20 janvier 2010

« L’est pas plus con qu’un autre »

Barcack Obama aurait-il eu grâce aux yeux d’un Henri Miller qui ne portait pas les hommes politiques dans son cœur ? Trente ans ont passé depuis la mort de l’écrivain et les USA ont beaucoup changé. On peut imaginer qu’aujourd’hui le critique féroce de la société aurait peut-être fait une exception pour le nouveau président, pur produit de l’éducation américaine. Lorsque Miller affirme n’avoir « jamais eu affaire avec la politique » et ajoute : « A mon avis c’est impossible de ne pas être corrompu dans ce jeu. Ils sont tous des tricheurs, des malfaiteurs, des cons, quoi ! » (1), aucun président de la carrure d’un Obama n’a encore exercé le pouvoir. Si ce dernier se trouve en difficulté aujourd’hui, c’est bien à la versatilité de l’électorat qu’il le doit et les Américains de bon sens sont affligés de constater une fois de plus que nombre de leurs concitoyens pourraient aussi être taxés du qualificatif aussi cher à Henry Miller qu’à Nicolas Sarkozy.


La versatilité de l’électorat est une donnée avec laquelle les hommes politiques ne comptent pas suffisamment de par le monde. En France, cette versatilité de l’électeur n’a pas échappé aux chansonniers qui brocardaient déjà ce dernier à la fin du 19e siècle. Les élections régionales approchant, on peut s’attendre, comme aux États-Unis, à ce que tous les déçus de la politique qui vont bientôt voter signifient eux aussi leur mécontentement à celui qu’ils ont adulé naguère. Ainsi ira la vie politique tant que les mentalités n’évolueront pas mais le feront-elles un jour ? On peut en douter car elles semblent être aussi un élément de l’identité nationale ! Ce jeu du volte face permanent de l’ électeur français ne serait pas drôle sans Fursy (2) et sa « chanson rosse » qui le met en scène.

Fursy

Fursy


Les emballés(3)

Quand, sur l’boulevard, je vois des gens,
Tassés comm’ des huitres qu’on parque,
Se fair’ bourrer par les agents
Pour acclamer quelqu’un de marque,
J’me dis, tout bas que le Français
S’emballant comme un’ petit’ folle,
N’fait rien sans tomber dans l’excès :
D’un d’mi dieu faisant une idole !
Aujourd’hui, il cri’ : « Viv’ Machun !… »
Faut toujours qu’il acclam’ quelqu’un,
Faut toujours qu’il cri’ « Viv’ quelqu’ chose ! »

Si, pourtant, un’ fois emballé,
Il était constant, passe encore !…
Mais, adorant c’ qu’il a brûlé,
Il brul’ bien vit’ ce qu’il adore !
Et, sur l’boulevard, les mêmes gens,
Tout pleins d’une ardeur sans pareille,
S’ font bourrer…par les mêmes agents
Pour conspuer leur dieu de la veille!…
Pourquoi cessent-ils d’aimer Machun ?
Pourquoi cessent-ils d’aimer Chose ?
On peut l’demander à chacun :
Aucun d’eux n’en sait quelque chose.

Je sais que je f’rais aussi bien,
Sur ce chapitre, de me taire,
Ma chanson ne changera rien :
Le Français a son caractère !
Tant qu’en France il y’aura des gens
Ayant un cœur, une am’française,
Ils s’f’ront bourrer par les agents
Pour s’emballer tout à leur aise !
Aussi, qu’importe que Machun,
Soit aujourd’hui plus aimé qu’Chose ?…
Et ce s’ra toujours la mêm’ chose !…

Affiche de Jules-Alexandre Grün (1868-1934)

Affiche de Jules-Alexandre Grün (1868-1934)

1. Henry Miller. J’suis pas plus con qu’un autre. – Paris : Ed. Buchet/Chastel, 1976.
2. Fursy (Henri Dreyfus, dit, 1866-1929) Archétype du chanteur montmartrois de la Belle époque, inventeur de la formule de la « chanson rosse » et créateur de la « la Boite à Fursy », célèbre cabaret qui a succédé au “Chat noir” dont le chansonnier était devenu propriétaire.
3. Figure dans : « Anthologie de la chanson française : les Chansons de l’Histoire, 1900-1904 ». - Toulouse : Blanche-Net Communications . - Cédérom, référence BI-HF -033.

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