25 juin 2020

Sale race !

Cette vilaine expression, sur laquelle d’aucuns s’interrogent candidement sur son caractère raciste, la première fois que je l’ai entendue prononcer, j’étais jeune sous-bibliothécaire à la « BN » Elle ne s’adressait pas directement à la personne  concernée : un jeune homme d’origine africaine, en stage ou en formation dans les magasins du département des imprimés ; si mes souvenirs sont bons, je crois que ce garçon à la peau noire était sorti prendre un café, comme il était courant à l’époque rue de Richelieu, pour les personnels tous grades et fonctions confondus (1) et cela avait mis en fureur le chef magasinier à la recherche de ce stagiaire qui suivait le bon exemple.

Je m’en suis voulu d’être resté muet en entendant ce « sale race » rageur, muet non d’indignation mais par indifférence ou par une « pusillanimité réflexe » de nature familiale. Eh oui, des enfants issus de certains milieux protestants ne sont pas toujours des modèles de courage et, comme leurs parents, font le dos rond, bien contents de ne pas être concernés et de voir que la tuile qui tombe arrive sur la tête de quelqu’un d’autre ! J’ai déjà évoqué sur ce blog ce type de réactions déplorables. De tels comportements font que les personnes qui osent intervenir verbalement dans un litige - ou s’interposer physiquement dans les cas les plus graves - ne sont pas légions ; cela je le sais par expérience, à mon détriment cette fois. Je n’entre pas ici dans les détails car j’ai déjà donné de multiples exemples d’attitudes racistes dans ces billets.

Je continue néanmoins d’en parler car, comme l’a écrit Albert Memmi, « la lutte contre le racisme est une priorité absolue pour les générations à venir ». Je n’ai pas retrouvé d’où est extraite cette vérité plus que jamais d’actualité et il y aura encore beaucoup à faire pour éradiquer ce fléau qui prend des proportions inquiétantes. Les prises de parole et les manifestations devront continuer tant que la menace et les actes racistes ne cesseront pas. A contrario, je dois souligner qu’il existe aussi et heureusement, des personnes n’ayant aucun comportement de cet ordre et là,  je fais appel à des souvenirs plus anciens encore.

Vers la fin des années 50, jeune auto-stoppeur sans le sou, j’étais resté en rade sur le bord de la route à l’heure blême où les voitures se font rares. Ayant trouvé refuge dans un café proche de l’endroit où j’étais en faction, je sens que la soirée s’annonce longue et les cafés successifs m’aident à ne pas m’endormir. La clientèle s’égrène lentement. La patronne vient alors me voir et me propose d’aller me reposer dans une chambre voisine. Je n’ai jamais oublié ce geste profondément humain d’une personne issue d’un village de la France profonde, le long de la Nationale 7; j’en ai les larmes aux yeux rien que d’évoquer ce souvenir si lointain déjà.

reveur

1. J’ai même connu une bibliothécaire qui s’absentait pendant ses heures de service, pour aller chez le coiffeur… On ne pointait pas à l’époque; une signature sur une liste d’émargement suffisait…

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