19 mars 2007

Dans les pas de Blake et Mortimer


au pays bleu

Certains enfants qui ont grandi dans l’après guerre (celle de 39-45!) et qui n’ont pas eu la chance de naître dans un milieu cultivé, ont commencé à construire leur culture personnelle sur des bases bien fragiles. Si elle ne s’est pas limitée trop longtemps aux aventures d’ “Arabelle la dernière sirène” et à la lecture des autres bandes dessinées proposées par “France soir”, ce n’est pas bien grave mais que de temps perdu! Heureusement, les livres de lecture de l’école communale ont permis d’autres découvertes, émotionnelles en particulier ; bien des adultes n’oublient pas un de ces manuels, peut-être le premier livre qui leur ait tiré une larme : “Au pays bleu”, “roman d’une vie d’enfant” raconté avec beaucoup de sincérité par Edouard Jauffret d’après ses souvenirs personnels et si bien illustré par l’émule de Poulbot que fut Raylambert. De nombreux nostalgiques de leur enfance vouent un véritable culte à ce livre et s’efforcent de le retrouver en librairie. Qu’ils se rassurent, on le trouve encore, sur le web aussi…

Roman ou bande dessinée. Telle était souvent, et perdure sans doute encore avec le phénomène des mangas, l’approche de la lecture suivant que l’on vivait dans un milieu où le livre était omniprésent ou, au contraire, se limitait au livre de cuisine et à quelques prix de fin d’année scolaire… Ainsi la découverte de l’ Égypte pouvait se faire, selon le cas, à travers les pages de Théophile Gautier ou les vignettes d’Edgar P. Jacobs. Je ne cacherai pas que je relève de la deuxième approche.

En dehors de ses qualités graphiques indéniables quoique quasi photographiques, cette célèbre bande dessinée a un autre mérite : comporter des textes souvent assez longs, que l’on sautait parfois, mais sur lesquels il fallait bien revenir si l’on voulait comprendre toutes les subtilités de l’intrigue! Aujourd’hui la “BD” est devenue un support pédagogique. Dans les années 50, il n’était pas question d’apporter à l’école un fascicule hebdomadaire de “Tintin” dans son cartable!

Le sphinx et la pyramide de gizeh. Photo © Claude Razanajao

Le sphinx et la pyramide de gizeh. Photo © Claude Razanajao

Il m’avait fallu attendre 40 ans pour passer de l’imaginaire à la réalité. Un nouveau séjour d’une semaine en Égypte (d’où le silence obstiné de ce blog depuis un moment!) m’a permis de découvrir enfin dans toute sa splendeur le sphinx que des échafaudages dissimulaient lors d’un premier voyage dans ce pays unique. La statue colossale garde toujours et pour l’éternité l’entrée du plateau de Gizeh, comme à l’époque où Blake et Mortimer le parcouraient en long et en large. Des chantiers de fouilles subsistent, discrets ; quelques fragments de rails decauville affleurent ça et là mais ils semblent ne mener nulle part.

Mena house

La pyramide de Gizeh dans la brume vue du jardin de Mena House

Les autorités du Caire semblent impuissantes devant la montée d’une ville tentaculaire mais une atmosphère feutrée et très “british” règne encore au “Mena House”, le célèbre hôtel que fréquentaient les deux héros de papier… Peu de Cairotes portent le tarbouche aujourd’hui alors que cette coiffe est omniprésente sur la tête des personnages “importants” évoluant autour du “Mystère de la grande pyramide”. Cette bande dessinée dans laquelle les femmes sont par ailleurs absentes hormis pour le décor, reflète aussi une autre réalité qui a bien changé : les “grosses américaines” auraient bien du mal à circuler aujourd’hui dans des rues du Caire paralysées par les embouteillages quasi permanents et les malheureux “coups de corne” du tacot de Herr Grossgrabenstein seraient noyés dans la clameur ininterrompue des klaxons…

Le site de Gizeh. Photo © Claude Razanajao

Le site de Gizeh. Photo © Claude Razanajao

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