24 mai 2017

Les demoiselles d’Amiens

Ces demoiselles ne sont pas les deux amies amiénoises avec lesquelles Madame Roland (1754-1793) échangea en son temps une importante correspondance. Elle reçut aussi leur réconfort moral lors de son incarcération dans les prisons de la Révolution. Ce soutien nécessaire ne fut cependant pas suffisant pour empêcher l’assassinat de l’infortunée girondine car, comme tant d’autres de ses semblables, la malheureuse n’échappa pas à l’horrible couperet de la guillotine.

Renée et Germaine Windal, dans les tribuneds du champ de courses d'Amiens en 1925

Renée et Germaine, dans les tribunes du champ de courses d'Amiens en 1925

Qui sont alors les deux jeunes filles figurant sur cette photo prise à Amiens à la fin du premier quart du 20e siècle ? Ce sont les sœurs Windal. Leur costume identique pourrait les faire passer pour des jumelles, qu’elles ne sont pas en réalité ; deux ans les séparent ; Renée, la cadette (à gauche) a alors quinze ans ; l’ainée en a dix-sept. La photo a vraisemblablement été prise par Albert, leur père. La famille est issue de cette société bourgeoise qui, près d’un siècle plus tard, donnera le jeune surdoué devenu président de la république. Cette famille élégante est réunie dans les tribunes du champ de courses, peut-être par un beau samedi ou dimanche ensoleillé de l’année 1925.

Pourquoi évoquer ces personnes inconnues et qui n’ont sans doute laissé que quelques traces ténues à Amiens, en dehors du cercle de famille ? Parce qu’il rétrécit et que les derniers détenteurs de souvenirs ne seront bientôt plus là pour témoigner. Oui, comme dans toute famille, les membres qui la composent disparaissent inexorablement les uns après les autres, au point de fausser la mémoire collective et faire douter de l’exactitude de certains faits : ainsi le grand- père a-t-il été directeur de la Caisse d’épargne d’Amiens ou de celle de Saint-Quentin ? Les voisins de tribune ne peuvent pas plus témoigner ; à la rigueur, seuls quelques uns de leurs descendants locaux pourraient donner des précisions sur la course de chevaux, pour peu qu’ils s’intéressent à l’histoire de la ville. Mais est-ce si important de tout savoir ?

En ce qui concerne Renée Windal, dont j’ai déjà évoqué sur ce blog ses souvenirs de la première guerre mondiale ; elle s’est éteinte en 2008, bien affaiblie ; elle allait avoir 98 ans. Je regrette de ne pas lui avoir posé plus de questions sur ce passé évanescent, lorsqu’elle avait encore toute sa lucidité. Petit rappel : cette femme était ma belle-mère.

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