4 juin 2020

Potion magique, sorcier et jeux du cirque à Antanarivo

décidément, Madagascar et ses présidents successifs ne cesseront jamais de surprendre celui qui s’intéresse au pays de ses ancêtres paternels, ce grand, beau et ultra pauvre pays à la dérive au large de l’Afrique ; il faut bien que je me résolve à parler de nouveau de celui qui a été surnommé  « TGV » non seulement, comme je le croyais, parce qu’il est un homme pressé mais parce que cet acronyme approximatif est aussi celui de l’association (devenue parti politique) qu’il a créée en 2007 « Tanora malaGasy Vonona », expression qui l’on traduit par : « Jeunes Malgaches prêts ». On l’a souvent vu en train de faire le « V » de la victoire, comme son homologue français en campagne d’ailleurs; après avoir succédé à un Ravalomanana qui croyait au mauvais œil, l’ancien professionnel de l’événementiel qui fut aussi Disc Jockey à l’occasion, a laissé la place à un président dont le plus remarquable souvenir qu’il laissera dans l’histoire fut son premier discours public, incroyable copié/collé d’un discours de Nicolas Sarkozy ; puis c’est le retour de notre TGV - normalement élu cette fois -  pour un mandat de cinq ans, alors qu’une cinquantaine de candidats -  dont un certain chercheur scientifique  de valeur que je connais personnellement mais aussi des farfelus - s’étaient présentés à la dernière élection présidentielle de 2019; ce qui ne s’était jamais vu.

Les élections à Madagascar, pays où le kabary  (discours) est roi, sont pain (riz?)  béni pour ceux qui ont du bagout et qui savent faire vibrer leur auditoire ; les électeurs se sont donc laissé séduire par un candidat qui n’avait pas la langue dans sa poche et qui a montré ses capacités de lutteur,   rompu qu’il était aux effets verbaux, de par son métier d’animateur… Les peuples ont les présidents qu’ils méritent dit-on et tant pis si  les promesses de ces derniers ne sont pas tenues.

Qui n'en veut de mon bouillon ?

Qui n'en veut de ma potion malagachique ?

Ainsi, celui qui avait déclaré vouloir en finir avec l’improvisation qui, selon lui, caractérisait les gouvernements malgaches antérieurs aurait-il oublié les siennes? Ses interventions publiques et fortement médiatisées en faveur de la « potion magique  malagasy » capable de soigner le covid-19 relèvent du « one man show » ou du célèbre personnage des bandes dessinées western essayant de placer son élixir, même si c’est avec la caution de l’Institut malgache de recherches appliquées (IMRA, Fondation Albert Rakoto Ratsimamanga). On peut se demander si   Andry Rajoelina, n’aurait  pas dévoré  un peu trop d’ albums d’Astérix quand il était enfant, car -  après la potion magique absorbée ostensiblement devant les caméras de télévision - celui qui est pourtant né bien après l’époque où les petits Malgaches apprenaient à l’école le fameux « Nos ancêtres les Gaulois » remet une louche de romanité en décidant de faire construire rien moins qu’un « colisée » (sic),  directement inspiré de celui de Rome! Et où place-t-il cet édifice au style suranné? A  deux pas du manjakamiadana (palais de la Reine)!

palais_reine_marqueterie

Rome avait ses sept collines sacrées. En Imerina (région centrale de Madagascar), il y en avait douze, dont une dominant Antananarivo, la capitale). Le palais de la Reine,  se trouve au sommet de cette dernière. Un projet de  classement de la colline était envisagé par l’UNESCO,  au titre du patrimoine mondial car l’ensemble - vu de loin - est magnifique.  Je pense que les experts de l’institution  remettront ce projet en question quand ils découvriront la verrue colossale, construite à la sauvette semble-t-il,  qui fera ombrage au Manjakamiadana si les travaux ne sont pas stoppés.  Après l’incendie qui l’a ravagé en   1996,   le bâtiment défiguré n’avait pas besoin de ce nouvel outrage.

Rajoelina, veut son Colisée pour y fêter les 60 ans de l’indépendance de Madagascar. Soit,  mais que ne l’a-t-il placé ailleurs et surtout fait appel à un architecte, sinon  malgache mais qui aurait su s’inspirer des rares témoignages survivants et surtout  iconographiques de l’architecture traditionnelle merina, à l’instar d’un Renzo Piano l’architecte italien qui a conçu le remarquable centre culturel Tjibaou à Nouméa, en s’ inspirant des cases traditionnelles kanakes.

Quel type de festivités  veut offrir à ses contemporains  Andry Rajoelina dans cet édifice incongru?  Des jeux du cirque,  comme dans la Rome antique? S’il avait été un peu plus cultivé, le jeune président se serait souvenu qu’en ces temps là des gladiateurs s’affrontaient à mort dans cette enceinte où le sang coulait à flots et que les premiers chrétiens y étaient offerts en pâture aux fauves;  quand ces derniers n’étaient pas occupés à affronter  les hommes venus les combattre dans des chasses spectaculaires organisées dans l’arène pour la plus grande joie du public…Alors,  pour faire un peu plus couleur locale, pourquoi ne pas y donner  des démonstrations de morengy (1) et de savika (2), ou mieux encore - comme le faisaient les Romains en mettant en scène leurs ennemis -  proposer des réinterprétations enjolivées de  batailles  menées contre l’envahisseur français (celle d’Andriba, par exemple), avant que ce dernier  ne prenne possession de l’île…

Restons sérieux. Personnellement, je joins ma voix à celles qui crient d’indignation devant ce fait du prince. La construction se poursuit et des photos vues si le web montrent que les travaux ont bien avancé. Les dimensions de l’édifice sont plus réduites que celles de l’original mais les rinceaux en béton ornent déjà la façade circulaire. Ce type de décoration n’a rien à faire à Madagascar aujourd’hui, sur un bâtiment de l’État de surcroit! Combien ce caprice coute-t-il? On est effaré de voir où passe l’argent public, alors qu’à Madagascar - pays essentiellement rural -, les paysans « doivent faire face à la peur de l’inconnu et à l’incertitude du lendemain », selon un correspondant digne de foi qui précise que « plus de 100 projets de développement rural périclitent   ou agonisent en brousse …car trop dépendants des financements extérieurs ou  trop soumis aux aléas et aux caprices des politicards locaux ». En conclusion, si certains attendent toujours le messie, d’autres attendent l’homme ou la femme qui leur donneront pour de bon la fierté d’être malgache…

savika improvisé ...en petite camargue

savika improvisé ....en petite Camargue

1. Sport de combat traditionnel pratiqué dans plusieurs régions de Madagascar.
2.Affrontement individuel et à mains nues d’un zébu. Sport traditionnel pratiqué en pays betsileo (région des haute terres centrales de Madagascar).

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