7 avril 2010

En attendant…Goblot

Les lecteurs de ce blog connaissent ma propension à l’emploi des citations et mon goût pour la recherche documentaire dans les dictionnaires imprimés ou sur le Web. Ils ne s’étonneront donc pas si je reviens de nouveau et simultanément sur ces trois thèmes car l’occasion était trop belle. Quelque mots d’explication d’abord : si les citations n’appartiennent  plus à leurs auteurs une fois qu’ils les ont produites,  la moindre des courtoisies est d’indiquer le nom de ces derniers lorsque on utilise leur pensée pour étayer la sienne. Une réflexion « anonyme » figure en exergue de ce blog qui existe depuis quatre ans :  « La médiocrité intellectuelle n’est souvent qu’une prompte résignation à l’ignorance ». Jusqu’à présent, je précisais avoir omis le nom de l’auteur de cette belle citation faute de le connaître. Espérant  que citation et nom d’auteur émergeraient bien  un jour ou l’autre sur le Web, je vérifiais de temps en temps… A l’occasion d’un récent contrôle, je remarque qu’un site québécois a adopté à son tour la citation sans autre précision que mon propre aveu d’ignorance repris textuellement ! Et puis arrive ce mercredi quand,  rangeant des papiers épars avant de me mettre au travail, je redécouvre enfin l’auteur tant attendu ! Je l’avais bel et bien noté, au cours d’une lecture, sur un carnet longtemps oublié dans la paperasse … Bref,  Il s’agit d’Edmond Goblot (1858-1935).

Ce philosophe français qui a ensuite bifurqué vers la sociologie n’est pas vraiment tombé dans l’oubli mais il est  beaucoup moins célèbre que le penseur Botul ou cet autre qui se réclame de son œuvre! Celle de Goblot est bien réelle et marquante. Le nom du philosophe ne figure pourtant pas dans le Petit Larousse en couleurs (édition de 1990) dont je dispose. Il a dû être présent dans des éditions antérieures et faire aussi partie de ces « évacués » que j’évoquais dernièrement. Le Larousse trois volumes en couleurs (1966) cite  Goblot mais  ne lui accorde qu’une notice de cinq lignes.  Le Larousse du XXe siècle (1930) est un peu plus disert, ce que lui permet son espace rédactionnel plus étendu (six volumes). Le dictionnaire consacre un résumé de douze lignes à la biographie et la bibliographie des travaux d’Edmond Goblot qui est alors au faite de sa notoriété. En effet, quelques années auparavant, il a publié La barrière et le niveau : étude sociologique sur la bourgeoisie française moderne (1925). Cet ouvrage a marqué la pensée sociologique ; Bourdieu, notamment, a repris le thème de la « distinction ». développé par Goblot. Réédité un demi-siècle plus tard*, le texte est maintenant numérisé.

L’espace rédactionnel  qui diminue dans les dictionnaires imprimés, le temps qui s’enfuit, les personnalités que ces dictionnaires font passer à la trappe parce qu’elles ne sont plus d’actualité empêchent de maintenir pleinement la pérennité d’une œuvre. On peut évidemment  chercher celle-ci dans les bibliothèques où les lecteurs avisés savent la  trouver. Et puis,  le  Web est arrivé… Quoi qu’on en pense, il a maintenant ouvert de nouvelles perspectives de travail. Avec ce média, l’œuvre d’Edmond Goblot est en partie accessible à distance aujourd’hui et l’on peut se réjouir de constater que Google n’a pas encore le monopole de la numérisation des œuvres de l’esprit imprimées.

barrières sociales

La barrière et le niveau

* Presses universitaires de Fance. - 1967.

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