10 mars 2017

Oh guenon, il n’y a pas de singes à Madagascar!

Décidément, les clichés ont la vie dure (comme le signataire de ces lignes, soit dit en passant, qu’un AVC – par chance pas trop sévère – a tenu éloigné de ce blog pendant trois mois). Le cliché en question a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs billets, notamment celui-ci, qui rappelle les différences fondamentales entre lémuriens et singes ; telle est aujourd’hui la raison d’une nouvelle intervention sur ce sujet.

Si aucun singe ne peuple la Grande île, Madagascar abrite de nombreuses autres espèces de primates:  les lémuriens, rendus célèbres par le dessin animé américain éponyme. « Le Monde », rien moins, perpétue néanmoins la confusion. Le quotidien ne serait-il plus le journal de référence ? Si nombre de ses lecteurs ne jurent encore que par lui, la désaffection pour la presse pourrait aussi s’expliquer par la baisse quasi générale de la qualité du contenu des journaux. « Le Monde » ne fait malheureusement pas exception car lui non plus n’échappe pas aux erreurs de copie qui y sont de plus en plus fréquentes. Les responsables d’un journal qui déclarait tout récemment encore viser l’excellence devraient autant se soucier de relecture d’ articles que de recapitalisation ou de restructuration..

La confusion classique faite entre singes et lémuriens se retrouve donc, involontairement je le concède, dans un article récent (1) pourtant bien documenté ; il traite du problème de la diminution dramatique de la population mondiale de singes ; un planisphère censé éclairer l’article donne les proportions respectives d’espèces de primates en voie de disparition dans les pays où ils sont très représentés et Madagascar figure parmi les pays « comptant plus de 40 espèces de singes » (sic). Las, soit la journaliste s’est trompée en transmettant les données au service cartographique du journal, soit c’est ce denier le coupable car les informations sont exactes sur le planisphère figurant dans l’article scientifique auquel l’auteur fait référence…Il y est bien fait état de primates et non de singes…

Mes loisirs forcés (pour la raison évoquée au début de ce billet) m’ont donné l’occasion d’éplucher d’autres numéros du « Monde » que je n’avais pas eu la possibilité de lire. J’ai ainsi pu relever quelques autres perles ; elles sont sans doute passées inaperçues auprès des non spécialistes ; je ne peux résister à l’envie de les rapporter ici, ne fût-ce que pour étayer mes dires concernant la baisse de qualité du journal, pour m’en tenir au seul contenu rédactionnel car il y aurait aussi beaucoup à dire sur la forme (qualité du papier et de l’impression, typographie inadaptée pour les déficients visuels dans « Le Monde M », etc) ; ainsi, à propos de Jonas Kaufmann, le numéro du 19 janvier écrit que le grand ténor allemand a été absent des scènes lyriques à cause d’ « un hématome sur les cordes vocales, [ayant] provoqué l’éclatement d’une petite veine ». il aurait fallu écrire au contraire que l’éclatement de la veine a provoqué l’hématome…

Autre exemple : dans le numéro du 13 janvier, un article sur la BNF et la salle Labrouste remise en état et en service dans le cadre de l‘INHA (rue de Richelieu).  Une photo illustre cet article qui n’a pas laissé indifférent le bibliothécaire  ayant travaillé dans cette salle  pendant plusieurs années et raconté de surcroit les souvenirs qu’il a conservés de cet emploi non fictif et peu rémunéré, plus d’un demi siècle après l’avoir quitté.  Cette photo représente les tubes (du dispositif pneumatique) par lesquels circulaient les cartouches (le nom technique est « curseur ») contenant les demandes de documents déposées par les lecteurs.  La légende indique maladroitement : « Dans le magasin central, les pneumatiques qui acheminaient les demandes des bibliothécaires » (sic).  Pour l’anecdote, signalons qu’à l’arrêt définitif du système, lorsque la BN,  passant de la rive droite à la rive gauche, est devenue la BNF, les curseurs sont quant à eux devenus objets de collection très appréciés par certains membres du personnel…

1. Audrey Garric : Les singes pourraient disparaitre d’ici 25 à 50 ans. Le Monde, vendredi 27 janvier 2017, Supplément « Planète », p. 6.

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