12 décembre 2006

“Y a bon Alagna”

Roberto Alagna quitte la scène de la Scala de Milan parce que des “voyous” le sifflent ; je dis bravo! Je crie même bravissimo mais des bravissimo sincères. Pas comme ceux de ce spectateur dormant à poings fermés (les mains croisées derrière la tête!) observé un rang devant le mien lors d’un concert donné à la Roque d’Anthéron. Lorsque les applaudissements ont éclaté, le dormeur s’est littéralement mis au garde à vous pour faire une standing ovation au pianiste après sa prestation. Et de lui crier “bravo” sur les deux tons (comme en chinois) si caractéristiques des connaisseurs ou prétendus tels.

On peut remarquer ces snobs dans les concerts renommés. Ils viennent là accessoirement pour écouter de la musique mais surtout pour se faire remarquer ou vérifier si quelqu’un d’”important” et intéressant à rencontrer ne serait pas parmi les spectateurs. Lorsque ce comportement infantile est observé chez des personnes venues avec vous au concert et que l’on connaît bien, une certaine gêne s’installe… Quant aux siffleurs patentés, ils ne font rien moins que se prendre pour les juges ou les arbitres, faisant de la salle de concert le pendant ou la succursale des terrains de football. Malheureusement leurs sifflets sont autant de flèches décochées qui atteignent toujours leur but et peuvent faire très mal. Les siffleurs sont-ils seulement conscients de leur bêtise?

Les artistes ne sont pas comme ces hommes politiques rompus aux jeux du cirque et qui se remettent vite, du moins en apparence, de leurs blessures d’amour propre. Ce sont des êtres plus sensibles et Roberto Alagna serait peut-être revenu sur sa décision si une doublure n’avait pas été là pour le remplacer au pied levé. Quoi qu’il en soit, son attitude force le respect. On aimerait que d’autres artistes suivent son exemple. Des sportifs aussi. Sans revenir sur les cris de singe lancés par les imbéciles sur les terrains de football, quand verra-t-on un joueur de Roland Garros quitter le court quand le bruit régnant dans les gradins devient par trop insupportable? Il faut rééduquer le public. Comme les enfants que l’on prive de dessert, la privation de spectacle peut être une bonne indication pour obtenir le calme.

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