4 février 2007

« Sondage : 81 degrés de « Noircitude » sud

Le sondage fait par TNS-Sofres à l’initiative du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) a dû poser quelques problèmes aux enquêteurs. A partir de quel degré de noirceur (de peau !) un individu est-il considéré comme « Noir » ? Le terme de « coloré » aurait été plus facile à cerner. Les tenants de l’apartheid l’avaient bien compris : ce terme leur permettait de mettre dans le même sac, les diverses ethnies autochtones d’Afrique du sud, les « non blancs» d’origine étrangère (Indiens, Malais) et les personnes issues des divers métissages entre ces populations vivant dans un pays où il était interdit de mélanger les torchons et les serviettes. On sait qu’en République sud africaine d’avant l’abolition de l’apartheid, la moindre trace de « sang noir » dans les veines suffisait pour qu’un métis, fût-il quasiment blanc, soit classé dans la catégorie des « Coloured », comme aux USA au temps de la ségrégation raciale ou dans l’Allemagne hitlérienne en ce qui concerne les Allemands désignés comme juifs.

A l’issue du sondage, il ressort que 81% des personnes interrogées étaient des Français. On a un peu trop tendance à oublier que c’est à cause de son histoire coloniale que la France compte parmi ses filles et ses fils des personnes à l’épiderme coloré…Il ressort donc aussi que 19% seulement des personnes de couleur vivant en France seraient des populations allogènes. On peut supposer qu’il s’agit en majorité d’immigrants venus des anciennes colonies d’Afrique. Quant aux raisons pour lesquelles des personnes qui ne se sentaient pas concernées par l’enquête ont refusé de répondre, on peut s’interroger. Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir une peau très foncée pour être l’objet de discriminations ou pour subir des vexations. Chacun peut y aller de son récit personnel. Je l’ai fait dans une précédente note. Le récent sondage me donne l’occasion de récidiver. Je mettrai cette nouvelle histoire en parallèle avec celle vécue par deux autres enfants dans des situations similaires. Car il s’agit d’histoires d’enfance, époque de la vie où les vexations sont les plus marquantes.

La première est rapportée par Dieudonné. Dans une émission de télévision, il a raconté comment, lui métis africain européen, s’est senti profondément humilié dans son enfance à la vue d’une Annie Cordy dans un spectacle la mettant en scène, grimée en négresse dansant autour d’une marmite dans laquelle cuisait un Blanc. Les Noirs, c’est bien connu, sont souvent assimilés à la danse et le thème de l’anthropophage est récurrent dans les dessins humoristiques ou les blagues. Mais ces Noirs, ou supposés tels, ne doivent pas sortir de leur registre : les danses de nègres. Une fillette métisse habitant Sainte-maxime en a fait l’expérience en se voyant refuser par la présidente d’une association folklorique varoise de faire partie d’un groupe de danse folklorique bien de chez nous. Faut-il qu’une enfant soit « blonde aux yeux bleus » pour avoir le droit de porter la coiffe provençale ?… Cette deuxième histoire a été rapportée par « Le Monde », (du 7/12/2001).

La mienne ramène aux « danses nègres », dans une école communale à la fin des années 40, en région parisienne. Toute la classe prépare la fête de fin d’année. Une pièce doit être jouée. Il y était question d’un explorateur capturé par des « sauvages ». Lorsqu’il s’est agi de mettre en scène « une danse de guerre » autour de l’explorateur attaché à un poteau, l’institutrice me demanda d’exécuter quelques déhanchements devant mes camarades pour leur montrer comment faire… Né dans le Gard d’une mère d’origine cévenole et d’un père d’origine malgache, je ne fus bien évidemment pas à la hauteur de la situation. J’ai alors eu honte, pas tant de mon incompétence que d’être perçu comme différent de mes petits camarades…

Bien que se situant dans des époques et des contextes différents, les moments de honte vécus par ces trois enfants sont comparables. Chacun d’entre eux en a gardé et en gardera longtemps le souvenir. L’attitude de ces adultes avec leurs préjugés et leurs a priori ne s’oublie pas. Les résultats de l’enquête montrent que ces préjugés sont anciens et tenaces et qu’un gros travail reste à mener pour faire évoluer les mentalités, notamment celle des personnes censées donner l’exemple, les enseignants en particulier.

 « Anthropophage: « un philanthrope qui va trop loin ». Dessin de Bertall (1878)

« Anthropophage: « un philanthrope qui va trop loin ». Dessin de Bertall (1878)

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