9 décembre 2009

Tu veux ta photo ?

Les émissions scientifiques diffusées à la télévision n’ont pas la qualité de celles de la radio car la dimension spectacle n’intervient pas dans ce média. Le documentaire consacré à Darwin hier soir sur la « 5 » aurait été parfait sans les interventions intempestives de Carole Gaessler. Elle a gâché mon plaisir avec ses gesticulations familières et sa tendance à couper la parole aux intervenants pourtant brillants et concis, ce qui m’a contraint à zapper avant la fin du programme. Sans parler de la propension qu’a la journaliste de flirter avec le style people. Sous prétexte de « jouer l’avocat du diable », elle affichait son penchant pour ceux qui trouvent la théorie de l’évolution « froide »(?) et qui déplorent que soit complètement évacuée l’idée d’un dieu créateur de toutes choses. Elle n’a toutefois pas pris le parti de ces millions de malheureux Américains qui croient encore au Père Noël. On se demande comment les USA peuvent être une grande puissance avec un taux si important de presque débiles. Il faut croire que les intellectuels, les scientifiques US et la minorité d’athées font suffisamment contrepoids pour empêcher leur pays de stagner dans l’obscurantisme qui a caractérisé la plupart des civilisations émergentes.

Charles Darwin (1809-1882)

Charles Darwin (1809-1882)

Jean-Pierre Marielle, plus vrai que nature, a magistralement interprété le rôle de Darwin dans son long combat contre l’obscurantisme de son temps et si le savant a été représenté plusieurs fois sous les traits d’un chimpanzé ou d’un orang-outan, nul vrai scientifique ne conteste plus aujourd’hui notre proche parenté avec les grands singes, notamment du fait des travaux des généticiens qui confirment ce que Darwin avait déduit de simples mais longs et patients faits d’observation. Cette faculté d’observer et d’imiter est justement partagée avec les singes anthropoïdes et la littérature du 19e siècle abonde de récits rapportant des scènes cocasses survenues chez les possesseurs de tels singes apprivoisés et pas spécialement dressés pour boire dans un verre, manger à table, la desservir, imiter un visiteur affecté d’une claudication ou apporter le chapeau d’un autre qui s’incrustait un peu trop. On trouve aussi dans la littérature de l’époque beaucoup de récits de chasse dans lesquels la description du comportement de l’animal blessé tirerait des larmes aux personnes les plus endurcies. En ce temps, les explorateurs tiraient sur tout ce qui bouge, homme y compris lorsque lui-aussi défendait son territoire.

il imita la pose et la marche de mon vieil ami...

il imita la pose et la marche de mon vieil ami...

Les travaux de Darwin ont-ils contribué à sensibiliser le peuple à la souffrance animale à la fin du 19e siècle? On peut se poser la question en lisant dans la presse de l’époque la relation de la mort de l’orang-outan du jardin d’acclimatation, une mort survenue en 1879 qui fait même se demander à un journaliste « s’il ne se trouvera pas quelque rue de bonne volonté pour troquer son nom contre celui de l’orang-outan dont tout Paris pleure depuis huit jours la perte prématurée ». Ont ainsi pleuré les lecteurs du « Voltaire », du « Figaro » et même du « Constitutionnel », au récit lyrique ou simplement objectif et clinique de la mort d’un singe en cage. Se seraient-ils autant apitoyés sur la mort d’un des Fuégiens parqués de la sorte dans ce jardin, à cette même époque où l’on dissertait encore sur l’existence de « races humaines inférieures » ?

On ne met plus d‘hommes en cage, du moins pour les exposer aux regards du public, mais on continue de tirer comme des lapins sur les survivants autochtones de la forêt amazonienne quand ils dérangent les plans des orpailleurs ou des fermiers non amérindiens qui envahissent leurs terres ancestrales. Bien qu’ils appartiennent à des espèces protégées, les grands singes d’Afrique et d’Asie font encore l’objet de chasse et de destruction de leur habitat, je l’ai déjà écrit. Peut-on dire que ceux qui sont enfermés dans des zoos ont plus de chance ? Peut-être si cette mise hors du danger peut servir à éviter la disparition de leur espèce. Il faudrait que Nonja, l’orang-outan du zoo de Vienne à qui ses gardiens viennent d’offrir un appareil photographique, apprenne à s’en servir correctement. Une fois libéré et revenu dans sa grande forêt enfin sauvée, il pourrait raconter à ses petits enfants, (é)preuves à l’appui, comment était sa vie de prisonnier chez les hommes. Mais peut-être le sauront-ils déjà si eux-mêmes sont aussi sur Facebook…

Maurice, orang-outan captif du jardin d'acclimatation à Paris en 1894. Dessin d'Adolphe-Philippe Millot (1857-1921)

Maurice, l’un des deux orangs-outans captifs
du jardin d’acclimatation à Paris en 1894.
Dessin d’Adolphe Millot (1857-1921)

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