26 mai 2016

« L’homme est une triste machine »

« Convenons que l’homme (ou la femme ; l’un et l’autre vaut mieux) est une triste machine. Je suis furieusement lassé de la mienne. Il y a des saisons où il vous prend des redoublements de lassitude, comme on a après le dîner des envies de vomir. La vie après tout n’est-elle pas une indigestion continuelle ? » (1)

Qui, mieux que Flaubert pouvait exprimer l’état d’âme dans lequel je me trouve depuis des mois et qui annihile toute volonté de me désengluer de ma quasi torpeur. La lecture de la presse, l’écoute de la radio, le visionnage des films de fiction ou des documentaires contribuent pour une grande part à cette indigestion dont souffrait Flaubert et dont sont affectés nombre de contemporains lucides.

L’autre jour, je regardais le remarquable et inquiétant « A touch of sin ». Ce film de Jia Zhangke (2013) dénonce, en autres sujets tous basés sur des faits réels, la corruption régnant en Chine. Le lendemain, je lis dans « Le Monde » (2) un article sur les vols de zébus à Madagascar. Là aussi la corruption, à tous les niveaux, est présente en toile de fond. La Chine, plus d’un milliard 300 millions d’habitants, pays en passe de devenir la première puissance économique du monde (mais à quel prix pour ceux qui y travaillent !) ; Madagascar, un peu plus de 22 millions d’habitants (moins qu’à Shanghai !), pays le plus pauvre du monde et qui ne peut s’enorgueillir que d’être la 4e île de la planète par sa superficie.
Le point commun entre ces deux pays que la situation économique et le régime politique opposent : la corruption généralisée. Preuve que l’homme reste le même, c’est-à-dire une triste machine, quels que soient la dimension du pays et le modèle sociétal. Un sursaut surviendra-t-il un jour ?

Un curieux appel, lancé en France par un anonyme, posait cette même question pendant la 2e guerre mondiale. Dactylographié sur papier pelure, cet appel émane d’un individu se croyant investi d’une mission salvatrice (un nouveau messie à l’esprit dérangé par la situation de guerre ?) Ce texte, extrait de mes archives, est signé sous le pseudonyme d’Harmonius ; il est daté du 27 juillet 1941 …

APPEL SUPREME D’HARMONIUS

Je veux jeter à tous un cri déchirant.
Il n’est pas possible qu’il n’y ait par le monde quelques sages que ronge comme moi l’amour de l’humanité et de la vérité et que dévore la soif de faire dominer, au-dessus de toutes les mêlées, la folie par la sagesse.
Je supplie que l’on m’aide à les rassembler autour de moi.
Parce que je sais que je peux les guider, et mener avec eux les peuples vers leur salut dans l’ordre naturel.
Car il y a un ordre naturel, comme il y a des désordres naturels.
Mais comment faire triompher du mieux possible celui-là de celui-ci, si l’on ne combat avec l’énergie du désespoir tous les désordres artificiels.

Harmonius
27 juillet 1941

1. Extrait d’une lettre à Louise Colet (septembre 1847).
2. Hervieu (Sébastien). – La guerre des zébus. – Le Monde, 20 mai 2016.

Laisser un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces tags HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

*