16 décembre 2009

La rupture, pas la casse…

« Il » nous avait annoncé la rupture, pas la casse. Même s’il faut bien admettre que quelques réformes positives ont été réalisées et ont reçu l’approbation d’une partie du corps social (suppression de publicité sur les chaînes de télévision publiques, de la taxe professionnelle, et quoi d’autre ?), c’est paradoxalement une impression générale de casse qui se dégage. A quelle urgence, sinon financière puisque « les caisses de l’état étaient vides », répond ce besoin de réformer à tout-va : appareil judiciaire (suppression de tribunaux, et peut-être celle des juges d’instruction), fusion des corps de police et de gendarmerie, chamboulement de l’organisation des services hospitaliers, privatisation des services de la Poste, désorganisation des instances régionales, édulcoration de la formation des enseignants… A ce régime, le nombre de Français pensant que Nicolas Sarkozy est un président qui ne laissera pas un bon souvenir dans l’histoire du pays ne devrait pas cesser d’augmenter et les personnes qui expriment leur inquiétude ne sont évidemment pas uniquement celles qui sont directement concernées par ces réformes. .

Il semble que le président ait cure du taux croissant de sondages négatifs, des manifestations de protestation des professionnels touchés - policiers y compris ce qui prouve bien que malaise social est large -, de celles des étudiants et des chercheurs. Lui qui s’appuie à tout bout de champ (ou de discours) sur de belles citations historiques trouvées par ses conseillers, lui qui veut créer un musée de l’histoire de France (celui-ci existe déjà en plusieurs endroits à Paris et à Vincennes, comme existaient auparavant les collections regroupées en un seul lieu au musée du Quai Branly) laisse son ministre de l’éducation rendre optionnels les cours d’histoire dans les terminales scientifiques. Le sens de cette démarche me fait penser à ce qui s’est passé avec les études médicales à la fin des années 50. On pouvait alors faire sa médecine après la classe de philo. Ultérieurement, il est devenu nécessaire d’être particulièrement bon en maths et en sciences exactes pour prétendre entreprendre ce type d’études. Est-ce que cela n’a pas été au détriment de la dimension humaine qui devrait caractériser cette profession, si l’on se rapporte au serment d’Hippocrate ? Le médecin humaniste à l’écoute de ses patients…Rendre optionnels les cours d’histoire traduit de la même manière un mépris pour une discipline qui n’est pas productive d’un savoir utilitaire. On fait appel aux valeurs de l’histoire d’une manière incantatoire dans des discours, on veut la sanctuariser dans un grand musée mais celle-ci devrait devenir optionnelle en tant que matière d’enseignement ! L’Histoire apprend précisément à la jeunesse à devenir pleinement adulte du fait qu’elle permet une réflexion et une ouverture au monde. Cette volonté d’en réduire l’enseignement traduit aussi un profond mépris pour une catégorie de professeurs (qu’il sera ainsi plus facile de ne pas remplacer lors des départs à la retraite) mais ces derniers, comme beaucoup d’autres, ne se laissent pas faire et le font savoir .

Je garde le meilleur souvenir des cours d’histoire suivis durant mes années de lycée. Le prof qui faisait passer le message était de ceux qui avaient vécu l’histoire, à travers une expérience personnelle ou familiale ; il avait aussi la capacité, non seulement de l’écrire (1) mais de la raconter pendant ses cours. Bien plus, Jean Ratinaud, professeur au lycée Charlemagne, n’avait pas son pareil pour délaisser momentanément le programme à la veille des vacances et consacrer une heure entière à l’évocation de ses souvenirs personnels ; souvenirs drôles lorsqu’il s’agissait d’anecdotes de la vie courante, souvenirs terribles aussi lorsque fut évoqué le sort des soldats nazis des divisions SS Totenkopf lors de la débâcle allemande… Je crois me rappeler que nous n’étions alors pas en terminale ; les élèves n’étaient plus des enfants mais ils écoutaient ces récits avec autant d’attention que les jeunes lecteurs des bibliothèques à l’heure du conte.

Malgré la ferme opposition du corps enseignant et des personnes de bons sens, l’histoire risque donc devenir une matière optionnelle en terminale S. Souhaitons que la majorité des élèves choisissent l’option. Aux autres, ceux pour lesquels seul compte d’être compétitif dans leurs études après le bac et qui jugent que leur développement intellectuel est suffisant, on pourrait conseiller de lire les notices biographiques des hommes et des femmes qui ont fait l’histoire et l’ont marquée de leur nom. Ne pas laisser à Sarkozy le privilège de se référer à des hommes de gauche tout en conduisant une politique de droite, de manière plus tactique d’ailleurs que Jospin le socialiste déclarant que son programme ne l’était pas ! Après avoir lu ou relu la biographie de Jaurès et celle de Guy Môquet, ces forts en thème pourraient piocher dans la liste des démocrates militants. Certains ont connu la prison pour leur activisme. Celui qu’on a surnommé le « Bayard de la démocratie » est un bon exemple de ces idéalistes.

Armand Barbès (1809-1870)

Armand Barbès (1809-1870)

Barbès. On ne sait pas assez pourquoi une rue de Paris, le quartier et la station de métro qui s’y trouve portent ce nom. C’est celui d’Armand Barbès, homme politique bien connu des habitants de Carcassonne où il a sa statue. L’année 2009 marque le 200e anniversaire de la naissance de cet homme politique, avocat de son état, républicain convaincu et révolutionnaire dans l’âme. Il connait plusieurs fois la prison et est même condamné à mort en 1839. Il voit sa peine commuée à la détention perpétuelle grâce à l’intercession de Victor Hugo. Il est libéré à la faveur de la révolution de 1848 à laquelle il participe. Condamné de nouveau à la détention perpétuelle en 1849 (internement à Belle-Ile). Il refuse la grâce que Napoléon III lui accorde en 1854 et choisit l’exil il où finit sa vie en 1870, peu de temps avant le début de la guerre avec l’Allemagne.

1. Les Trois saisons de la colère, récits (1957) ; Clemenceau ou la Colère et la gloire (1958) ; 1917 ou la Révolte des poilus (1963)

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