ouaou ; ce qui est presque l’aboiement. C’est là l’ovation ». A travers le personnage de l’ingénieur Bathybius Bottom, l’auteur des Contes cruels invente aussi une machine pas ordinaire qui n’est rien moins qu’une claque automatique !

Bravo!

Bravo!

On ne saurait trop recommander la (re)lecture de ces contes aux acteurs de la vie artistique et politique (3) qui s’agitent dans les coulisses de la société spectacle permanente qui est la nôtre.
Une invention de ce genre serait un auxiliaire bien utile dans la course effrénée à l’audimat que mènent les chaînes de télévision et de Radio. Cette course n’est d’ailleurs plus réservée aux seules chaînes people et « faire appel à la ménagère » pour qu’elle donne son avis devient la règle générale. France musique semble s’y conformer à son tour. Que les auditeurs aiment ou n’aiment pas la musique diffusée dans « Prima la musica » devrait-il changer la nature des œuvres ou des concerts inscrits au programme ? Ce n’est certainement pas le besoin narcissique de savoir si l’on les aime ou non qui commande ce questionnement permanent des réalisateurs mais plus vraisemblablement pour répondre à des directives…Une telle tendance s’observe en effet dans d’autres émissions de la chaîne. Plutôt qu’une course à l’audimat par le biais de l’interactivité qu’Internet permet aujourd’hui, la direction de France musique pourrait profiter de cette période préélectorale pour lancer un concours auprès des auditeurs. On leur demanderait de classer dans un ordre préférentiel des diverses émissions proposées par la chaîne…Le résultat serait sans doute surprenant.

La majorité (silencieuse) ne se manifeste pas. Les rappels réitérés à « faire part de leurs impressions » en fin d’émission irritent nombre d’auditeurs. Qu’on laisse donc ce type de démarche à « Radio classique » assez douée pour horripiler les vrais amateurs de musique classique. Et puis, entrer dans des forums de discussion où s’étale sans vergogne le quasi illettrisme de certains intervenants, non merci ! Quant aux forums où « des gens qui savent de quoi ils parlent » se répandent sans pudeur, quelle plaie ! Quand de surcroît ces intervenants copinent sur un ton entendu avec l’animateur de l’émission, on se croirait revenu dans les classes de lycée d’autrefois avec le lèche-cul de service du premier rang.

Ces récriminations isolées « d’un agité du blogal » ne serviront pas à grand chose mais quelle n’a pas été ma surprise de constater que l’émission « Metropolis » (sur Arte) n’était plus reléguée au milieu de la nuit comme je l’avais dénoncé en mai dernier mais reprogrammée à une heure d’écoute décente, je devrais dire même plus que décente puisqu’en « prime time » ! Pour une fois que le bon sens commande, il serait malhonnête de ne pas saluer l’événement!

La claque. Lithographie de Dillon

La claque. Lithographie de Dillon

« Tarif établi pour les applaudissements et autres manifestations théâtrales » (Victor Couailhac. La vie de théâtre. - 1864). L’unité monétaire n’est pas précisée.
Salve ordinaire……………..….5
Tirade enlevée………………..15
Salve redoublée……….……..20
Trois salves……………….…..25
Rappel simple…….…………..25
Rappels illimités……………..50
Effets d’horreur.………………..5
Murmures d’effroi, exécutés
comme si la force manquait
pour applaudir………..….…..15
Ricanements…………..………5
Rires…………………………….5
Rires francs…………………..10
Exclamations : « Ah ! qu’il
est drôle ! Ah ! qu’il est
Amusant »……………..…….15
Exclamations superlatives
: « Ah ! qu’il est donc
drôle ! Ah ! qu’il est donc
amusant »……………..…….15
etc…
claque_automatique_machine

1. “Je ne suis pas le fruit du hasard”. - Paris, Grasset, 2007.
2. La claque et les claqueurs par Georges Dubosc (1897).
3. La claque - représentation politique au XIXe siècle / Yann Robert. Dans : Romantisme, 2007/2 (n° 136), pages 121 à 133.

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