2 décembre 2009

Lorsqu’on chasse le « naturel français » revient-il au galop ?

Fortement empreints des couleurs du vieux fonds de commerce nationaliste, les discours actuels de Sarkozy se suivent et se ressemblent. Le nouveau nègre qu’il vient d’engager pour remplacer ou aider dans sa tâche l’actuel titulaire - assez porté sur le copier/coller semble-t-il d’après les observateurs attentifs - , va-t-il changer de style ? Les sondages d’opinion montrent que cette dernière n’est pas dupe ; les élections régionales approchant, peut-être aurons-nous droit à un infléchissement du ton et une mise en sourdine des références à la « terre », aux « racines chrétiennes de l’Europe » et à toutes ces valeurs dont d’autres se réclamaient déjà il y a une soixantaine d’années. Mais puisque, à l’instar des partisans de la « Révolution nationale constructive »*, on se plait aujourd’hui à rappeler les mânes d’un Barrès ou d’un Péguy pour défendre le concept d’ « identité nationale », regardons ce qui s’écrivait en 1941, notamment à propos de l’éducation des jeunes gens, thème également à l’ordre du jour et pas seulement à propos de la Marseillaise chantée dans les écoles.

Avant de donner les citations qui auraient pu nourrir les discours présidentiels, rappelons qu’en 41 on faisait porter en partie la responsabilité de la défaite de 4O à cette « école française qui n’a pas fait aimer la France » ; il fallait donc que cette école se redressât ; pour ce faire, corriger les penchants naturels négatifs du petit Français et en contrepartie, dans un équilibre harmonieux, valoriser et cultiver ses qualités toutes aussi naturelles. Tel était donc le programme : « …combattre notre penchant au laisser aller, à la facilité, au bien-être, au débraillé de la tenue et du sentiment, au mauvais débrouillage, à l’improvisation ; combattre notre individualisme, cette fausse conception de la liberté comme indépendance d’abord, ce goût du resquillage, cette préoccupation avaricieuse de nos intérêts alliée à l’instinct de chaparder, cette habitude à nous opposer au nom de nos droits, en oubliant nos devoirs et les droits des autres ; combattre, dans l’éducation intellectuelle, notre goût de l’idée abstraite et générale, de la formule, de la simplification, du raisonnement pour le raisonnement, de la discussion, de la rhétorique aussi et notre penchant au bavardage ; combattre enfin cette tendance au dénigrement, à la critique, à la moquerie, à l’ironie, à faire de l’esprit, à traiter légèrement les choses sérieuses, à manquer de respect, une suffisance naïve, une vanité féminine… ». Tout est dit mais cet amalgame ne donne qu’une face du portrait du Français moyen. L’autre, celle qu’il faut développer absolument, est tout aussi composite : « Donc cultiver nos qualité d’intelligence, un esprit critique qui veut comprendre et juger, un bon sens solide et réfléchi, à base d’expérience, le sens de la vérité comme universelle, le respect de la science pure et désintéressée, le goût de l’invention ; cultiver nos qualités de caractère, la franchise, le sens que la parole donnée engage, l’initiative et l’ingéniosité, la fierté et quelque indépendance dans l’obéissance, la fidélité frondeuse au vrai chef [sic] , le goût artistique du travail bien fait, le courage de résistance [sic] et d’audace… Qui ne voit que ce sont là les qualités reconnues jadis aux Français et qui leur ont manqué dans cette guerre ? »

Les Français auxquels on demande aujourd’hui de débattre sur la notion d’identité française se reconnaissent-ils dans ce portrait daté qui ne déparerait pas dans un manuel de scoutisme ? L’auteur* donne des éléments de réponse aux interrogations qu’ils pourraient se poser quant à cette identité : « Or que l’éducation forme ainsi à partir du naturel des caractères français, ce sera rendre plus spontané le sentiment de la France que nous demandions à l’école de cultiver ; pour sentir et penser en Français la France, il faut être de cœur et d’intelligence français. Et l’amitié nationale naîtra elle aussi plus facilement de l’épanouissement du naturel français, de cette sympathie qui vient d’une ressemblance de famille […] ». Le lanceur du débat attend-il beaucoup de réponses de cet ordre?

* Jean Rimaud. Le redressement français et l’éducation. In : France 1941 la Révolution nationale constructive : un bilan et un programme / par André Bellessort,…, Prof. René Leriche,…, Charles-Brun et [al.] . - Paris : Alsatia , 1941.

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