20 octobre 2016

Dictionnaire amoureux de Tintin : il manque « d’en train »

Ce livre sur Tintin (1) vient s’ajouter à la longue liste des ouvrages consacrés au héros inusable d’aventures qui ont enchanté des générations de lecteurs. Un survol rapide des entrées de ce dictionnaire m’a vite permis de relever quelques imperfections et omissions, ce qui est étonnant de la part d’un auteur spécialiste du sujet. Mais comme il reconnait lui-même, dans la dernière notice (Zut),  avoir omis – faute de place sans doute –  un certain nombre de thèmes qui lui tenaient à cœur (ils sont prévus pour un second tome), ma critique portera  plus sur la forme que sur le fond.

Comme le veut un dictionnaire, celui d’Albert Algoud est une suite d’entrées classées dans l’ordre alphabétique, avec des renvois à une autre quand la première n’a pas été retenue. La  liste de ces entrées  est  donnée à la fin du volume ; c’est  la table des rubriques,  On peut regretter qu’au lieu de donner une simple  table, l’auteur n’ait pas proposé un index des sujets traités dans son livre car s’il existe bien une entrée « Voitures  », curieusement l’entrée « Avions , nous invite à aller voir « Crash » ; ce renvoi et les autres devraient figurer aussi dans la table. Autre exemple :  l’entrée « Hécatombe » renvoie à « L’oreille cassée » mais aurait pu renvoyer également  à « Tintin au Congo », album controversé  et pas seulement parce que  Tintin y décime beaucoup trop d’animaux. Quant au renvoi contradictoire « Hergé voir Rémi » et l’inverse, s’agit-il d’une facétie de bibliothécaire qui s’ignore? Enfin, lorsqu’une entrée du dictionnaire comporte plusieurs termes (personnages ou objets), une table/index à l’éventail plus large aurait permis de trouver d’emblée le deuxième terme, dûment classé dans l’ordre alphabétique; ce confort de lecture la table ne l’offre pas.

On s’étonne aussi qu’un personnage important par la place qu’il occupe dans plusieurs albums de Hergé brille par son absence dans les entrées du « Dictionnaire amoureux de Tintin » ; peut-être parce que l’auteur ne l’aime pas : le professeur Muller. Je n’ai pas encore eu le temps de vérifier si ce « méchant » était seulement cité. A l’inverse, plusieurs personnages secondaires ont droit à une notice. Plus paradoxalement encore, on découvre un nom qu’on ne s’attendrait pas à trouver là, vingt ans après la révélation du canular: celui du philosophe Botul ! Ou la documentation d’Albert Algoud, comme celle de Bernard-Henri Lévy à l’époque,  n’est pas à jour ou il faut lire la notice «Hergé et Botul » au second degré !

Finissons-en avec les lacunes; une entrée « Trains » ou « Chemins de fer » aurait été la bienvenue, tant ce moyen de transport est présent dans l’œuvre de Hergé. Je m’attendais à ce que l’auteur y fasse allusion dans la rubrique « Pédagogie » car je me souviens d’un Tintin  allongé sur la banquette d’une voiture de chemin de fer (dans l’ « Ile noire »),  et qui avait pris le soin de placer un journal sous ses chaussures, ce qui est très pédagogique. En fait, cette rubrique  est le prétexte pour l’auteur, qui a été aussi enseignant, pour évoquer  l’utilisation qu’il faisait avec ses élèves des jurons du capitaine Haddock,  dans le cadre de jeux d’éveil, au grand dam de certains parents d’ailleurs. Mes lecteurs ne m’en voudront pas de faire comme lui et de parler de moi, en terminant ce billet avec un dessin personnel ancien (le premier à avoir été publié); j’étais alors plus près du début de  la fameuse période des 7-77 ans que de sa fin, comme c’est le cas aujourd’hui. Mais je ne doute pas que je continuerai à lire et relire les albums au-delà de la date fatidique, avec ou sans mes petits enfants,  avides – eux aussi – de lecture mais encore trop jeunes pour comprendre les subtilités des aventures de Tintin.

Pour donner aux lecteurs de Tintin un avant-goût des vacances

Ce dessin a une histoire; elle est racontée ici.

1. ALGOUD (Albert). – Dictionnaire amoureux de Tintin. – Paris: Plon, 2016.

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