7 juillet 2020

Madagascar : la charrette avant les bœufs

andry Rajoelina, Président de la République malgache, qui fut « disc jockey » à ses heures, devrait changer de disque (de frein) ou de registre. C’est une manie chez lui d’intervenir devant les caméras de télévision chaque fois qu’il a un gadget publicitaire à vanter, à défaut d’une politique constructive pour le pays qui en a tant besoin. Par ses annonces choc successives, il va réussir à faire douter de ses capacités d’homme d’État, y compris ceux qui ont voté pour lui. De son annonce outrancière pour sa vulgaire tisane contre le  covid-19, il ressort une évidence:  ce denier dernier tue plus que le ridicule, à Antanarivo en particulier, où l’on apprend que le confinement vient d’être rétabli.

Dernière trouvaille à l’actif de TGV, la future voiture made in China Madagascar récemment présentée au public. Les commentateurs dubitatifs s’exprimant à ce propos sur le forum du site web montrant le « Gasy Car », un véhicule blanc - du genre SUV mastoc mais bien dessiné il faut l’admettre - ne sont pas dupes ; les plus sceptiques, quant à la faisabilité de ce lourd projet industriel, ironisent même - avec ce courage que permet l’anonymat - sur les « clowneries » du président. J’avoue avoir été moi-même tenté, le mois dernier, de distribuer le rôle d’Auguste (pas César) à Rajoelina, pour le clou du spectacle qui aurait pu être organisé dans son « Colisée » - si cette horrible verrue avait mûri à temps - pour y fêter les 70 ans de l’indépendance du pays  ; mais il suffit de relire le dialogue entre les Dupont(d) et le capitaine Haddock (1) et de le transposer en remplaçant « Cirque Hipparque » par « Colisée » ; je crains cependant que personne ne veuille ou ne puisse tenir le rôle délicat du capitaine…

En effet, « La situation [à Madagascar] est pire que du temps de la révolution nationale », m’écrit un correspondant qui conclut laconiquement : « Il vaut mieux en rire »… Personnellement je n’en ai pas envie, en constatant que ni Andry Rajoelina, ni les intervenants sur le forum ne disent mot d’un projet de véhicule léger et tout terrain, projet porté en 2013 par la jeune designer Jennifer Andriamamonjy; ce véhicule baptisé « Madagas’car» devait être réalisé dans le cadre commun du « charity business » et de l’artisanat malgache. Vieux déjà de sept ans, ce projet novateur et en adéquation avec les ressources économiques et humaines du pays, aurait-t-il fait long feu ? De conception très originale et remarquablement dessiné, le futur véhicule est constitué en grande partie de matériaux légers et souples. On lit en effet que « Renault fera construire ce projet à Madagascar en utilisant la technique du travail du bois et de la vannerie »… Était aussi prévue la participation du Fofifa pour la production en 2030 (je cite encore ) « d’un véhicule partage » entre la France et Madagascar……Qu’est donc devenu ce projet ?

Pour ma part, j’avais moi-aussi réfléchi, il y a quelques temps déjà, à un véhicule fabriqué sur l’île, pas en petites séries, comme le sont la Karenjy ou la Mazana 2, mais de bric et de broc, à la « ady gasy » ou selon le « DIY » (do it yourself), principe déjà ancien mais qui a de nouveau la cote en ces périodes de vaches maigres ; autrement dit, en faisant appel au sens inné du bricolage dont les Malgaches font preuve dans maints domaines. Ce véhicule, je comptais aussi l’appeler « Madagas’car », en créant de surcroît un logo original. Celui du « Gasycar » est trop proche du logo très typé et archi-connu (cornu?) de la marque Toyota.

Le bœuf est aussi l’élément essentiel (moteur pour être précis) de mon véhicule. En effet, ce dernier est mu, comme les charrettes malgaches traditionnelles dont il est une adaptation, grâce aux forces de cet animal, symbole fort d’un pays faible ; j’hésitais d’ailleurs à l’appeler « automombyl » (3) ou encore « autobouse », à cause des déjections de l’animal que l’on réutilise, comme on le verra plus loin.

La « Madagas’car » aurait été l’occasion pour l’État malgache de se réapproprier le nom du pays, ce nom qu’il aurait fallu déposer en son temps et ne pas le laisser abusivement détourner pour en faire le titre d’un film qui amuse surtout les enfants. Au fait, ce nom magnifique serait-il protégé et aurait-il fait l’objet de transactions financières ? Je ne le sais pas, tout comme j’ignore où vont les royalties - si elles existent - versées par le producteur. Peut-être dans un fond national de soutien pour la reconstruction des routes, afin que les voitures puissent circuler sans s’enliser dans des fondrières et les trous encore si nombreux sur certains parcours… Andry Rajoelina ne met-il d’ailleurs pas « la charrette avant les bœufs », en voulant créer une industrie automobile dans un pays où beaucoup de pistes, voire des routes,  sont impraticables par temps de pluie ? Jennyfer Andriamamonjy quant à elle, a certainement réfléchi à ce problème majeur en imaginant son « Madagas’car », mais il ne devrait pas trop affecter son véhicule « passe-partout» .

Mais qu’en est -il de mon propre projet ? Dois-je le présenter ? Mais oui, bien sûr, car les lecteurs, ceux du moins qui ont compris qu’il relevait de la farce, voudront peut-être connaître la fin de l’histoire ! Moi aussi je voulais mettre la charrette avant le zébu! Pour être franc, l’idée m’a été inspirée par une gravure du « Magasin pittoresque » (4). Sur cette image qui se veut humoristique, on voit que la charrette précède le cheval. Elle n’est donc pas tirée mais poussée. Remplacer le cheval part un bœuf ne rendant pas le véhicule plus maniable pour autant ; il me fallait trouver autre chose.

Charrette à la va comme je te pousse-pousse

Charrette à la va comme je te pousse-pousse

Qui n’a pas vu la photo du temps de l’occupation allemande à Paris sur laquelle on voit une espèce de pousse-pousse tracté par une bicyclette? Eh bien mon « automombyl » est construit selon ce principe : au lieu d’envoyer toutes les voitures à la casse, on en récupère certaines, on en découpe la caisse dont on ne garde que la partie arrière…Le train avant est remplacé par des brancards entre lesquels vient se placer un zébu puissant, docile et bon marcheur. Nous avons là un magnifique cabriolet à la « mode malagasy ». Un prototype pourrait être fabriqué de la sorte sur la base d’une caisse de 2CV dont le poids est relativement faible. « Sacrilège », s’écrieront les amoureux de cette voiture fétiche! Pour les transports pondéreux, un timon remplace les brancards et permet ainsi d’atteler deux bœufs (à une ancienne 2CV fourgonnette ainsi aménagée, par exemple…).

Un petit accessoire dans l’air du temps est prévu  dans tous les cas : un système ad hoc placé à l’arrière (train) du zébu, permet de récupérer ses déjections pour faire de l’engrais. J’avais aussi prévu un caleçon, à la manière des pantalons portés autrefois par les ânes de l’Île de Ré (4), afin de récupérer les gaz produits par les pets de l’animal (pour l’éclairage des lanternes du véhicule la nuit)  ; la mise en œuvre de ce dispositif de récupération de combustible étant incompatible, avec le précédent, du point de vue de l’étanchéité, j’y ai renoncé mais j’y substitue un procédé simple permettant de récupérer le méthane produit dans réservoir à bouse (tain’ omby) qu’est devenu l’ancien réservoir à essence du véhicule à moteur recyclé…

Les plaisanteries les plus courtes étant les meilleures, il me faut conclure;  le gouvernement malgache, qui semble bientôt déficitaire en termes de personnel politique, en est aujourd’hui à organiser un appel d’offre pour recruter des candidats à des postes ministériels, de hauts fonctionnaires ou d’ambassadeurs. Si un secrétariat d’état aux transports (de rire) ou aux affaires culturelles m’était proposé, je serais certainement tenté d’accepter mais obligé de décliner l’offre  car je ne réunis pas toutes les qualités requises dont une, primordiale, la nationalité malgache…

charrette à  bœufs  timbre-poste

1. Les aventures de Tintin. On a marché sur la lune. 1953.
2. de « omby » (prononcer oumb') : « bœuf » en malgache.
3. Pantalon à carreaux porté autrefois par les ânes au travail dans les marais salants, pour les protéger des piqûres de moustiques, nombreux sur cette île de la côte atlantique (Charente maritime).
4. Année 1906.

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