9 janvier 2020

Donner sa langue au Shazam

La grève qui n’en finit toujours pas à Radio France aura au moins un effet positif pour certains auditeurs de France musique; ceux qui enragent de ne pas pouvoir identifier une des œuvres diffusées en boucle lors des interruptions ritualisées des programmes. Ils ont mis à profit ce grand vide culturel en adoptant Shazam, la plus fameuse des applications capables d’identifier une œuvre musicale et de donner le nom du compositeur.

Echaudé par «  Google images » aux bien piètres performances, ainsi que je l’ai expliqué, j’avais jusqu’à présent différé l’installation de cette nouvelle application et j’avais tort. Quand l’air d’opéra italien sur lequel je m’interroge depuis un mois repassera, je pourrai enfin savoir son titre, connaître l’interprète dont la voix chaude me reste inconnue ; j’apprendrai aussi de quel enregistrement il s’agit car Shazam, aux performances étonnantes, est capable de donner tout ça et peut-être aussi l’âge du capitaine …

Les grévistes de Radio-France qui militent pour la défense de leur emploi et de leur retraite devraient se méfier de l’informatique et de ces applications qui peuvent rendre inutile leur présence au micro, comme c’est déjà le cas aux caisses de certains supermarchés. Ainsi avec les services de streaming et maintenant Shazam branché en permanence, plus besoin de leurs présentations et de leurs commentaires et c’en est fini du doute et des supputations des auditeurs. Shazam fausse aussi la donne en comblant les lacunes culturelles des adeptes de ces jeux-concours devenus incontournables sur France musique;   combien de disques sont opportunément gagnés chaque jour grâce à Shazam ? Dans ce quiz western d’un nouveau genre, le plus rapide à tirer (la bonne réponse) gagne…

Cette antisèche universelle consultée en catimini pourrait aussi constituer un outil de travail formidable pour les participants à la « Tribune des critiques de disques » mais une telle attitude ôterait tout son sens à une émission qui conserve sa raison d’être malgré les agacements qu’elle suscite parfois. Dans ce contexte de recherche d’identification d’une œuvre, « Défense de shazamer » a dit Lionel Esparza récemment et il avait bien raison.

Épilogue

Le fameux air d’opéra est revenu ce vendredi 10 janvier. Shazam étant fidèle au poste, il a rempli son office mais en partie seulement. Le chanteur mystérieux n’était pas un baryton comme je le pensais mais un ténor. Je n’ai pas reconnu la voix de Jonas Kaufmann - car il s’agit de lui - interprétant Roberto dans Le Villi, opéra-ballet en deux actes de Puccini (1884); cette œuvre est peu jouée semble-t-il. J’ai dû l’entendre, sinon pour la première fois, certainement le 11 septembre 2015, diffusé dans le « Carrefour de Lodéon » de ce vendredi là (journée consacrée au chanteur).

On peut heureusement réécouter cette émission qui contient l’air en question et un extrait d’une interview donnée par le chanteur à Stéphane Grant. Les références de l’album sont indiquées sur le podcast. Un petit bémol, c’est le cas de le dire, pour préciser que Shazam n’est pas infaillible; il présente en effet les mêmes points faibles que « Google images » ; j’ai pu vérifier qu’ en fait il ne trouve que ce qu’il connait. Ce dimanche après-midi, énième jour de grève, il n’a pas reconnu un extrait du Poème de l’extase de Scriabine.  L’enregistrement diffusé n’étant pas commercial (bruits de public dans une salle de concert), il ne figure pas dans la base de données de Shazam. L’application est  donc restée muette. Le fil d’Ariane était là mais pas la bobine à l’autre bout!

Opéra-ballet Le Villi - programme (dessin de Nino Besta)

Opéra-ballet Le Villi - programme (dessin de Nino Besta)

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