26 juillet 2007

A propos de cinéma : acteurs sous-employés

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’acteurs. Pour déplorer que trop d’acteurs français ou d’expression française sont sous-employés au cinéma alors que d’autres monopolisent les écrans. C’est la vision de Jean-François Balmer dans le rôle d’un Sacha Guitry inquiété à la Libération pour soi-disant intelligence avec l’ennemi qui me conforte dans cette idée (téléfilm de Fabrice Cazeneuve diffusé sur France 3 ce mardi 24 juillet). Quel chemin parcouru depuis  cette interprétation d’un étudiant un peu anar apparaissant brièvement dans « Peur sur la ville » (Henri Verneuil, 1975) et disant « merde » à l’inspecteur Letellier (Belmondo) qui l’interroge parce que soupçonné d’être le tueur Minos.

Interprétant Guitry, Jean-François Balmer est plus mesuré dans les réponses néanmoins très pertinentes qu’il fait aux juges qui s’acharnent contre lui mais on sent qu’il n’en pense pas moins. Longtemps confiné dans les seconds rôles, fussent-ils « de luxe », Balmer n’est pas le premier à avoir dû attendre longtemps des engagements à la mesure de son talent. Combien de metteurs en scène ont dû regretter de ne pas avoir su mieux utiliser celui d’un Bernard Fresson, pour ne citer que ce formidable acteur disparu trop tôt mais qui a quand même été nommé au César du meilleur second rôle en 1983 (« Garçon » de Claude Sautet).

Heureusement la télévision, cette fille aînée du grand écran, répare souvent ces injustices en permettant aux acteurs de s’éloigner des personnages dans lesquels (par frilosité?) les metteurs en scène de cinéma les confinent trop souvent. La forte présence de Balmer dans la série télévisée « Boulevard du palais », malgré le parti pris du filet de voix qui rend parfois le commandant Rovère peu audible, n’est peut-être pas étrangère au fait que l’ acteur ait été choisi  par Fabrice Cazeneuve pour lui faire interpréter le personnage de Sacha Guitry. Maintenant qu’il a passé la soixantaine, il serait temps de lui confier d’autres premiers rôles. Si les lois du marché imposent qu’on propose aux acteurs des rôles uniquement en fonction des personnages qu’ils ont déjà incarnés et dans lesquels ils excellent, l’exemple d’aujourd’hui démontre une fois de plus que cette règle regrettable n’est pas intangible.

Tournage d'une scène en studio

Une scène d'action. Dessin de M. Thierry (1937)

Les commentaires sont clos.