4 octobre 2019

Jessye Norman, Jacques Chirac : adieu 

La mort de Jacques Chirac puis celle de Jessye Norman, tout deux disparus à quatre jours d’intervalle, nous interpelle. J’ai choisi de réunir ces deux personnalités marquantes du 21e siècle dans un même hommage à cause des points communs qui les rapprochaient, à des degrés divers. Tous deux étaient des battants ayant dû lutter durant toute leur vie pour s’imposer et parvenir au sommet, chacun dans son domaine. Les sociétés humaines sont ainsi faites : dans les compétitions, mais aussi dans la vie quotidienne, les meilleurs gagnent, du moins quand les dés ne sont pas pipés ; les exemples de réussite grâce aux magouilles, la tricherie et l’argent sont l’exception qui confirme la règle. Pour réussir dans la musique « classique » et le chant, Jessye Norman avait de surcroît un handicap de taille : la couleur de sa peau et elle a souffert de naître aux USA à une époque où un apartheid anachronique n’avait pas encore fini de gâcher la vie de la plupart des Afro-américains.

J’avais pour Jacques Chirac une sympathie semblable à celle qu’avaient pour lui les caricaturistes et je lui ai donné ma voix la fameuse année du choix cornélien, comme tant d’autres électeurs de gauche, pour éviter le pire. Il a dû se battre d’abord contre son milieu social et je pense que c’est pour « tuer le père » qu’il a distribué l’Humanité sur les marchés lorsqu’il était étudiant! Ce déviationnisme de classe est touchant ; les prises de position de Chirac pour remettre constamment les pendules à l’heure, notamment à propos de  la politique de la France dans les périodes sombres de son histoire imposent le respect ; les Malgaches, sauf les imbéciles, lui sont reconnaissants d’avoir affirmé le caractère inacceptable de la répression de l’insurrection malgache de 1947 par l’armée française.

Sympathie des caricaturistes pour Jacques Chirac disais-je ; ils ne l’ont pourtant pas ménagé tout au long de sa carrière politique et si le Pouvoir en place ne met plus en prison les dessinateurs satiriques, comme on le faisait naguère en France, on peut déplorer qu’ils soient assassinés, comme ces membres de l’équipe de Charlie Hebdo qui avaient aussi concocté l’irrespectueuse « Succes story » du président » aux dessins Ô combien drôles et souvent cruels (1). Sans avoir la prétention de me comparer aux talentueux Cabu, Charb, Honoré et les autres malheureux décimés lors de l’attaque du journal, je ne veux pas être de reste ; c’est pourquoi je donne maintenant à regarder un dessin resté inédit jusqu’à ce jour. Il aurait pu paraître sur ce blog en 2006, un an après la visite officielle de Jacques Chirac à Madagascar. Didier Ratsiraka n’étant plus à la tête du pays (Ravalomanana lui a succédé) le « Tonga soa Rachirac » aurait nécessité une explication de texte qui aurait pu s’avérer fastidieuse. Aujourd’hui, je me contente de traduire la formule ; elle est celle que Saint-Pierre a certainement adressée au nouvel admis au paradis : « Bienvenue Monsieur Chirac ».

Bienvenue Monsieur Chirac

Bienvenue Monsieur Chirac

1. Paris : Hoëbeke, 2006.

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