13 janvier 2010

Identité : le débat en question

Le débat sur l’identité française pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses et ces dernières se déversent par bennes entières dans la zone cloacale du Web, ce à quoi il fallait s’attendre. J’ai déjà évoqué plusieurs fois, comme bien d’autres l’ont fait, l’aspect nauséabond d’une partie de ce média mais je reviens sur le sujet parce que je me suis interrogé sur les raisons profondes ou refoulées qui auraient pu conduire le président Sarkozy à ne pas désavouer l’idée d’un tel débat. Pour étayer ma réflexion, je mets en parallèle ses origines et les miennes ; elles sont françaises mais de « vraie souche » à 50% seulement, du côté maternel pour chacun de nous. Les autres 50% proviennent respectivement d’un greffon récent d’origine hongroise et d’un greffon malgache plus ancien, du temps où Madagascar était une colonie française avec des « sujets français » mais dont certains habitants avaient obtenu, par décret officiel, une nationalité française qu’ils avaient demandée dans les premières décennies de la colonisation, effective en 1896. Nous sommes donc tous les deux des Français à part entière et à égalité même si ma souche « allogène » est antérieure à la sienne.

Je ne mets pas en doute ma profonde identité française mais je ne renie pas la partie « exotique » de mon héritage biologique et culturel, quoique cette seconde facette soit moins importante que la première; c’est pourquoi je m’y intéresse et je l’entretiens même avec soin, sans doute parce que j’ai suis habitué depuis longtemps à ce qu’on me rappelle cet héritage et pas nécessairement à travers les propos « cryptoracistes » qui émaillent les conversations de salon ou les meetings politiques.

Ce rappel peut en effet se faire dans des situations très banales. J’ai déjà évoqué celles qui relèvent de la bêtise et qui marquent un individu dans son enfance mais il en est d’autres plus anodines; par exemple les conversations entre amis ou entre ex-collègues de travail, voire avec des cousines (par alliance) qui montrent ainsi que toutes ces personnes bien intentionnées ne savent pas qui je suis réellement en évoquant mes origines. Combien de fois n’ai-je pas entendu : « tu vas voir de temps en temps ta famille à Madagascar ? » ou « tu y retournes souvent ? ». J’ai beau répéter que je ne suis allé qu’une fois en visite dans le pays de mes ancêtres paternels, rien n’y fait, l’empreinte malgache de mon physique est ce qui retient l’intérêt de mes interlocuteurs.

Le président de la république a-t-il lui aussi été confronté à ce problème? Porter un patronyme d’origine étrangère, ou même régional bien caractérisé, suscite souvent une légitime (?) curiosité. Quand on reconnait que vous êtes d’origine bretonne ou alsacienne, vous confirmez et ça s’arrête là. Lorsque votre nom est d’origine hongroise, j’imagine qu’il faut s’attendre à ce qu’on vous demande à tout bout de champ si c’est « vous ou vos parents qui ont fui la Hongrie »… Cette situation d’éternel interrogé n’expliquerait-elle pas la réaction de Monsieur Sarkozy par rapport au débat qui a été lancé ? J’ignore s’il renie ses origines partiellement hongroises et si ce n’est pas pour affirmer son identité française, en ne craignant d’ailleurs pas de passer pour plus royaliste que le roi, que le Chef de l’État s’est érigé en chef d’orchestre d’une cacophonie qui n’est plus maîtrisée.

En fait, le débat - si débat il devait y avoir – n’aurait dû être qu’intérieur à soi-même, en s’interrogeant essentiellement sur la manière personnelle de chacun d’appréhender l’autre. Les différences, par le physique ou par le nom - parfois les deux -, ne sont pas encore bien intégrées en France, comme elles le sont aux États-Unis, archétype de la terre d’immigration où la palette des patronymes y est sans doute plus large encore. Combien de générations devront passer pour qu’on ne vous demande pas, même si vous avez répondu dans un entretien d’embauche que vous devez votre nom à votre grand père ou arrière grand père venu de Madagascar d’un autre pays, d’Afrique ou d’ailleurs, « si vous y retournez souvent » ? Cette attitude courante et observée chez de nombreux individus l’est malheureusement aussi dans le contexte de la recherche d’un emploi et les personnes d’origine maghrébine ou africaine ne sont pas les seules à en faire les frais.

débat sur l'identité nationale  ou la cacophonie

débat sur l'identité nationale ou la cacophonie


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