29 mars 2017

L’insurrection malgache de mars 1947

Ce 29 mars marque le 70e anniversaire du déclenchement de l’insurrection malgache de 1947. Ce soulèvement populaire, férocement réprimé par l’armée française, fit des dizaines de milliers de victimes malgaches, en majorité civiles. On s’étonne de lire ici et là que ces événements tragiques sont encore mal connus en France et à Madagascar même, alors que la presse en a rendu compte depuis l’origine – avec plus ou moins d’objectivité – et ne manque pas de les rappeler sinon chaque année, au moins tous les dix anniversaires, à l’instar du « Monde », « du Monde diplomatique » ou encore de l’« Humanité ». La liste est longue des quotidiens et des hebdomadaires leur ayant consacré un article, comme en témoigne un mémoire de fin d’étude rédigé sur ce sujet dans le cadre de l’IEP DE Lyon en 2004 (1). De même, les articles scientifiques et les ouvrages sur cet événement  majeur de l’histoire de Madagascar sont également nombreux; parmi ces derniers, la thèse de 3e cycle  de Jacques Tronchon, soutenue en 1973 (2) , fait autorité; elle donne une vision complète des événements dans leur  contexte sociologique, politique et historique. Rééditée en 1974, elle est partiellement disponible sur le web et a  fait l’objet de plusieurs compte rendus également  accessibles en ligne.  On ne saurait trop en recommander la lecture. voir notamment celui de Guy Jacob ou du missionnaire protestant Louis Molet. Noter qu’un autre point de vue protestant sur l’insurrection est également donné dans un article de Jean-François Zorn.

Le web étant  devenu un instrument incontournable de la  recherche documentaire, plus personne n’a  aujourd’hui l’excuse de dire « qu’’il ne savait pas», à moins d’être aussi inculte et peu intéressé par l’histoire de son pays qu’un Marc Ravalomanana répondant à Jacques Chirac : « Le 29 mars 1947 ? Cela ne me concerne pas. Je n’étais pas né à l’époque ». Nous sommes alors en 2005; le président de la République française est en  visite officielle  dans la Grand Île. Jacques Chirac vient d’évoquer «le caractère inacceptable» des dérives du système colonial. La réponse incongrue de Ravalomanana, digne   de l’ industriel du  yaourt qu’il est mais indigne d’un chef d’État,  a été une insulte pour les survivants d’une insurrection qui n’aura pas été vaine puisque la colonie retrouvera son indépendance treize ans plus tard, après la fin des procès politiques et l’amnistie des condamnés à mort implorée par le poète:
« [...] Tu parleras la langue de la justice
pour ceux dont on aveugle la vue
au fer des barreaux
tu parleras de ton amour
pour ceux que l’on bat
pour ceux que l’on étouffe
pour ceux que l’on torture »
[...]

Thomas Rahandraha « Appel » (3)

J’ai déjà abordé cette sombre période dans de précédents billets, notamment celui du 8 septembre 2010 dans lequel j’évoque le rôle que Harison Razanajao, mon père, cofondateur  de l’AEOM et du MDRM,  avocat stagiaire inscrit au barreau de Nîmes en 1942, avait – ou n’avait pas – joué lors du procès. Un document précieux, retrouvé depuis parmi des papiers de famille, me permet aujourd’hui d’apporter quelques précisions sur les circonstances d’une démarche d’approche faite auprès de lui par un de ses amis pour qu’il intervienne au procès. Il s’agit d’une note autographe écrite sur un papier à en-tête de l‘Assemblée nationale constituante. Elle n’est pas datée; la signature est peu lisible mais le correspondant demande à mon père s’il accepterait de défendre « les petits inculpés, en particulier les Côtiers » [...] et il ajoute: « réfléchis bien , il y a beaucoup de risques [...] Si tu es stagiaire, on t’attacherait au cabinet de Stibbe, de Coquerel ou autre ». Mon père a dû beaucoup réfléchir car son nom n’apparait nulle part, sauf erreur, dans les documents historiques relatifs au procès.

1. L’Insurrection malgache de 1947 au travers de la presse / Romain Esmanjaud . – Lyon, IEP de Lyon, 2004 (Mémoire fin étude, IEP de Lyon, 2004).
2. L’Insurrection malgache de 1947: essai d’interprétation historique, par Jacques Tronchon. – S.l., n.d. . – 2 vol., 29 cm, pagination multiple, pl., dépl. h.t., errata, multigr. – Thèse. 3e cycle. Histoire. Paris VIII-Vincennes. 1973. – Contient en annexe de très nombreux documents. Bibliogr. Notes Bibliogr.
3. In: Samy isika: bulletin de l’Association des étudiants d’origine malgache, n° spécial ,  21 février 1954 « Journée internationale de la jeunesse et des étudiants contre le colonialisme »,   p. 27-28. Repris sous le titre « Le poète » dans : Anthologie de la poésie négro-africaine / Anne-Marie Gey ; illustr.  Marianne Maury-Kaufman . – Edicef Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, 2001. – Collection : Afrique en poche, Poésie).

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