9 mai 2018

Nécroblogie anthume

Décidément, peut-on écrire sans recourir, consciemment ou involontairement, à la pensée d’auteurs célèbres?  je comptais parler de nouveau - comme je l’avais annoncé en début d’année - des personnes dont j’ai évoqué les activités sur ce blog et qui ont quitté ce monde depuis. Je me suis ravisé et, m’appuyant  discrètement et sans vergogne sur  Alphonse Allais, Oscar Wilde et Søren Kierkegaard,   rien moins,  je me suis dit qu’aujourd’hui  je devais (encore!) parler de moi-même, avant de disparaitre complètement… Eh oui, je suis déjà mort! Je l’ai constaté depuis quelques temps; mort par personne interposée dois-je préciser; aussi étrange que cela puisse paraitre car je ne lui ressemble pas, on m’a plusieurs fois pris pour Jacques Vergès; dans la rue, à la sortie d’un théâtre, lorsque je portais un chapeau en particulier; mon teint basané, mes petites lunettes, un air vaguement asiatique suffisaient pour démontrer que les portraits robots ne sont pas fiables à 100/100. Quoi qu’il en soit, ces dernières années et  du vivant du défenseur honni des causes indéfendables, ça a été du « Monsieur l’avocat » par ci et du « Maitre » par là à mon endroit; quand il ne s’agissait pas de propos désobligeants, voire d’insultes. Mais comment réagir lorsque deux compères échangeant des commentaires sur ma personne, l’un pensant avoir reconnu Vergès ou trouvé que je lui ressemble, l’autre de répliquer « c’est un connard » ?

Devant une sculpture en bois du Bury Knowle Park à Eddington (Oxford) en 2012...

Devant une sculpture en bois du Bury Knowle Park à Eddington (Oxford) en 2012...

Depuis la disparition de ce dernier en 2013, la confusion récurrente ne se produit plus et je regrette un peu qu’on ne s’intéresse plus à « moi » (1). Bien que le septuagénaire que je suis soit heureux de ne pas encore manger les pissenlits par la racine, je n’étais pas loin de partager le pessimisme d’un Kierkegaard écrivant : « la vie est insignifiante et vide! On enterre un homme ; on le conduit jusqu’ à sa dernière demeure, on jette sur lui trois pelletées de terre ; on arrive en carrosse, on rentre chez soi en carrosse ; on se console en pensant qu’on a devant soi une longue vie. Que font sept fois dix années ? Pourquoi n’en pas finir une fois pour toutes ? Pourquoi ne pas rester là-bas, ne pas entrer dans la tombe ? Pourquoi ne pas tirer au sort celui qui aura le malheur d’être le dernier vivant qui devra jeter les trois dernières pelletées de terre sur le dernier mort ? (2). Kirkegaard pensait ne pas dépasser l’âge de 34 ans ; il est mort à 55, sans descendance. Il aurait peut-être changé d’opinion s’il avait eu des enfants et des petits enfants. Ce sont eux qui donnent l’envie de continuer de vivre.

bois  de Georges Tcherkessof

bois de Georges Tcherkessof, extrait de "La mort" de Maurice Maeterlinck

1. S’il est au monde rien de plus fâcheux que d’être quelqu’un dont on parle, c’est assurément d’être quelqu’un dont on ne parle pas (Oscar Wilde ).
2. Søren Kierkegaard. Aphorismes, réunis dans: « Diapsalmata ». - Paris : R. Morel, 1963.

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