27 mai 2019

Saint-Maurice refait son cinéma ou les ouailles et les joies du Capitole retrouvées

Un homme et une femme sur le quai d'une gareLe jeu de mots est une des caractéristiques de la blogosphère ; les webmestres ne se privent pas d’y recourir, contents d’être les premiers à en trouver un, inédit de préférence. Ce n’est le cas des deux variantes réunies dans le sous-titre du présent billet ; ainsi, pour commenter l’action de Barack Obama, un blogueur évoquait récemment les « ouailles du Capitole » et « Les joies du Capitole » ont servi en 1935 à Jacques Bousquet et Albert Willemetz pour intituler une opérette de leur cru.

cinéma Capitole à Saint-Maurice en 2010Le Capitole dont il est question ici n’est pas le train du même nom ni le Capitole toulousain ni celui de Washington mais une de ces salles de cinéma qui ont porté ce nom marqué du sceau de l’histoire. Le public se faisant rare, ils ont dû fermer leurs portes et la plupart ont disparu, soit parce que les promoteurs sont passés par là, soit parce que les bâtiments ont changé d’affectation, comme l’a si bien résumé Eddie Mitchell dans sa chanson en hommage au 7e art. Le « Capitole de Saint Maurice est de ceux dont les locaux ont été occupés par diverses sociétés commerciales, comme je l’ai rappelé dans un précédent billet; ils  ont aussi été squattés…Je reviens sur le sujet, parce que je ne l’ai pas encore épuisé ; je suis ainsi en accord avec moi-même qui souhaitais donner à ce blog un petit air de feuilleton.

billets_triAprès une trentaine d’années de sommeil, il s’avère que le Capitole a de grandes chances de retrouver ses ouailles. Signe prémonitoire, son enseigne n’a jamais été déposée. Deux salles offrant 280 places au total seraient bientôt proposées au public. Après le travail préparatoire d’une commission extra-municipale qui a porté le projet, la présidente de la région s’est engagée à le soutenir, sur le plan financier notamment. Reste à trouver la formule viable qui permettra aux deux salles de fonctionner. Elles n’ offriront cependant pas  un nombre de places équivalent à celui qui existait encore à la fin des années 60, quand cinq cinémas se partageaient le public de Saint-Maurice et de Charenton.

L'ancienne rue de la montagne

L'ancienne rue de Saint-Mandé séparant Saint-Maurice (à gauche) et Charenton (à droite)

On avait en effet l’embarras du choix dans un rayon de 300 mètres autour du Capitole et du Celtic, son pendant d’« en face»; l’ancienne carte postale  ci-dessus permet d’imaginer  leur emplacement de part et d’autre de la rue de « la Montagne » (ici hors champ) avant leur construction. Ils étaient eux-mêmes proches  du Triomphe (rue Thiébault) où  j’ ai vu quelques Zorro… La salle de ce cinéma populaire  disposait d’une rangée de loges à l’arrière,  contre le mur du fond et d’entrées latérales donnant sur une longue et étroite cour parallèle au bâtiment. Deux hommes dialoguantPlus loin, près de la Place Aristide Briand, se trouvait l’Éden, aussi mal famé que le précédent ; la famille y allait moins souvent que dans les autres, vu son relatif éloignement par rapport à notre domicile. Il y avait enfin, à l’angle de la rue du pont et du quai de la République, le Pacific, déjà évoqué par d’autres et par moi-même. Comme le Triomphe, il disposait de sorties latérales mais elles donnaient directement sur la rue. Tous ces cinémas attiraient aussi les habitants des communes proches (Maisons Alfort et Alfortville).

Des joies du Capitole, j’ai gardé le souvenir de l’atmosphère qu’a si bien su restituer Eddie Mitchell dans son émission télévisée, les grandes vasques au plafond illuminant le hall d’entrée, la couleur rouge vif des tailleurs des ouvreuses. L’une d’elles, jolie, grande et blonde, c’est du moins ce dont je crois me souvenir - était la mère d’un copain de classe (CM1?) qui devait m’avoir à la bonne puisque il m’avait invité à déjeuner chez lui ; sa famille habitait rue du Val d’Osne. Homme et soubrette j’espère que mes remerciements à cette mère accueillante ont été à la hauteur de ce qui n’avait rien du « frugal repas » de la réplique célèbre. Je crois même avoir fait à cette occasion le plus magnifique déjeuner  dont je me souvienne, en découvrant la bavette et les frites inconnues à la maison où le riz était presque quotidien. Vu l’exigüité du logement familial qui rendait la chose impossible, je n’ai même pas songé à rendre la pareille à ce camarade dont j’ai oublié le nom. Il collectionnait les chutes de films, récupérées sans doute auprès du projectionniste. J’ai conservé depuis tout ce temps celles qu’il m’avait gentiment données et m’en sers,  70 ans plus tard,  pour émailler ce billet et peut-être d’autres à venir. Quelqu’un les identifiera-t-il un jour? Quel beau quiz! Il en est de même de la Cinéma Capitole sortie du public 1961photo du public sortant du Capitole un soir de pluie, qui la reconnaîtra? Elle ne m’appartient pas; son origine m’est inconnue mais elle figure déjà sur le web, sans indication de source.  Elle a été dédicacée par Fernandel en 1961. Ce dernier était-il venu au Capitole faire la promotion d’un de ses films en cours de tournage aux studios de Saint-Maurice à l’autre bout de la ville ? Des lecteurs au courant me le diront peut-être un jour…

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2 commentaires à Saint-Maurice refait son cinéma ou Les ouailles et les joies du Capitole retrouvées

  • Merci cher Monsieur pour cette information précieuse et inespérée. Elle confirme que les billets d’un blog ont parfois la chance de ces bouteilles jetées à la mer atteignant un destinataire qui donne une suite concrète au hasard ; et si j’ai déclaré un jour que le web était un filet dans lequel on pouvait s’empêtrer, je constate avec plaisir que ses mailles permettent aussi des pèches miraculeuses. Ainsi, en identifiant ce document qui semble donc être une photo de plateau ou un photogramme du film de Léo Joannon réalisé d’après « Cet imbécile de Rimoldi », roman de Charles Exbrayat, vous m’avez enfin permis d’aller plus loin et de découvrir d’autres prises d’un film dont Fernandel (1903-1971), était l’acteur principal, Pierre Petit étant le directeur de la photographie (il aurait eu 100 ans le 3 janvier dernier). L’action se passant à Rouen que vous connaissez bien, comme en témoignent les belles photos réunies sur votre page FB, il était plus difficile d’identifier le cadre des scènes d’extérieur tournées ailleurs que dans votre bonne ville, sauf bien sûr pour les personnes connaissant bien les lieux ; il en est ainsi du « Capitole » figurant sur la photo, cette salle de cinéma dont aucun ancien « Mauritien », comme on dit aujourd’hui, ne peut ignorer l’existence. Connaissant enfin le titre du film, j’ai pu lancer une autre recherche à partir de cette donnée que j’ignorais; La dédicace de Fernandel adressée « Au Capitole » était pourtant un indice fort que je n’ai pas su exploiter. Il en des de même de la direction prise par le public sortant du cinéma; les habitués se souviennent très bien que le gros de la troupe partait en général dans le sens opposé; cette particularité m’avait intrigué, sans plus. J’aurais dû essayer d’en savoir plus. Je m’en veux un peu de ne pas avoir pensé qu’il pouvait s’agir de fiction et que les personnages étaient des figurants…On voit ainsi la force des images qui peuvent faire croire n’importe quoi. La nouvelle recherche m’a permis de trouver d’autres photogrammes de prises de vue faites à Saint-Maurice et en particulier une tout à fait similaire à celle que vous avez identifiée mais deux détails les différencient : le public ne sort pas du cinéma mais est statique devant le hall et le bar attenant et, preuve qu’il s’agit bien de deux prises de vues proches, la Peugeot 403 beige utilisée pour les besoins du film se trouve quelques mètres en arrière; en outre, une Renault « Dauphine », qui le ne figure pas sur le photogramme précédent, circule dans le sens inverse…
    Le plus curieux de cette découverte est que ces clichés ne proviennent pas d’un site web de cinéma mais d’un site destiné aux amateurs de voitures anciennes : IMCDB (Internet movie cars data base). Une « Simca Aronde » a ainsi fait l’objet d’une présentation sur ce site mais c’est le cadre de la photo qui a retenu mon attention car j’ai immédiatement reconnu et avec émotion la fameuse rue des Épinettes où l’on aperçoit l’immeuble que j’ai habité dans ma jeunesse. J’ai plusieurs fois évoqué sur le blog ces lieux voisins du cinéma, notamment la Villa des Épinettes espace immobilier clos censé avoir été entièrement détruit par un bombardement en 1944! Merci encore cher Monsieur d’avoir levé le voile sur une photo qui intriguait l’ancien Saint-Mauricien qui n’a pas eu l’opportunité d’assister au tournage car en 1961. Il venait de quitter le cocon familial…
    CR

  • Il s’agit d’une photo tirée du film “L’Assassin est dans l’annuaire” dont l’action se déroule à Rouen, mais certaines scènes ont en effet été tournées dans les alentours. J’ai fait toute une reconnaissance des lieux sur ma page FB.

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