5 avril 2018

Les journalistes puent des aisselles ! Vous de même !

Avant de commencer un billet dont le thème sera Madagascar, je survole toujours le web pour vérifier si jamais une bonne nouvelle ne viendrait pas éclaircir enfin l’horizon politique, économique et social de la Grande île.  Que nenni, du moins si l’on en croit ce qu’on lit; le pouvoir actuel ne parvient toujours pas à éradiquer la pauvreté, mettre fin aux affaires, supprimer la corruption et le banditisme. L’horizon est donc toujours aussi sombre pour la majorité des Malgaches.

On découvre aussi que par les temps qui courent, il ne fait pas bon être journaliste à Madagascar, notamment lorsque on n’est pas aux ordres de ce pouvoir mais que l’on ose dénoncer son incurie et son incapacité à mener la politique pour laquelle il a été élu, à savoir faire sortir le pays d’un marasme qui n’a que trop duré depuis l’indépendance.

Jeannot Ramambazafy est de ces journalistes pas en odeur de sainteté car il ne mâche pas ses mots depuis qu’il exerce sa profession – 1984 précise-t-il - une profession qui s’avère d’ailleurs encore plus risquée sous d’autres latitudes, soit dit en passant. Piqué au vif après l’attaque, verbale pour l’instant, lancée par une parlementaire contre les journalistes présents à la chambre lors de sa séance du  13 mars dernier, il a cru bon de réagir sur Madagate en restant sur le terrain de la vulgarité exprimée par celle qui voulait faire évacuer « les journalistes qui puent des aisselles ».  Au lieu de répliquer « vous puez d’autre chose » - sans préciser de quoi - il aurait pu le faire avec un peu plus d’humour et lui dire simplement « vous de même ».  La députée, qui fait sans doute partie de ceux que feu Albert Rakoto Ratsimamanga (à moins que ce ne soit William Rabemananjara) appelait les béni-oui-oui. aurait encore mieux compris l’allusion.
Les convergences dues aux hasards de l’euphonie entre deux langues qui n’ont aucune parenté est cocasse. Je ne traduirai pas littéralement le presque équivalent phonétique malgache de l’expression française; il est trop trivial. La réplique du journaliste permet de l’entrevoir. Je dirai seulement que cette expression fut utilisée facétieusement en métropole par des Malgaches du temps de la colonisation,  à l’encontre d’ interlocuteurs français avec lesquels ils avaient un léger différend ou tout simplement pour s’amuser. C’est du moins ce qu’on racontait quand j’étais enfant. Je suppose qu’on n’utilisait pas cette expression polie  à Madagascar même, où certains coloniaux comprenaient la langue malgache. La discussion aurait pu mal se terminer.

Il y a aussi une bonne nouvelle mais elle laissera indifférents les Malgaches qui ne croient plus aux promesses électorales et qui veulent du concret aujourd’hui et pas demain : on apprend que deux enseignants ont retrouvé à Valambahoaka, village au nord-ouest de l’île, les vestiges de la « cité idéale ». Il s’agit des restes de cette cité que l’aventurier Beniowski, qui s’était autoproclamé roi de Madagascar en 1776, avait construite. Les habitants du coin en connaissaient l’existence, à travers les récits laissés par leurs ancêtres. Espérons que dans les deux prochains siècles les descendants des Malgaches de l’ère postcoloniale pourront nourrir les récits qu’ils raconteront à leurs petits-enfants de faits autres que ceux de l’époque où l’on disait que tout marchait bien à Madagascar, c’est-à dire pendant les seules années de la colonisation…Une deuxième cité idéale perdue?

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