20 avril 2007

“Immigration et identité nationale” (Ministère de l’)

En ces temps où un candidat à l’élection présidentielle issu de l’immigration et plus royaliste que le roi lance un projet de « ministère de l’immigration et de l’identité nationale », on se demande de quels outils se doterait un tel ministère s’il devait voir le jour. Ce projet inquiète ; certains le jugent dangereux et il rappelle à d’autres la mise en œuvre du statut des juifs d’octobre 1940 avec la création par la police de Vichy des fichiers qui visaient aussi les résistants englobés alors sous le terme de « terroristes. On peut faire aussi le rapprochement avec le texte moins connu et bien antérieur à cette sombre époque et que Claude Ribbe cite dans ses « Nègres de la République » (Editions Alphée 2007) : l’ordonnance du 8 avril 1762 (sous Louis XV) prescrivant « un recensement sur le seul critère de la couleur de peau et l’immatriculation à l’amirauté de tous les noirs et gens de couleur se trouvant en France ». Avec les moyens informatiques déjà disponibles aujourd’hui en matière d’élaboration et de croisement de fichiers, on imagine les perspectives offertes aux fonctionnaires zélés qui officieraient dans ce ministère orwellien : tri des noms à consonance étrangère, par exemple, avec classement hiérarchique pas origine géographique, pour peu qu’on se donne la peine d’établir les programmes ad hoc ; on pourrait profiter de l’occasion pour introduire la mention de religion et, pourquoi pas, les tendances sexuelles…

Il faudrait beaucoup d’attention aux préposés à la saisie des données. En France, il est de notoriété publique qu’on n’est pas doué pour les langues étrangères, et les noms étrangers sont si compliqués à lire et à prononcer ! Même s’ils ne sont pas tous à « coucher dehors » comme l’écrivait récemment le chroniqueur automobile du Monde (30 mars 2007) à propos d’un nouveau modèle de voiture sorti chez Nissan (la Qashqai), des erreurs pourraient fausser ces statistiques : taxer d’origine portugaise ou brésilienne un individu portant un nom se terminant en « jao » ou confondre Sarkosky ou Sarkoski avec Sarkozy comme le montrent de nombreux exemples pêchés sur le web. Dans une précédente note, j’ai évoqué les travaux bibliographiques d’Eugene Garfield à l’Institute for Scientic Information. A partir des noms d’auteurs, cet organisme a publié diverses statistiques. En 1971 par exemple, un tri par pays d’origine des chercheurs a permis de faire connaître le volume d’articles scientifiques indexés par l’ISI cette année pour chacun des pays concernés : ISI’s Who is publishing in science.

Des programmes informatiques sophistiqués, élaborés avec l’aide de linguistes et des services de l’identité auraient permis d’autres statistiques plus fines ; par exemple mettre en lumière l’apport des chercheurs étrangers dans tel ou tel pays. Les bases de données de l’ISI n’étant pas un fichier de l’« identité nationale », on ne s’est pas préoccupé de savoir si le chercheur Yamamoto était américain ou japonais ; dans un contexte différent, notamment dans un pays ayant eu des colonies, un tel programme utilisé dans le cadre de recherches historiques, aurait permis de connaître l’origine ethnique des chercheurs qui, à une époque où ils étaient des colonisés, travaillaient dans les laboratoires de recherche de la « métropole ». Les éditeurs scientifiques qui se sont emparés du web donnent accès (à titre payant) à la littérature scientifique. Au fur et à mesure de la mise en ligne des travaux récents et plus anciens de chercheurs du monde entier, on voit apparaître les noms de ces « proto immigrants » qui ont exercé et publié dans ce contexte colonial. Je parlerai de l’un d’eux, aujourd’hui disparu, dans une prochaine note.

immigration choisie - Votre nom?
- Sikorsky
- pas la peine de continuer, le quota de plombiers polonais est atteint…

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