17 mai 2007

“Y’a photo mais j’y suis pas!”

L’élection présidentielle est passée, avec les résultats décevants que l’on connaît, du moins de mon point de vue. Les législatives, aux résultats incertains, vont suivre…N’ayant pas le goût pour jouer longtemps les commentateurs politiques, je m’intéresserai plutôt et de nouveau à des compétitions de moins haut niveau : celles qui se jouaient dans la cour des petits. Gide avait bien raison quand il déclarait : « Ah ! Jeunesse - l’homme ne la possède qu’un temps et le reste du temps la rappelle ». L’écrivain constatait ; l’analyste expliquerait ce besoin qui pousse certains individus à faire revivre en permanence leurs souvenirs. Toutefois, comme les photos de vacances, ces souvenirs n’ont d’intérêt que s’ils sont partagés. C’est ce que je vais tenter de faire aujourd’hui avec une photo de classe.

Dans une précédente note, j’ai évoqué un lycée célèbre où j’ai usé mes fonds de culotte, du moins lorsque je ne séchais pas les cours. J’ai relaté un de ces épisodes mouvementés qui ponctuaient la vie d’un établissement qui, en 2004, a célébré son 200e anniversaire. Il a vu passer, en tant qu’élèves, des personnalités comme Jean-Denis Bredin, François Léotard, Lionel Jospin ou Pierre Rosenberg et bien d’autres, tant au 20e siècle qu’au19e. Depuis sa création, ce lycée a également compté nombre de célébrités parmi les membres du corps enseignant ; le romancier Marcel Schneider, par exemple, pour ne citer qu’une personne toujours en activité. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de bénéficier de son enseignement. Mais pourquoi taire plus longtemps le nom du Lycée Charlemagne, ce lycée en deux parties qui facilitaient les échappées discrètes (petit et grand lycée séparés par l’étroite rue du même nom), à deux pas de l’hôtel des archevêques de Sens - magnifique bâtiment assez délabré dans les années 50 - au milieu d’un quartier qui ne payait pas de mine à l’époque. Cette partie du 4e arrondissement est devenue un must depuis qu’elle a été réhabilitée.

Une photo de classe découverte sur le site de «Copains d’avant » m’a ramené à ce temps lointain et plein d’espoirs pour certains ou d’incertitudes pour d’autres. J’aurais dû figurer sur cette photo mais elle a sans doute été prise un jour où « je débardais aux Halles » comme un condisciple le répondit un jour au professeur (M. Deshayes, présent sur ladite photo) qui demandait où j’étais. Telle était ma légende même si elle ne reflétait pas la réalité. En fait, j’étais peut-être agenouillé sur le trottoir d’un boulevard en train de « faire une craie » pour gagner quelque argent de poche… Les sites web comme « Copains d’avant », «Trombi », « Perdu de vue », et les autres ont compris quel beau filon représentait l’exploitation de la sentimentalité des gens. Limité aux photos de classe à ses débuts, le premier a ensuite élargi son champ d’action. Il permet maintenant, à qui en éprouve le besoin, d’étaler sa vie de famille. A défaut de voir sa photo en première page de « Paris Match », quiconque peut l’afficher, gratis, sur les pages du web…

Absent sur cette photo de classe de première et de première classe, je n’ai pas voulu être de reste, nombrilisme oblige. Un plongeon dans mes archives m’a permis d’y retrouver les photos de groupe du lycée Charlemagne (excepté le cliche présent sur le site des “Copains d’avant”) accumulées au cours de ma scolarité à rallonges et à éclipses. En parcourant cette série, un fait m’a frappé. Si le nombre d’élèves par classe reste constant, le nombre de visages souriants - important en 6e - diminue sensiblement avec l’âge d’année en année, pour augmenter de nouveau en terminale. Innocence de l’enfance et sa disparition progressive d’une part et d’autre part, l’ assurance d’avoir enfin franchi le cap de l’adolescence, sans doute…Une autre caractéristique du genre est l’ impression de ressemblance qui se dégage des photos, dans une classe d’âge donnée s’entend. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner les innombrables clichés pris depuis que la pratique des photos de groupe existe et qui est vieille de largement plus d’un siècle. J’ai constaté aussi le fort pourcentage de noms qui remontaient à la surface ; qui plus est, les noms des condisciples de 6e ont été mieux mémorisés que ceux des classes de la fin de ma vie scolaire, assez décousue. Ceci explique certainement en partie cela.

En rendant à mon tour cette photo accessible sur le web, j’y associe tous les patronymes que j’ai gardés en mémoire. Les anciens « petits camarades » dont le nom m’a échappé ne m’en voudront pas de cet oubli. J’ai adopté l’ordre alphabétique pour ménager la susceptibilité de ceux, nombreux je l’espère, à être encore actifs et qui surferaient sur le web ; à moins que ce ne soit leurs enfants, voire leurs petits enfants… D’après mes souvenirs, un peu flous dans certains cas, figurent donc sur cette photo : Ancel - Azoulay? - Boulet ? - Bourgoin ? - Brunel ? - Caillat ? – Cardis – Cohen – Dauby – Depauw – Dubreuil - Fassy – Giacobetti - Giovanelli - Jalon-Bettembos – Kepes – Ladovitch – Lafaye (ou Defaye ?) – Laufer – Launay – Legay (ou Gay ?) - Leherpeux – Lenormand (ou Normand ?) – Lepape - Lepennec – Manfredos – Miller – Millet - Pitovsky – Pradère – Schmelef - Schneider? … Sur 35 noms, 5 ont entièrement disparu de ma mémoire et 9 sont incertains. Je considère néanmoins que le résultat est très honorable. En dehors d’un condisciple dont j’ai retrouvé la trace (il est devenu une personnalité connue), cette photo-bouteille jetée à la mer m’apprendra peut-être un jour ce « que sont mes autres amis devenus… »

lycee_charlemagne_1954a.jpg

Lycée Charlemagne (Paris) - Année 1953-1954
(Cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Quelques mots à propos des deux enseignants : à gauche, M. Lamoigne, professeur d’histoire à l’allure de rugbyman et des talents de volleyeur. Il avait une façon originale de rappeler à l’ordre les élèves qui baîllaient : envoyer depuis sa chaire un morceau de craie, si possible dans leur bouche ouverte comme un passe-boules. A droite, M. Allard, professeur de français et de latin. La sévérité se lit sur son visage ; c’était sans doute un bon prof mais il n’a pas réussi à me faire aimer le latin. A cette époque, les professeurs chahutés étaient rares (Monsieur Ponsin, cours de musique). La photo est signée “Tourte & M. Petitin”, célèbre éditeur qui exerce  son activité dans les établissements scolaires depuis 1900.

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