18 novembre 2009

Monstrueux ou la vie en noir

Associé à la politique sarkozienne et au nom de deux de ses supporters les plus critiquables, le mot « monstrueux » employé par Marie Ndiaye a entrainé les polémiques que l’on sait. Si elle avait dit « horrible », mot à peu près synonyme, Eric Raoult se serait peut-être abstenu d’interpeler l’écrivaine qui connait bien le sens des mots. L’écho fait à ses propos prononcés bien avant qu’elle n’obtienne le prix Goncourt est pourtant salutaire, quoiqu’en dise Hubert Védrine - bien décevant hier soir lorsqu’il a dit n’avoir pas apprécié lui-même cette déclaration. Pourquoi est-il alors venu en débattre avec le député de Seine Saint-Denis et d’autres invités de l’émission de Frédéric Taddeï? Lui qui se dit ne pas être de la même famille politique que celle du député-maire du Raincy, doute-t-il que soient horribles les problèmes de société auxquels nombres de personnes sont actuellement confrontées en France ? Et il ne s’agit pas seulement de la condition faite aux clandestins afghans renvoyés dans leur pays en guerre, aux sans papiers, aux faciès « auvergnats » ou aux sans abri, ce qu’a rappelé un autre invité, le sociologue Eric Fassin qui a essayé de remettre le débat à sa juste place ; tout un chacun peut maintenant se trouver en situation de « précarité civile » quand, par malchance, commence une confrontation avec certains représentants zélés de la force publique qui, soucieux de faire du chiffre, trouvent le moindre prétexte pour verbaliser, intervenir de façon musclée, ou mettre en garde à vue, enfermement injustifié dans bien des cas.

L’excès de zèle, les abus d’autorité, les bavures policières ne datent pas d’aujourd’hui. Il s’est toujours trouvé une presse et des dessinateurs politiques courageux pour les dénoncer. Au 19e siècle, ces empêcheurs de fliquer en rond allaient en prison pour « irrespect », comme aujourd’hui dans ces divers pays que certains chefs d’état «amis » ne qualifient pas de dictatures pour des raisons « hautement » politiques et commerciales mais qui n’en sont pas moins des dictatures. Faire toujours « profil bas » en pensant que ce type de mésaventure n’arrive qu’aux autres « et à ceux (et à celles) qui le cherchent bien» n’est pas suffisant ; il faut dénoncer ces injustices comme le fait si bien le « Canard enchaîné » et relayer l’information.

Mon propos n’est pas d’écrire un pamphlet anti-policier. Je serais même enclin à défendre cette corporation. Sans doute parce que je l’idéalise, à travers l’image positive qu’en a donné un Georges Simenon avec son commissaire humaniste. Je revois aussi le gardien de la paix, un voisin, qui rentrait souvent aux mêmes heures que moi le soir quand je revenais du lycée par le métro. Toujours en tenue, avec son bâton blanc accroché à son ceinturon. On ne pensait pas trop à l’époque (années 50) que cet instrument de travail pouvait aussi constituer une redoutable matraque. Le policier que l’on voit maintenant dans les transports en commun ne rentre pas chez lui ; il travaille et en groupe, pour plus de sureté. Nous n’en serions pas là si en amont, les acteurs sociaux, les policiers de proximité y compris, avaient eu les moyens de faire un vrai travail préventif de masse.
Je ne dirai pas non plus que les seuls bons policiers sont ceux qui ont démissionné, comme l’a fait Olivier Marchal (La vie en noir), Le Monde du 10/11/09). L’acteur ne s’est pas encore remis de ses années passées à faire honnêtement son métier ô combien nécessaire. Les policiers mis en scène dans les films ou les séries télévisées auxquelles il a participé ou qu’il réalise actuellement sont des hommes, avec leurs faiblesses et leurs défauts. On aimerait que dans la vie réelle les aspects négatifs de la personnalité de ces fonctionnaires ne reflètent pas l’unique image de marque du flic.

Les commandements du gardien de la paix

Gardien de la paix tu seras
Pour te la couler doucement.

La République serviras
Sans la chérir aucunement.

Jamais tu ne te trouveras
A ton poste en cas d’accident.

Dans le service fumeras,
Le soir malgré le règlement.

Chez le mastroquet trinqueras,
Parfois, très clandestinement.

Les malfaiteurs ménageras
Afin de vivre longuement.

Mais à tabac, tu passeras
Les petits chiens impunément.

Des députés te moqueras,
Des sénateurs pareillement.

Car toujours ce que tu diras,
Sera cru péremptoirement.

Pour ampliation : Maxime Boucheron (1846-1896)

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